mercredi 15 janvier 2020

Les mariés de l'an V

On ne dira jamais assez tout ce que le généalogiste doit aux indexations réalisées le plus souvent par des bénévoles d'associations. Ainsi, Mariages 33 (avec un lien sur Geneanet) m'a-t-il permis de retrouver un ancêtre que je n'aurais jamais débusqué sans cette aide. Le président de l'association girondine rencontré lors d'une précedente édition du Salon de la Généalogie m'avait bien fait une démonstration en tentant une recherche sur mon nom mais à l'époque, elle n'avait rien donné.

Et pour cause, je n'avais pas pensé aux orthographes fantaisistes de celui-ci et encore moins imaginé que les Archives de Bordeaux Métropole pouvaient couvrir une période de trois siècles commençant sous la Révolution, exactement de 1792 à 1916 ! Récemment, la mise en ligne des décès de 1970 à 2019 par l'Insee avec là encore un lien sur Geneanet, m'a amené à relancer une recherche sur mon patronyme.

Et là, ô surprise, je tombe sur un Simon Depherre marié à Bordeaux le 1er Ventôse de l'an V, soit le 19 février 1797 en plein Directoire ! Un vrai bonheur à lire cet acte, clair, détaillé, voilà qui me change des pattes de mouche des grimoires de la Soule à la même époque ! Ma première réaction va pourtant être un petit coup au cœur comme en éprouve souvent le généalogiste amateur.

Je m'explique. J'ai mis quatre ans à relier les Eppherre dont je descends aux Eppherre de Barcus, berceau de la maison du même nom et de la famille. L'une de ses branches remonte à un François Epherre dit Iriart (sosa 144) qui a fait souche à Alos, l'autre à un Simon Eppherre dit Recalt (sosa 32) qui lui, a "donné" les Eppherre de Sunharette puis d'Aussurucq. L'un est l'oncle paternel de l'autre, on parle donc de deux générations distinctes.

Que vient faire là-dedans mon Bordelais qui lui aussi se prénommait Simon ? Passé cette seconde d'appréhension sur la validité de mes hypothèses (étayées par des sources très sérieuses, je rassure mon lecteur !), son acte de mariage m'apporte toutes les réponses aux questions que je me posais à son sujet. Fils d'Arnaud Epherre dit Uthurralt, de Barcus et de Marguerite Uthurralt, de Restoue, c'est donc un neveu de François et un cousin germain de l'autre Simon.

En ce premier jour de Ventôse an V, Simon épouse à 34 ans, une dénommée Marie Burguburu d'un an son aînée, elle-même originaire de Tardets en Haute-Soule. Il "loue ses services" ce qui peut se traduire par homme à tout faire, journalier, tandis qu'elle est caffetière (sic) auprès de ses parents dans un café sis au 7 rue du 10-août à Bordeaux-Nord. 

En dehors de son acte de décès survenu le 5 décembre 1815 alors qu'il est cafetier au 16 rue Dauphine à Bordeaux (section 1) à l'âge de 53 ans, je n'ai trouvé ni actes de naissance d'enfants ni acte de décès de son épouse qui lui a survécu. A-t-elle encore déménagé ? Est-elle rentrée au pays ? Pour le moment, aucune piste...

Quant à l'arrivée de ce cadet basque (cinquième sur une fratrie de six) à Bordeaux, je pencherais pour une enrôlement comme soldat au sein du 4e Bataillon des Chasseurs basques, déjà évoqué, qui  joua un rôle de maintien de l'ordre dans la ville sous la Convention.

Une dernière chose, Simon était sans doute le filleul d'un de ses deux oncles paternels prénommés comme lui, dont un était Docteur en théologie et vicaire de Chéraute tandis que l'autre était curé d'Orthez, les deux réputés curés réfractaires, et dont on perd la trace en Espagne en 1792. Le premier réapparaitra néanmoins en 1803 au moment du rétablissement du culte, et deviendra le premier curé concordaire à Chéraute puis à Ordiarp. 

C'est un euphémisme que de dire que la Révolution française a bouleversé l'Histoire mais j'aime quand la petite histoire de mes ancêtres rencontre ainsi la grande...

