mercredi 8 juillet 2020

Les 7 frères Ipharraguerre d'Estérençuby (I)

Le berceau de "mes" Biscaichipy se situe à Saint-Michel en Basse-Navarre. La branche dont descend mon arrière-arrière-grand-mère Dominica s'est établie à Saint-Jean-le-Vieux même si celle-ci est née en Argentine comme j'ai déjà eu l'occasion de le raconter ici. D'autres branches ont fait souche aux Aldudes, à Béhorléguy ou Estérençuby ce qui, pour ceux qui connaissent le coin, ne représente jamais qu'un territoire grand comme un mouchoir de poche.

Et chaque génération, quelle que soit la branche, a fourni son lot d'immigrés, ses Amerikanoak partis en nombre offrir leurs bras aux fermiers ou éleveurs d'Uruguay, d'Argentine, du Nevada ou du Wyoming. La famille Ipharraguerre d'Estérençuby n'a pas fait exception à la règle. Née d'une cadette Biscaichipy prénommée Marie et d'un aîné, Pierre Ipharraguerre, pasteur de son état, mariés en 1870, cette fratrie était composée de huit fils ! Oui, que des garçons, aucune fille, et dont un seul, le "numéro trois" ne parvint pas à l'âge adulte.

Comme souvent en cette fin du 19e siècle et début du 20e, ce sont les registres matricules (numérisés de 1878 à 1921 par les AD64) qui m'ont permis de retracer en grande partie la vie de ces sept frères aux destins très divers. Bergers comme leur père, certains se sont soustraits à leurs obligations militaires pour tenter leur chance en Argentine ou dans l'Ouest américain où ils avaient été précédés par des oncles et tantes maternels ou paternels. Certains en sont revenus, d'autres pas, suivons-les.

De l'aîné, Pierre, né le 3 août 1871 dans la maison Uhaldia de son grand-père maternel Jean, maire d'Estérençuby, je ne sais rien ou presque si ce n'est qu'il est le premier insoumis de la fratrie. Il est d'abord dispensé de service militaire en tant qu'aîné de sept enfants puis il manque la revue de novembre 1892. L'Armée note alors qu'il est domicilié à Buenos-Ayres (sic). Au recensement argentin de 1895, son oncle Pierre Biscaichipy est commerçant dans cette ville. L'a-t-il rejoint ou a-t-il continué vers l'Uruguay où un cousin germain du même âge, Bertrand Ipharraguerre, semble s'être installé ? 

Son cadet, Bertrand, né dans la même maison le 29 mars 1873, fait le même choix que son frère. Insoumis, il choisit l'Amérique. Le 20 décembre 1893, c'est un Bertrand d'à peine 20 ans, qu'on retrouve sur la liste des passagers à l'arrivée à New York du Chateau-Lafite en provenance de Bordeaux. La traversée sur ce steamer de l’éphémère Compagnie bordelaise de navigation à vapeur dure alors douze jours. 
En 1904, Bertrand donne aux autorités militaires une adresse à San Francisco, puis de là part sans doute se placer comme berger dans le Nevada où son décès est signalé le 7 juin 1906 à Reno, à l'âge de 33 ans.

Un autre Pierre, né le 24 juin 1877 dans la Borde de Chahotéguy suit les traces de Bertrand. Après avoir fait son service militaire pendant deux ans, on le retrouve en octobre 1903 à Reno (Nevada) puis en janvier 1908, à Eagleville (Modoc County, Californie). Mais deux ans plus tard, il est de retour à Estérençuby où il se marie le 20 novembre 1910 avec Gratianne Goyhenetche de treize ans sa cadette. Quand l'ordre de mobilisation intervient, il rejoint son régiment, le 142e RIT. Selon la formule consacrée, Pierre fera la Campagne contre l'Allemagne du 4 août 1914 au 23 janvier 1919 et obtiendra la Croix de Guerre avec étoile d'argent. Quand il est enfin libéré de ses obligations militaires, il est père d'un enfant.    

[A suivre...]

Illustrations : Ramiro Arrue y Valle (1900)

Etymologie : Daprès Geneanet, Ipharraguerre voudrait dire en basque : exposé (agueri) au Nord (Ipharra).
Sources : Gen&O, AD64 (Etat civil et registres miltaires). FamilySearch, Ancestry.  

vendredi 26 juin 2020

Quand le choléra s'abat sur une famille

Il arrive souvent en généalogie d'être confronté au hasard des registres à de véritables tragédies familiales vécues par nos ancêtres. Le cas des décès d'enfants en bas âge est le plus fréquent et, des années de recherches après, ne nous laisse toujours pas indifférent. J'avais déjà évoqué dans un billet intitulé "Quand le sort s'acharne sur une famille" l'histoire d'une mère et de ses trois filles décédées à Béhorléguy en 1874. 

Récemment, deux pages d'un registre d'actes de décès à Ossès ont attiré mon attention : le père, la mère et deux de leurs six enfants meurent entre le 23 et le 28 août 1855. J'ai d'abord pensé à un incendie de leur maison mais des recherches à des dates postérieures ont infirmé cette hypothèse : la fille aînée, Marie, âgée de 17 ans à la mort de ses parents et de ses petits frères, devient héritière quelques années plus tard de la maison Péritsh du quartier Ouhaïts d'Ossès.

Reste l'hypothèse d'une maladie contagieuse expliquant le décès de quatre membres d'une même famille la même semaine. Je m'en ouvre sur mon fil de généalogie Twitter et aussitôt plusieurs de mes contacts m'apportent la réponse : 1854 et 1855 sont des années où la France a été frappée par une terrible épidémie de choléra encore plus meurtrière que celle de 1832.

"Au cours du 19e siècle, alors que la population s’habituait depuis près d’un siècle à vivre sans épidémie, le choléra refait son apparition en France. La première vague en 1832-1834 frappe essentiellement Paris et le nord de la France (120 000 décès en 1832)".¹  En 1853-1854, une deuxième vague touche la France, faisant 143468 victimes.

Au Pays basque, l'épidémie semble s'être propagée depuis d'Espagne. "Les Bayonnais apprennent ainsi en décembre 1854 qu’un foyer épidémique existait à Peyrehorade (Landes), sans doute apporté par les Espagnols ou du moins par les échanges commerciaux avec les pays au sud des Pyrénées. [...] Dès la mi-août (1855), les nouvelles du choléra sont rapportées par les sources d’informations. Les familles espagnoles ne cessent d’arriver en nombre de Madrid et d’autres villes du pays. Les mesures prophylactiques ne suffisent plus à enrayer la maladie. On dénombre déjà des victimes à Mauléon, Saint-Etienne-de-Baïgorry et Tardets. Les courriers et enveloppes adressés par Napoléon III mentionnent désormais "Bayonne et Mauléon atteints de l’épidémie" .²

Mais revenons à notre petite famille. Guillaume Etchemendy, né à Béhorléguy en 1803, a épousé le 29 janvier 1837 à Ossès Marie Harostéguy de neuf ans sa cadette et héritière par sa mère de la maison Péritsh. Ossès est alors un gros bourg Bas-Navarrais de 2000 habitants*. En août 1855, lorsque la foudre s'abat sur ce couple de cultivateurs, ils ont six enfants encore vivants âgés de 17 ans à 9 mois. La maladie va frapper dans l'ordre la maman le 23, puis le benjamin Jean Gazté le 24 et enfin, le 28, le père et un garçonnet de sept ans également prénommé Jean.  

Les quatre enfants restants sont confiés à leur oncle paternel Jean dit Gachté, cultivateur et maître de la maison Teilleriborde de Mendive. Il sera mentionné comme tuteur de ses neveux lors du mariage de Marie en 1858 et de Jean en 1869. Une autre Marie se mariera à Mendive en 1883 mais étant majeure, son oncle et probable tuteur n'est pas mentionné dans l'acte de mariage.

Dans cette fratrie, je n'ai pas réussi à retrouver la trace de Jacques, né à Ossès le 7 mars 1845 et donc âgé de dix ans au moment des faits si toutefois il était toujours en vie... A noter aussi, qu'une tante maternelle de la maman, Jeanne Arrossa, veuve Lahore, 75 ans était décédée le 4 août 1855 soit trois semaines auparavant. A-t-elle été la première victime de la famille ? Difficile à dire... 

* Entre les recensements de 1851 et 1856, la commune perd 151 habitants, probablement à cause du choléra.

Illustration : Couverture du "Petit Journal" du 1er décembre 1912 
Sources
Journal de la société de statistiques de Paris : Note statistique sur le choléra de 1832, 1849 et 1854
Registres d'état civil : AD64

jeudi 9 avril 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (VII)

Aujourd'hui, ça tombe bien, j'avais prévu d'aborder l'aspect géographique de cette série or c'est justement le jour que Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF, a choisi pour faire découvrir à ceux qui ne le connaitraient pas encore Gallicarte. Gallicarte, c'est quoi ? C'est l'outil de géolocalisation de Gallica pour pouvoir notamment retrouver un lieu en France. Non sans humour, cette "quête" se repère sur les réseaux sociaux par le hashtag #Mon BledDansCassini (carte 1).


La carte de Cassini est la première carte topographique établie à l'échelle du Royaume de France entre le milieu du 18e siècle et le début du 19e siècle (1756-1815). Il serait du reste plus juste de l'appeler "carte des Cassini" car elle a été dressée par la famille Cassini, principalement César-François Cassini et son fils Dominique. 

On lit parfois aussi "carte de Marie-Antoinette" pour les relevés effectués au 18e siècle. On peut y accéder via Geoportail mais aussi l'Ehess qui a l'avantage de donner en plus des informations sur l'évolution de la population par exemple (voir le 3e volet de cette série). J'ai choisi l'extrait de la carte de Cassini ci-dessus, car en plus d'Aussuruc (orthographe de l'époque), on distingue Suhare, d'où viennent les Irigoyen et Sunharette d'où était natif Dominique Eppherre, mon arrière-grand-père.  