Illustration : "L'accordée du village" de Jean-Baptiste Greuze (1761). Musée du Louvre.
SourcesAD64, Archives de Bordeaux-Métropole (acte de mariage), Mariages33Geneanet.
Sur les curés réfractaires : Gallica.bnf

samedi 21 décembre 2019

100 mots pour une (courte) vie : Jeanne-Noéline Eppherre (1896-1899)

Jeanne-Noéline doit sans doute son prénom à sa naissance un 25 décembre. Son père, Dominique Eppherre, 44 ans, agriculteur à Aussurucq, la déclare lui-même en mairie le jour de Noël 1896 à midi. La petite fille est née une heure plus tôt dans la maison d'Etcheberria. Dominique se fait accompagner par Dominique Irigoyen, 67 ans, instituteur en retraite, le père de son épouse Elisabeth.
Noéline est la neuvième d'une fratrie qui comptera onze enfants, mon grand-père Pierre (1901-1970) étant le dernier. Elle n'atteindra pas ses trois ans puisqu'elle décèdera à Pâques de l'année 1899, le 20 avril exactement.

J'ai écrit ce billet pour répondre à la question de Sophie Boudarel de la Gazette des Ancêtres : "Et vous, avez-vous des Noël.le dans votre arbre généalogique ?". A la génération suivante, dans une autre branche d'Eppherre, à Sauguis-Saint-Etienne, un autre village souletin. Jeanne-Noëlie Eppherre a eu plus de chance que sa cousine. Elle est née le 24 décembre 1927 au foyer de Jean Eppherre et Hélène Garicoix de Sauguis et est décédée à 85 ans le 8 novembre 2012 à Orthez, entourée de ses enfants et petits-enfants...

Sources : AD64, Gen&0,  Geneanet (colgnecminsee)
Illustration : Urandia (né en 1932 à Hendaye) "Nativité Eskualdun"
  
  
   

jeudi 12 décembre 2019

Mémoires d'Adrien

L'histoire suivante est une fois de plus à la croisée des chemins entre le sort des cadets, l'importance du nom de la maison et l'émigration massive des jeunes Basques au 19e siècle. L'un de mes précédents billets évoquait le destin d'André Eppherre, l'un des frères de mon arrière-grand-père Dominique Eppherre (1851-1928). Installé à Morón en Argentine, "Andrès" avait eu douze enfants avec sa femme Gabriela.

Leur cinquième enfant, une fille prénommée Maria, avait été portée sur sur les fonts baptismaux lors de son baptême en 1872 à Morón par un certain Adrian Eppherre que j'identifiais comme un frère cadet d'André mais dont je ne parvenais pas à retrouver la trace sur FamilySearch. Et voilà que récemment, je suis contactée sur Geneanet par une lectrice de mon blog qui s'avère être ... l'arrière-petite-fille d'Adrian !

Mariana va m'apporter l'explication que j'attendais, la raison pour laquelle je ne parvenais pas à retrouver Adrien devenu Adrian c'est tout simplement parce que ce dernier avait choisi de faire souche en Argentine sous le nom de Harismendy et non Eppherre ! Harismendy comme le nom de la maison qui l'avait vu naître le 28 mars 1848 à Sunharette.

A-t-il voulu couper les ponts avec son grand-frère Andrès ? Créer sa propre "dynastie" sous un autre nom ? Adrian Eppherre se marie le 9 août 1873 avec Marie-Anne Uthurry, elle-même Souletine et native de Sorholus, en la cathédrale Inmaculada Concepción de Moron, "fief" de son frère qui logiquement est son témoin. Puis, Adrian devenu Harismendy et Mariana partent s'installer à  300 kilomètres de là, à Tapalqué, où leur premier enfant Clementina naît quatre ans plus tard. Elle sera suivie de quatre frères et sœurs.

Au recensement national de 1895, Adrian Harismendy, 46 ans, est commerçant, domicilié en ville (Cuartel 1, poblacion urbana) de Tapalqué. La famille se compose de sa femme Mariana Ythurry (!) 42 ans et de leurs quatre enfants Clementina, 17 ans, Bernardo, 14 ans, Amelia, 12 ans et Luisa, 4 ans. Un petit Adrian fermera la marche un an plus tard en 1896.

Ma correspondante argentine et pas si lointaine cousine (nos arrière-grand-pères étaient frères), Mariana Larcamón, est la petite-fille d'Amelia Harismendy, tout comme l'était la jeune "disparue" des années noires de l'Argentine dont j'ai fait récemment le portrait. Grâce à elle, je reconstitue cette branche argentine totalement ignorée jusque là parce qu'un cadet Basque avait préféré le nom de sa maison à son patronyme originel ! 