Dans la carte n° 2, extraite du "cadastre napoléonien" d'Aussurucq (en ligne sur le site des AD64), on peut voir le centre du village tel qu'il était au début du 19e siècle. On y distingue très bien le château de Ruthie avec ses deux corps de bâtiments (parcelle 240) et au-dessus, en bleu, l'église entourée de son cimetière (parcelle 264). Quand j'aurai l'occasion de retourner en salle de lecture du PAB* à Bayonne, j'irai consulter le "Registre des augmentations et diminutions" (série 3P) pour en savoir plus sur les propriétés de mes ancêtres à l'époque.
Si on le compare avec Aussurucq aujourd'hui sur Géoportail (carte 3), on s'aperçoit que le centre du village n'a pas énormément changé, on distingue bien le bâtiment en "L" du château avec derrière, le fronton et, en haut à droite de celui-ci, l'église et le cimetière en forme de "larme".
Pour terminer avec cette approche "spatio-temporelle", la dernière carte, toujours dans Cassini, permet de repérer Aussurucq dans son environnement géographique...


* PAB : Pôle d'archives de Bayonne et du Pays basque 

mercredi 8 avril 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (VI)

Quel est le rapport entre l'Ecole Normale Supérieure de Fontenay-aux-Roses fondée en 1880 et chantée par Maxime Le Forestier, et Aussurucq ? A mi-chemin entre mon billet sur l'école et celui sur l'église, plusieurs articles de Gallica ont mentionné le nom du village associé à un certain Félix Pécaut. Né Jean Pécaut à Salies-de-Béarn, le 3 juin 1828, Félix Pécaut est le fils de Pierre Pécaut, un fabricant de chocolat béarnais, et de Félice Beigbeder. 

Pasteur, membre du consistoire protestant, Pierre Pécaut est pour le moins un original qui décide d'envoyer son fils premier né âgé de 7 ans à Aussurucq, officiellement pour y apprendre le basque ! Pour ce faire, il logera chez l'instituteur de la commune, Jean Iribarne. A la mi-septembre 1835, l'enfant arrive donc au village avec une mission quasi christique : apporter la bonne nouvelle.

Curieux mélange de genre que cette immersion d'un petit protestant (autant dire hérétique aux yeux des villageois), dûment accrédité par le sous-préfet des Basses-Pyrénées de l'époque, logé chez l'instituteur laïc et qui, très vite, a maille à partir avec le curé avec qui il débat de "choses saintes et de la Bible". Le futur journal de son fils, Elie Pécaut (1854-1912), évoquera même deux "controverses théologiques." Pas moins ! 

Très vite, le scandale éclate et dès le 22 septembre, le Maire d'Aussurucq, Monsieur Sagardoy, écrit à Pierre Pécaut en ces termes : "Lorsque j'appris que votre fils devait venir auprès de notre instituteur, je ne croyais pas qu'on aurait attaché à sa présence ici une si vive importance. Mais aujourd'hui que votre enfant est devenu le sujet de troubles et de divisions dans la commune, je vous prie de nous le retirer." Cependant, Félix y restera au moins jusqu'à janvier 1836 et ne fera aucune allusion à l'hostilité ambiante dans les six lettres qu'il écrira à ses parents. 

Devenu inspecteur général de l'Instruction publique sous Jules Ferry,  Félix Pécaut contribue à la fondation de l'ENS de Fontenay-sous-Bois aux côtés de Ferdinand Buisson. Il sera le premier Directeur de cette école chargée de former entre 40 000 et 50 000 institutrices dont la France avait besoin en cette fin du 19e siècle dans sa marche vers la laïcisation de l'école.

Mais revenons à Aussurucq, ou plutôt empruntons les pas de Félix Pécaut, alors en tournée d'inspection dans le Pays basque où il revient en 1880. Il écrit à sa fille Berthe Pécaut épouse Carrive (1860-1920) : "J'arrive d'Aussurucq, où l'instruction est loin d'avoir bougé depuis que j'y étais à l'école, en 1835. J'ai revu le porche de l'Eglise, où étaient nos bancs, la maison où j'arrivai tout enfant sur une ânesse aveugle, la petite place où, assis sur un quartier de roc, je racontais à un vicaire émerveillé les longues histoires de la Bible." [...] 

Et de conclure de façon lapidaire : "Le pays est très réactionnaire. Comment ne le serait-il pas ? Il ne lit rien ; il n'entend que le prêtre. Il faudrait vingt ans d'efforts suivis pour modifier profondément cette situation. Les pères de famille, mes camarades de 1835, suivent l'exemple de leurs devanciers en fait d'indifférence."

A ce moment-là, mon trisaïeul Dominique Irigoyen est encore en poste et vit une fin de carrière compliquée où rappelons-le, il est chantre à l'église, et en bien meilleurs termes avec le curé qu'avec le maire... On l'a un peu oublié mais à cette époque, l'école était un enjeu crucial entre le Clergé et la République. Vingt -cinq ans plus tard, la question sera en partie réglée avec la Loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat.

A suivre...

Illustrations : ENS Fontenay-aux-Roses : delcampe.net
Portrait de Félix Pécaut : Wikipedia.
Autres sources : AD 64, Gallica Presse et Médias 
Généalogie de Félix Pécaut sur Geneanet
Sur Félix Pécaut : Lucien Carrive, "Un épisode des conflits religieux en 1835 : Félix Pécaut à Aussurucq"Bulletin du CEPB, Pau, Centre d'étude du protestantisme béarnais, série n°18,‎ 

mardi 7 avril 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (V)

 
Au centre du village d'Aussurucq trône l'église. Dédiée à Saint-Martin, elle est mentionnée dès 1189 comme chapellerie de la commanderie d'Ordiarp, surplombant le château de Ruthie, elle en occupait le sommet de l'enceinte. Pour y accéder, on emprunte un escalier imposant qui la fait dominer tout le village. Elle est de style souletin avec son clocher parfois dit trinitaire mais qui en fait est un clocher calvaire représentant Jésus et ses deux compagnons d'infortune sur le Golgotha.

Contrairement aux autres églises de la Soule elle n'a jamais été murée. Sur son flanc droit, on distingue encore la "porte des agots" par laquelle ces "bannis" qu'ailleurs on nomme "cagots" avaient accès à l'église. 
Comme c'est souvent le cas en Pays basque, l'église est ceinte par le cimetière. Pas de monument aux morts à Aussurucq, c'est sous le porche qu'une plaque égrène les noms des disparus des dernières guerres. J'avais consacré à mon grand-oncle Michel Eppherre (1885-1916) et à ses deux cousins germains deux billets à retrouver ici.

L'intérieur de l'église a un petit côté baroque qui peut surprendre dans un village de quelque 250 âmes mais le Pays basque a toujours été très croyant et pratiquant et le reste encore même si, comme partout ailleurs, les curés se font rares et que ce sont désormais les laïcs qui assurent un service aux côtés de prêtres obligés de se partager entre plusieurs paroisses.

Depuis quelques années se tient en juillet dans un cadre qui s'y prête parfaitement un événement musical, "Aussurucq Lyrique" où de belles voix résonnent entre ces murs qui en ont déjà entendues d'autres. Les Basques, je l'ai déjà dit, ont des voix puissantes - surtout les hommes - un sens inné de l'harmonie vocale et leurs polyphonies n'ont rien à envier à celles des Corses ! 

J'ai un souvenir très vif à ce sujet : lorsque petite fille âgée de neuf ou dix ans, j'assistais à la messe assise en bas de l'église de Mauléon avec ma mère et ma grand-mère, je reconnaissais non sans une certaine fierté la voix de ténor de mon grand-père s'élevant de la galerie où la tradition voulait que les hommes se tiennent.  

Mais il est temps d'arrêter là le "dépliant touristique" pour en arriver à la généalogie. Sauf erreur de ma part, un seul de mes ancêtres a été desservant de cette église, Jean ou Jean-Baptiste Recalt, né vers 1737 à Sunharette, fils de Bernard Recalt, mon sosa 268, laboureur et maître de la maison du même nom à Sunharette. 

Jean Recalt fut prêtre à Aussurucq avant de l'être dans les paroisses de Lacarry, Charritte et Arhan. Il a d'ailleurs terminé sa vie à Lacarry le 21 juin 1808, où il a été inhumé dans le cimetière du village et a laissé à la postérité un testament chez M° Detchandy, notaire à Abense-de-Haut, qui m'a permis de bien avancer dans mes recherches. Grâces lui soient rendues ! Jean Recalt joue aussi un rôle dans un de mes premiers billets intitulé "Les deux orphelines et l'église d'Aussurucq". 

Il reste encore beaucoup à dire sur cette église et le rôle qu'a joué la religion dans ce village mais comme ceux de mes lecteurs qui me connaissent bien le savent, je n'aime pas les billets trop longs...

A suivre...
Illustrations : 
Première photo : carte postale ancienne Delcampe
Photos suivantes : collection personnelle
Sources :
Sur l'histoire de l'église Aussurucq : descriptif dans l"église
Liens avec les épisodes précédents http://bit.ly/2UlkR3b,  http://bit.ly/3dnyzey  https://bit.ly/33LITse, https://bit.ly/2wU86EX

mardi 31 mars 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (IV)

 
En 1884, le Ministère de l'Instruction publique commande une enquête sur la situation des écoles primaires en France. Pour ce faire, un questionnaire est adressé aux instituteurs et institutrices. Les 444 registres qui en ressortent sont conservés aux Archives nationales à Peyrefitte mais font aussi partie de la salle des inventaires virtuelle, classés par département et, à l'intérieur de celui-ci, par canton.

A Aussurucq, Dominique Irigoyen, mon arrière-arrière-grand-père, reçoit le questionnaire alors qu'il effectue sa dernière année d'enseignement en tant que directeur et maître de l'unique classe de garçons. Agé de 55 ans, il a commencé sa carrière en 1848 et n'a exercé qu'à Aussurucq dont il n'est pas originaire puisqu'il vient de Suhare, un village mitoyen. L'école datant de 1847, on peut en déduire qu'il en a été le premier et seul instituteur depuis. Lorsqu'il prendra sa retraite à la fin de l'année, il sera remplacé par Justin Etcheberry*.