Je dédie ce billet à Mariana Larcamón dont c'est l'anniversaire aujourd'hui ! Feliz cumpleaňos, Urte buru on, prima !     

Illustration : Ramiro Arrue y Valle
Sources : AD64, Gen&0, FamilySearch, Geneanet et mémoire familiale.

vendredi 6 décembre 2019

100 mots pour une vie : Amelia "Amelita" Ercilia Larcamón (1942-1978 ?)

Amelita naît le 3 janvier 1942 à La Plata en Argentine au foyer de Jorge Larcamón, douanier et de Judith Garcia. Sa grand-mère paternelle dont elle porte le prénom, Amelia Harismendy, est en fait une Eppherre mais son père Adrien avait choisi en émigrant en Argentine de prendre le nom de sa maison natale en Soule, Harismendia.
En 1977, Amelita milite au PCML* comme son compagnon Luis Eduardo Torres, cheminot, et ensemble, ils ont deux enfants. Le 6 décembre, ils sont arrêtés par la police militaire puis en avril 1978, transférés dans un centre de détention clandestin. On ne les reverra jamais...  

*Partido Comunista Marxista Leninista 

Sources : AD64, FamilySearch,
Blog du Proyecto de Recuperación de la Memoría Centro Clandestino de Detención, tortura y exterminio "Club Atlético"

samedi 16 novembre 2019

Celle qui nous a transmis son nom

Elle était assise sur un banc de pierre, le regard tendu vers la ligne de montagne se détachant derrière le clocher de l'église. A vue de nez, elle devait avoir à peu près mon âge mais paraissait beaucoup plus usée par les années. Cette fois-ci, j'avais décidé de ne pas finasser, de jouer cartes sur table.

"Egun on ! Vous êtes Catherine Eppherre ?
- C'est mon nom. Et vous ?
- Je suis Marie, votre descendante à la huitième génération. Vous savez, je rêvais de vous rencontrer. Car c'est à vous que je dois mon nom. Et qu'elle n'a pas été ma surprise de voir qu'à trois siècles d'écart, il s'orthographiait toujours de la même façon ! 
- Oh, vous savez, moi je n'ai jamais appris à écrire.
- Oui, je sais. Qu'est-ce que ça peut m'agacer de lire dans les actes notariés : la femme autorisée et congédiée par son mari et de le voir signer à votre place ! Mais au bout du compte, c'est vous qui avez gagné.
- Comment ça ?
- Et bien, non seulement vous êtes l'héritière de la maison Eppherre de Barcus mais c'est votre nom à travers elle que vous nous avez transmis alors que nous aurions dû prendre le patronyme de votre mari Jean Saru. 
Ce nom, on le porte fièrement jusqu'à maintenant. Par exemple, mon père, Dominique Eppherre, est l'exact homonyme de votre grand-père et de votre fils aîné. D'ailleurs, c'est une tradition qui a perduré jusqu'au milieu du XXe siècle, tous les aînés se prénomment Dominique. Avez-vous une idée du nombre de Dominique Eppherre dans mon arbre ? Vingt-et-un !
- Comment vous savez tout ça, vous ?
- Je suis généalogiste, enfin ... amateure. Mais j'ai quand même coécrit un livre sur le sujet car la généalogie basque, c'est drôlement compliqué ! Tenez, vous par exemple, vous êtes doublement mon aïeule : je descends à la fois de votre fils aîné Dominique par son cadet Simon Eppherre dit Recalt, et de votre cadet, François Eppherre dit Iriart. Nous savions que le berceau de la famille était à Barcus mais sans vous, nous ne serions pas là ! 
- Vous m'en direz tant !
- Ah, j'ai remarqué autre chose à propos de votre mère Marie Satçoury qui a épousé en secondes noces le frère aîné de votre mari.
- Ne m'en parlez pas, quelle peau de vache, celle-là ! Savez-vous qu'elle nous a traînés chez le notaire Carricondo ? Prétextant qu'elle s'était chargée de l'administration de la maison Eppherre pendant six ans avec son deuxième mari Dominique qui, en effet, est le frère aîné de mon mari Jean, elle a demandé sa part de l'héritage. Nous avons dû mon mari et moi leur verser 225 livres en argent comptant ! Mais bon, j'aime beaucoup ma demi-sœur, Marie Saru, alors je pardonne à notre vénale de mère, que Dieu ait son âme !
- Demi-sœur qui est aussi la nièce de votre mari et qui à son tour deviendra héritière de la maison de Saru et donnera son nom à une autre lignée de Barkostars
- C'est vrai, je n'y avais pas pensé. En somme, c'est nous les femmes qui avons tout fait ici !" conclut Catherine, en partant d'un grand éclat de rire. Sur ce, elle arrange quelques mèches échappées de son burukoa, époussette son tablier, fait claquer ses sabots, se lève et s'en va en me faisant un petit signe de la main.

Je la regarde s'éloigner, cette aïeule qui avait 10 ans à la mort de Louis XIV, n'aura connu que l'Ancien Régime et qui pourtant, à elle seule, illustre un modèle plutôt moderne : la famille matrilinéaire basque... 

Lexique :
Egun on : bonjour (se prononce egoun oun en souletin)
Barkostars : habitants de Barcus (Barkoxe en basque)
Burukoa : petit filet en dentelle blanche recouvrant les chignons de nuque

Sources : AD64 (Minutes notariales)
Illustration : Valentin de Zubiaurre (1879-1963)

mercredi 16 octobre 2019

Retour d'expérience

Le guide que nous avons coécrit avec Isabelle Louradour, Présidente de l'association de généalogie basque Gen&O est paru le 4 octobre. Une dizaine de jours après sa sortie, j'aimerais partager avec vous ce "retour d'expérience", ma première en tant qu'auteure. Un jour, quelqu'un a dit devant moi : pour réussir sa vie, il faut avoir eu un enfant, planté un arbre et écrit un livre. 

J'ai fait les trois même si, soyons modeste, le sapin planté au lendemain d'un réveillon bien arrosé qui coïncidait avec mon quarantième anniversaire a été coupé depuis, et si ce guide qui se veut avant tout pratique ne sera jamais un best-seller et ne prétend à aucun prix littéraire. Quant à avoir eu deux enfants, si je fais un parallèle avec mon arrière-arrière-grand-mère qui en eut quatorze, ça n'a rien d'un exploit !

Pour expliquer la genèse de ce livre, tout a commencé par une rencontre. La directrice de collection chez Archives & Culture, elle-même auteure de nombreux guides que les généalogistes connaissent bien, m'a proposé l'écriture de ce troisième opus régional (après les Corses et les Bretons). Pourquoi les Basques ? A cause d'une identité forte et d'une généalogie compliquée par le rôle de la maison et de la transmission du patrimoine à travers les aînés garçon ou fille, ce qu'on appelle la primogéniture (laquelle ravit mon côté féministe).

En tant que généalogiste amateure qui avait jusque là surtout procédé de manière empirique, se servant de ses recherches pour nourrir ce blog, si je me suis sentie flattée par cette proposition, j'ai aussi hésité. C'est une chose de raconter des histoires d'ancêtres sur un support numérique que l'on peut modifier à loisir, c'en est une autre de produire un viatique fiable imprimé sur un support papier !

Et puis, il y a tout juste un an, je déjeunais à Bayonne avec Isabelle Louradour et lui parlais de ce projet quand elle lança cette petite phrase : "Et si nous l'écrivions ensemble ?". Et même si je n'avais jamais pensé écrire à quatre mains, j'avoue que je me suis dit que c'était "la" bonne idée. Isabelle, avec son expérience de généalogiste professionnelle et de présidente d'une association qui fait un remarquable travail d'indexation dans les Pyrénées-Atlantiques, serait le binôme parfait.

Je mentirais en disant que toute cette aventure fut "un long fleuve tranquille". Il a fallu accorder nos pas, harmoniser nos styles, faire valoir nos points de vue en tenant compte de nos caractères bien trempés de femmes basques (!). Mais nous avons pu compter sur notre éditrice qui nous a accompagnées avec bienveillance, suggérant ici, modifiant là, et nous faisant profiter de son expérience. Qu'elle en soit remerciée !

Aujourd'hui, ce guide existe et nous en sommes fières. Nous avons, me semble-t-il, évité les écueils du hors-sujet, avons su donner aussi bien des clés pour entamer des recherches que des pistes pour aider à résoudre les fameuses "épines généalogiques" que chacun rencontre un jour. Nous l'avons voulu émaillé d'anecdotes et d'histoires vécues par nos ancêtres basques pour le rendre plus vivant.