Dans son rapport, Dominique indique que 50 garçons de la commune sont inscrits en 1884 dont quatre ont entre 5 et 6 ans et 46 de 6 à 13 ans. Mais 30 seulement sont présents au moment où il remplit le questionnaire. Il faut dire que cette classe unique occupe une salle de 38 m² et qu'il manque donc douze places pour pouvoir accueillir tous les enfants ! (phénomène qu'on retrouvera chez sa collègue institutrice).

L'école se compose de deux niveaux dont le deuxième est réservé à la mairie. Comme c'est souvent le cas alors, l'instituteur fait aussi office de secrétaire de mairie. A noter que dans son dernier rapport sur mon aïeul en 1881, l'inspecteur primaire, M. Urruty, note que ses relations ne sont pas bonnes avec le maire actuel (M. Execolatz) alors qu'elles l'étaient avec ses prédécesseurs. Il s'entend bien en revanche avec le curé, et est chantre à l'église, ceci expliquant peut-être cela...

Si l'école des garçons a un local qui lui est affecté, celle des filles est louée 150 francs par an. En 1884, la classe unique est dirigée par Batilde Joanicot qui a remplacé Adélaïde Lassalle. Mademoiselle Joanicot est née le 3 septembre 1856 à Ogenne-Camptort (canton d'Oloron-Ste-Marie). Native d'une petite commune béarnaise, on peut penser qu'elle ne parle pas le basque, ce qui est l'effet recherché à cette époque où tous les enfants sont censés maîtriser le français.

Batilde est fille d'un instituteur, Thomas-Pierre Joanicot, et sœur cadette d'une institutrice, Marie-Catherine Joanicot. Les dynasties d'instituteurs sont courantes au 19e siècle (rappelons que la fille de Dominique Irigoyen, Engrâce Brisé est alors institutrice à St-Just-Ibarre et que ses deux fils, Jean-Baptiste et Dominique Brisé, embrasseront la carrière à leur tour).

Dans la classe de filles, 40 élèves sont inscrites en cette année 1884 dont six de quatre à cinq ans,
deux de 5 à 6 ans et 32, de 6 à 13 ans. Dans les faits, seules 27 sont présentes parmi lesquelles deux étrangères dont je n'ai pu déterminer l'origine (probablement espagnole). Là encore, avec une salle de 26 m², huit places manquent à l'appel pour accueillir correctement les enfants. A noter que - en dehors des heures de classe, j'imagine - Mademoiselle Joanicot fait la classe à vingt adultes !

Est-ce par ce biais qu'elle rencontre son futur mari ? Toujours est-il que le 4 octobre 1886, l'institutrice de 30 ans, épouse Dominique Elhorry, 22 ans, cordonnier à Aussurucq et natif d'Ossas. J'ignore où elle a poursuivi sa carrière* mais elle l'a terminée fin 1921 après 43 ans de services.

Pour clore sur ce chapitre, j'évoquerai un personnage qui eut son importance en matière scolaire : Jean-Baptiste Archu (ou Arxu), né à Aussurucq le 11 septembre 1811 et décédé à La Réole (Gironde) le 9 juin 1881. Inspecteur des écoles primaires de ce département, on lui doit une Grammaire basque française à l'usage des écoles du pays basque (1853) et plus anecdotique, une traduction en vers basques de quelques Fables de la Fontaine.


A suivre...

*Le dossier d'institutrice de Batilde Joanicot épouse Elhorry est à consulter en salle de lecture aux AD64 à Pau (Série T - cote IT 146). Attention, les dossiers des institutrices sont classés par nom d'épouse !  
La cote du dossier de Pierre Justin Etcheberry est IT 67.

Illustrations : "Mardi leçon de calcul."- Publicité pour la Maison modèle Victor Rouzaud et Rafaillac à Bordeaux (Bibliothèques de Bordeaux).
Croquis de la main des instituteurs Dominique Irigoyen (1829-1898) et Batilde Joanicot épouse Elhorry (1856- ap. 1922) pour l'Enquête sur la situation des écoles primaires en France en 1884.
Choix de Fables de La Fontaine par JB Archu (Galllica).
Sources : liens dans le texte
Je renouvelle mes remerciements à Nicolas Urruty qui en 2018 avait fait des recherches pour moi aux AD 64 (Pau) sur les instituteurs de ma famille. Pour ceux que cela intéresserait, je tiens à leur disposition les listes des dossiers des instituteurs et institutrices des Basses-Pyrénées consultables  en salle de lecture à Pau.
Liens avec les épisodes précédents : http://bit.ly/2UlkR3b,  http://bit.ly/3dnyzey et https://bit.ly/33LITse

jeudi 26 mars 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (III)

Comme je l'ai écrit dans le premier volet de cette tentative de monographie, on trouve des traces de peuplement très tôt à Aussurucq. Cependant, le premier décompte de population officiel n'intervient à ma connaissance qu'en 1793 et fait état de 596 habitants. La courbe de population atteindra un pic en 1846 avec 740 âmes, notamment grâce à la présence d'une brigade de douaniers que j'ai évoquée dans une série de billets sur le sujet. 