Ces quelques jours qui ont suivi la parution du guide m'ont personnellement apporté de nombreuses sources de satisfaction : le voir en rayon chez Mollat* à Bordeaux, apprendre que la Médiathèque de Bordeaux venait de le commander, le découvrir sur les principaux sites de ventes de livres en ligne, savoir que le Mag de Sud-Ouest allait prochainement lui consacrer un article, que mes cousins américain et chilien en avaient fait la promotion sur leurs réseaux respectifs de diaspora basque, etc.

Mais mon plus grand bonheur restera d'avoir vu l'œil de mon père friser lorsque je lui ai remis son exemplaire dédicacé ...     

* Mollat est la plus grande librairie indépendante de France. Créée en 1886, c'est une véritable institution bordelaise !

samedi 7 septembre 2019

100 mots pour une vie : Jean-Pierre Irigoyen (1877- ?)


Le quatorzième et dernier enfant de la fratrie Irigoyen, Jean-Pierre, naît le 22 octobre 1877 alors que ses parents sont déjà âgés de 48 et 44 ans et que ses aînés ont plus de 20 ans. Lors du recensement de 1901 à Aussurucq, c’est un jeune homme célibataire qui vit chez sa sœur Elisabeth et son mari Dominique. Sa trace se perd ensuite mais, d'après la mémoire familiale, il serait parti comme berger en Argentine ou peut-être en Uruguay. Si c’est bien lui, il aurait embarqué à bord du « Ceylan » à Bordeaux le 17 octobre 1930. Depuis, rien.

Sources : AD64, Cemla
Illustration : Simeon Oiz Mendiko Artzaina (1937)

jeudi 5 septembre 2019

100 mots pour une vie : Maddie Irigoyen (1853-1871)

Aînée d’une famille de quatorze enfants, Marie dite « Maddie » Irigoyen, aurait pu être l’héritière de la maison Laxalt d’Aussurucq où elle naît le 17 février 1853. Elle va pourtant choisir une autre voie ou plutôt répondre à une voix, celle de son Seigneur. Entrée dans la Congrégation des Filles de la Croix à Bidache en novembre 1869, elle prend le nom en religion de Sœur Marie Nicéphore. 
Elle a à peine le temps de prononcer ses vœux, le 25 septembre 1871, qu'elle meurt brusquement le 23 novembre, à seulement 18 ans. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Jean-Pied-de-Port.  

Sources : AD64
Illustration : Gallica.Bnf
Remerciements à Sœur Clotilde Arrambide de la Congrégation des Filles de la Croix à La Puye (86) pour ses précieuses informations sur Sœur Marie Nicéphore.

samedi 20 avril 2019

Les deux testaments d'Anne D'Etchahon

En ce 27 avril 1786, Maître Pierre Darhan, la petite trentaine, demande à son premier clerc de lui apporter le testament établi par son défunt père de la Dame Anne D'Etchahon, veuve d'André Darhanpe, marchand et ancien jurat de Tardets. Malgré l'habitude, il a toujours un mouvement de recul au moment de déchiffrer les pattes de mouche de celui dont il a hérité la charge.

La famille Darhanpe est bien connue dans cette petite bourgade de Haute-Soule. Les aînés ont tous fait de beaux mariages, à l'exception du cadet Grégoire qui a choisi d'entrer dans les ordres et du benjamin, Jean-Pierre qui se destine à une carrière militaire. Le jeune notaire royal n'a encore jamais rencontré Madame Darhanpe mère mais il sait qu'elle passe pour une femme de caractère. Il relit le précédent testament datant de cinq ans auparavant, affûte sa plume, la met dans sa besace et se dirige vers le bourg mitoyen de Sorholus. 

Moi aussi, je suis sur les traces depuis longtemps de cette aïeule qui m'a donné du fil à retordre et je décide donc d'emboîter le pas de l'homme de loi. Les minutes notariales ne faisant pas mention de l'âge des parties en présence et les registres de l'Ancien Régime de la Soule étant très lacunaires voire quasi inexistants, je ne connais que par bribes la biographie d'Anne D'Etchahon. Je sais qu'elle est la fille de Martin, propriétaire de la maison d'Etchahon d'Abense-de-Haut et d'Engrace d'Etchecopar dite d'Argat, surnommée "Grachiqui". 