Dans la deuxième moitié du 19e siècle, la population va peu fluctuer, autour de 650 habitants, pour s'appauvrir à nouveau après 1886, où l'on commence à mesurer l'effet du départ des "cadets" vers "les Amériques." De 1887 à 1889, le Fonds Vigné fait état du départ d'une dizaine de jeunes gens du village. J'ai raconté sur ce blog l'histoire de la "petite" Marie Serbielle dans "Une mère et ses filles en Argentine" que j'invite à (re) lire tant cette épopée paraît incroyable de nos jours !

Ce phénomène de départ pour l'Argentine, l'Uruguay et le Chili va se poursuivre avant et après la première guerre mondiale. J'ai pu retrouver grâce aux registres des "marchands de palombes" puis à FamilySearch de nombreux cousins qui ont quitté le Pays basque pour l'Amérique du Sud. En octobre 2018, j'ai fait partie du "comité d'accueil" d'Alberto Jaury revenu sur les traces de son arrière-grand-père parti d'Aussurucq. Mes posts sur ce thème sont regroupés sous le libellé "émigration basque".

A présent, entrons un peu plus dans la sociologie de cette petite commune souletine. Les recensements de population ne sont pas en ligne sur le site des AD 64 mais je les avais relevés lors de mon passage en salle de lecture au PAB* de Bayonne en octobre 2018. Ils sont réunis dans une grande liasse qui va de 1831 à 1954 mais quelques feuillets manquent.

J'ai choisi d'étudier le recensement de 1876 car c'est un des plus complets et il offre un panorama détaillé de la commune à ce moment-là. Elle se compose alors de 640 personnes répartis sur quatre quartiers : le Bourg  (83 maisons, 363 habitants), Barricata (16 maisons, 102 habitants), Garraïbie (19 maisons, 18 ménages et 129 habitants) et Utchia (8 maisons et 46 habitants).

La répartition par sexe est de 327 sujets féminins (208 filles, 94 femmes mariées et 25 veuves) pour 313 sujets masculins (201 garçons, 94 hommes mariés et 18 veufs). Le village est jeune : 150 garçons et 141 filles ont moins de 21 ans. Deux hommes et deux femmes ont plus de 80 ans, mais aucun nonagénaire ni centenaire n'y vit.

Sans surprise, le village se compose majoritairement d'agriculteurs et de métayers (au nombre de 6). A Aussurucq en 1876, 616 personnes vivent de l'agriculture ! Les autres sont artisans (cordonnier, sandalière, charpentier...) et l'un est employé des chemins de fer (sans doute à Mauléon-Licharre). 

On notera la présence d'une rentière, Elisabeth de Ruthie, célibataire, propriétaire du château du même nom qui mourra à 82 ans le 26 juin de l'année suivante. Dominique Irigoyen, mon trisaïeul, est l'instituteur des garçons, Adélaïde Lassalle, celle des filles. Côté culte, un curé officie à l'église du village.  

Dans la famille de mes arrière-arrière-grands-parents, sur les quatorze enfants de la fratrie, huit sont présents au foyer de la maison Etcheberria au moment du recensement dont mon arrière-grand-mère, Elisabeth. Née le 12 avril 1858, elle est alors âgée de 18 ans. Trois enfants sont décédés en 1866, 1873 et 1874,  et les deux derniers, Grégoire 9 ans et Michel, 7 ans, sont ceux qui émigrerontt au Chili. Marie-Jeanne Dargain-Laxalt, mon aïeule, sera enceinte l'année suivante d'un dernier enfant, Jean-Pierre, né en octobre 1877.

A suivre...

 * Pôle d'archives de Bayonne et du Pays basque 

Illustrations :
Photo 1 : Ramiro Arrue y Valle (1892-1971) "Baserritarak", 1925
Photo 2 : Diagramme d'évolution de la population d'Aussurucq (Ldh/EHESS, Cassini)
Photo 3 : Extrait du dénombrement de 1876 - Pôle d'archives de Bayonne et du Pays basque (salle de lecture).
Sources : Dans le corps du texte. 
Et sur les conseils de Stanislas, voici les liens avec les épisodes précédents : http://bit.ly/2UlkR3b et http://bit.ly/3dnyzey

samedi 21 mars 2020

Dialogue avec mon père à propos d'un makhila

"Ce makhila, Papa, tu l'as reçu de ton père ?
- Non, je l'ai acheté il y a une trentaine d'années à Saint-Jean-Pied-de-Port, nous étions en vacances avec ton fils qui était tout petit, on lui avait mis un béret rouge, il en était très fier !
- Oui, je m'en souviens, il devait avoir trois ans. Donc, ce n'est pas ton père qui t'a transmis son makhila ? 
- Je te rappelle que ton grand-père était le dernier d'une famille de onze enfants et qu'il a fait toute sa carrière comme cheminot, il n'en avait pas les moyens ! Tu as une idée de combien ça coûte un makhila ?
- Non, pas vraiment...
- Chez Ainciart Bergara à Larressore qui en fabrique depuis deux siècles, les premiers prix sont à 300 euros et un makhila d'honneur vaut facilement le double ! C'est qu'il en faut du temps pour fabriquer un makhila. D'abord, travailler la tige de néflier. Souple et solide, c'est le bois qu'ont choisi nos ancêtres dès le début pour ce bâton de marche. Les tiges sont scarifiées à même l'arbre. Il faut ensuite l'écorcer, le colorer et le séchage peut prendre dix ans ! Il faut aussi travailler le cuir pour la poignée et la dragonne et le tresser en fines bandes, et enfin la virole est découpée dans une plaque de métal, mise en forme autour de la tige et poinçonnée. La mienne est ornée d'un lauburu, d'une croix basque, si tu préfères".   
"Le makhila était vraiment indissociable de la vie des Basques pendant longtemps. J'ai trouvé sur Gallica toute une série de gravures datant de 1828 représentant des personnages de l'époque dont plusieurs s'appuient sur leur makhila. Un historien disait qu'il remplaçait les dards, piques, poignards et épées. Car ce n'était pas qu'un bâton de marche, c'était aussi une arme, non ?
- La pique servait d'abord à aiguillonner les bœufs pour les faire avancer mais le makhila devait aussi servir à se défendre. Il ne s'agit pas de canne-épée à proprement parler mais on pouvait assommer quelqu'un avec la canne ou le pommeau ou bien le blesser avec la pointe !
- Tu ne crois pas si bien dire, et là, Papa, je pense que c'est moi qui vais t'apprendre quelque chose !
- Ah ?
- Oui, figure-toi qu'en 1903, un Pierre Eppherre d'une branche différente de la nôtre, en pleine force de l'âge (il avait 45 ans), ancien maire d'Ordiarp, a été agressé alors qu'il revenait de la foire de Mauléon, à hauteur de Garindein. Deux bohémiens l'ont attaqué à coup de makhila et détroussé. La pauvre homme n'a pas survécu à ses blessures. 
- Et on les a retrouvés, ses agresseurs ? Oui, ils ont été arrêtés par la gendarmerie d'Espès-Undurein très vite après. On a trouvé sur eux la bourse et la ceinture du malheureux. Il faudrait que je fasse des recherches dans les registres d'écrou pour savoir de quelle peine ils ont écopé mais comme leurs noms n'ont pas été mentionnés dans la presse...
- Ça ne ramènera pas le pauvre homme à la vie...
- Oui c'est sûr, d'autant que ça s'est passé il y a plus d'un siècle !"

Il restait une question que je n'avais pas posée à mon père : auquel de ses quatre petits-fils transmettrait-il son précieux trésor ? Le connaissant, probablement à celui qui saurait le plus l'apprécier...

Illustrations :
Photo 1 : Delcampe, cartes postales anciennes : types basques
Photo 2 : Makhila Ainciart Bergara (je n'ai pas eu de réponse à ma demande de reproduction de cette photo que je retirerai si nécessaire).
Photo 3 : Bilketa, Portail des Fonds documentaires basques
Photo 4 : Presse ancienne dans Gallica (Le Figaro du 18 décembre 1903)
Sources : AD 64 Makhila Ainciart BergaraBilketa

Ce billet a été réalisé dans le cadre du RDV Ancestral, un projet d'écriture mêlant littérature et généalogie. La règle du jeu est la suivante: je me transporte dans une époque et je rencontre un aïeul. Pour retrouver mes précédents billets sur ce thème, suivre le libellé #RDVAncestral. Ce mois-ci, je l'ai doublé du #Geneatheme proposé par Sophie Boudarel de la Gazette des Ancêtres sur les objets familiers et leur transmission.


jeudi 19 mars 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (II)



Mais d'abord, c'est où Aussurucq ? Si je vous dis dans les Arbailles (Arbalia en souletin), ça ne vous avance pas beaucoup. Si je vous dis en Soule, l'une des sept provinces basques, ça parlera peut-être à certains, dans les Pyrénées Atlantiques, un plus grand nombre les situera peut-être (encore que beaucoup confondent les trois département pyrénéens). Ceux qui se doutent que c'est dans le Pays basque (surtout s'ils ont arrivés jusqu'ici...), auront probablement en tête une image de carte postale avec des belles maisons à colombages rouges ou vertes.

Rien de tel à Aussurucq et dans les villages environnants, la Soule est la plus petite et la plus discrète des provinces basques, ici les grosses fermes à toit d'ardoise ressemblent davantage à celles qu'on peut voir dans les Béarn voisin ou certaines vallées des Hautes-Pyrénées. Les gens quand on ne les connaît pas peuvent aussi paraître plus austères, pas très causants. Et en plus, ils parlent un basque différent où les ü se disent "u" et "ou" quand il n'y a pas de tréma !


C'était un sujet permanent de discussions entre mes grands-parents, lequel parlait le basque le plus pur, de mon grand-père natif d'Aussurucq ou de ma grand-mère née à Saint-Jean-le-Vieux en Basse-Navarre. Et encore, tous deux étaient des montagnards, rien à voir avec ceux de la côte basque, les Labourdins !  

Ce que j'aime ici c'est que les choses n'ont pas tellement changé depuis que j'y venais enfant aux grandes vacances. Les brebis se baladent toujours dans les rues et, quand on arrive en vue du village, il faut souvent garer la voiture pour laisser passer un troupeau de vaches ou attendre patiemment derrière un tracteur dont le conducteur fait mine de ne pas savoir que vous êtes là, son béret noir posé crânement sur l'occiput et sa gitane maïs au bec. 

Bien sûr, les jeunes paysans sont plus accueillants, aimant leur métier avec autant de passion que leurs aînés mais hésitant moins à en parler avec les touristes, les médias ou les cousins qui reviennent au pays. Ce qui n'a pas changé c'est que dès que vous mettez trois Basques autour d'une table ou d'un comptoir, ils ne tardent pas à chanter avec un sens de l'harmonie inné chez eux.

Rassurez-vous, je n'oublie pas que ceci est un blog de généalogie et en continuant ainsi, j'aurais trop peur de tomber moi aussi dans les clichés que j'ai si souvent reprochés aux autres ! Après cette rapide présentation "géo-sociologique", je reviendrai très vite aux fondamentaux. Pour vous faire patienter, je vous laisse avec cette carte de Cassini au 18e siècle à l'époque où le village comptait quelque 600 habitants contre 245 aujourd'hui.

A suivre ...
llustrations :
Photos 1 et 2 : Collection personnelle - Tout droit de reprodcution inrerdit
Carte de la Soule 
Carte de Cassini dite de Marie-Antoinette 

mercredi 18 mars 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (I)

Comme je l'ai précisé dans un de mes premiers billets, Aussurucq n'est pas le berceau de la famille Eppherre, c'est Barcus. Venant du village voisin de Sunharette, mon arrière-grand-père, Dominique Eppherre (1851-1928), est arrivé à Aussurucq pour y épouser en 1881 Élisabeth Irigoyen (1858-1942), la fille de l'instituteur du village. Mais comme rien n'est jamais simple en généalogie, dans un autre billet, j'expliquais comment les Irigoyen venus de Suhare étaient en fait des ... Eppherre ! J'ai eu maintes fois l'occasion de rappeler comment au Pays basque, le nom de la maison (domonyme) primait sur le nom patronymique. 
Dans le guide "Retrouver ses ancêtres basques" que j'ai coécrit avec Isabelle Louradour, un large chapitre est consacré au rôle central de la maison (etxe) dans la culture basque. Impossible de faire sérieusement de la généalogie basque si on n'a pas ça en tête ! Cette introduction un peu longue pour revenir à Aussurucq, ce petit village de la Soule dans les Pyrénées-Atlantiques (Basses-Pyrénées jusqu'en 1969), le berceau de ma famille.

La fondation du village remonterait au 12e siècle. Le nom d'Auçuruc apparaît dès 1189 d'après Jean-Baptiste Orpustan, auteur d'une toponymie basque régulièrement mise à jour. Le nom signifierait "lieu situé de l'autre côté des aulnes" de (h)alts "aulne" et urruti "situé de l'autre côté". Le nom du château de Ruthie (j'y reviendrai) qui trône au centre du village est aussi un dérivatif de "urruti".

Toujours d'après Orpustan, l'aulnaie devait se situer sur les bords du ruisseau de Guessalia (eau saumâtre), toutes les maisons du village se trouvant assez loin sur la rive gauche. Je renvoie mon lecteur à un #RDVAncestral qui évoquait Guessalia, un lieu-dit sur lequel un ancien moulin a désormais pour propriétaire mon cousin Dominique.

Si on remonte dans le temps, on trouve des traces de présence humaine en Soule dès le paléolithique moyen (entre 350 000 et 45 000 ans avant notre ère) et notamment des restes préhistoriques dans les grottes Xaxixiloaga à Aussurucq (sources : Histoire de la Soule sur Wikipedia).

L'histoire d'Aussurucq est intimement liée à celle du château de Ruthie. D'après Mérimée, le château est mentionné pour la première fois dans une charte de l'abbaye de Roncevaux en 1189 qui y fonda un hôpital pour les pèlerins se rendant à Saint-Jacques de Compostelle. Au milieu du 16e siècle, la plupart des maisons nobles du pays de Soule furent incendiées avant d'être relevées.

Le château tel qu'on le voit aujourd'hui se compose de deux corps de logis datant des 17e et 18e siècles. Inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques en avril 1925, il abrite aujourd'hui la mairie du village. Parmi les Seigneurs de Ruthie qui se sont succédé, le plus célèbre est sans doute Pierre-Arnaud ou Peyrot de Ruthie, l'un des cent gentilhommes de la chambre des rois sous Louis XII puis François 1er.

Une pastorale lui a été consacrée en 2002 "Urrüti Jauregiko Peirot", écrite et mise en scène par le musicien et chanteur basque Niko Etxart (natif d'Aussurucq !) et jouée par les Altzürükütar ou Aussuruquois, dont plusieurs de mes cousins.


Enfin, une autre personnalité est liée à la commune, Guillaume Eppherre, prêtre, écrivain et académicien basque, un cousin germain de mon père que j'ai eu la chance de connaître, et auquel j'ai déjà consacré un billet.

A suivre...
Illustrations :
Photos 1 et 2 : Delcampe.net
Photo 3 : Affiche de la pastorale d'Aussurucq (2002) Ikezaleak (entre autres).
Sources : Dans le corps de texte
En savoir plus sur le Château de Ruthie et ses seigneurs : lire l'article de Ikerzaleak.