D'après mes déductions, Anne a dû naître vers 1727 à Abense-de-Haut. Elle s'est mariée une première fois avec un certain Bernard de Galtier, décédé prématurément sans descendance mais qui lui a laissé deux maisons, celle de Galtier et celle d'Appeceix. Ce nom dont était affublée mon ancêtre Anne Darhanpe dite d'Appeceix m'a longtemps laissée perplexe jusqu'à ce que je comprenne que sa mère lui avait fait cadeau de cette maison. Mais n'anticipons pas. 

Celle que le notaire s'apprête à rencontrer, moi sur ses talons, a presque 60 ans et ne nous reçoit pas dans sa maison d'Arhanpé de Tardets où elle habite mais dans une autre demeure cossue de Sorholus. Une servante nous introduit auprès de la malade alitée. Elle se croit à l'article de la mort mais moi qui lis dans les grimoires, je pourrais la rassurer, elle vivra encore dix-sept ans. Elle serait sûrement surprise d'apprendre que la date de son décès sera même transcrite selon un calendrier républicain !

En effet, trois ans avant la Prise de la Bastille, pas sûr que la Dame Darhanpe n'ait conscience des soubresauts qui agitent le peuple ni du destin qui attend son benjamin, futur chef des Chasseurs basques dans le conflit qui verra s'affronter les Conventionnels français et les Royalistes espagnols. Pour l'heure, ne me prêtant aucune attention, elle dicte ses dernières volontés au notaire. Bien qu'elle révoque le précédent testament, les changements entre les deux versions me semblent minimes.

Son légataire et principal héritier est son fils aîné, Pierre Darhanpe, négociant et futur maire de Tardets qui lors du précédent testament a déjà reçu la coquette somme de 12000 livres en faveur de son mariage avec Marianne Despeldoy. Elle lègue 150 livres à sa fille aînée, Anne, remariée entre temps à Jean Duthurburu* laquelle, au moment de son premier mariage avec Jean Dastugue, avait reçu la maison d'Appeceix.

Les cadets Grégoire et Jean-Pierre, et Engrace, femme d'Aguer de Licharre se verront remettre également 150 livres et son autre fille Marie, épouse de Pierre de Rospide de Sorholus, 450 livres. A mon humble avis, tout ceci ne me paraît guère équitable mais je suppose qu'il y a eu des dots au moment des mariages des trois filles et des legs dans le testament du père.

Au moment de se rapprocher du Seigneur, Anne veut que la somme de 205 livres soit immédiatement employée après son décès pour célébrer des messes pour le repos de son âme. Elle y ajoute 18 livres pour l'église Sainte-Luce de Sorholus, 15 livres pour les nécessiteux du bourg de Sorholus, et 12 livres à destination de la Confrérie du Saint-Sacrement.

Le notaire lui fait ensuite lecture du testament avec explications en "langue vulgaire basque", signe et fait signer deux témoins, l'un de Tardets et l'autre de Sorholus. Mon aïeule ne signe pas, elle ne sait pas écrire. Quant à moi, j'observe une dernière fois la scène à la dérobée avant de m'éclipser. 

*Jean Duthurburu est le fils de Grégoire Duthurburu que j'avais rencontré lors d'un précédent RDVAncestral.

Sources : AD 64 (Etat civil et minutes notariales), Gen&OGeneanet
Illustration : Mauricio Flores Kaperotxipi "La dame à l'éventail"

dimanche 10 mars 2019

De Geüs à Chascomùs ... et plus

En octobre dernier, j'ai fait partie du "comité d'accueil" d'Alberto, un Argentin de retour au pays sur les traces de ses ancêtres. Alors que nous faisions les présentations, il me fit remarquer qu'il connaissait des Eppherre chez lui, à Tres Arroyos. La ville ne fut fondée qu'en avril 1884 aussi me fallut-il quelques temps avant de comprendre quelle branche s'y était établie.

Il existe sur Geneanet une fonctionnalité très pratique qui permet de savoir où les porteurs de son nom de famille sont installés. J'avais repéré des Epherre à Chascomùs une ville plus ancienne et plus proche de Buenos-Ayres, je décidai de commencer par là. Assez vite, je trouvai l'acte de mariage d'un Jean Eppherre et d'une Caroline Chamoux le 28 février 1857 dans les registres paroissiaux de Nuestra Señora de la Merced de Chascomùs.

Ce Jean-là venait d'une branche cadette des Eppherre de Barcus installée à Geüs d'Oloron que j'appelle les "Béarnais" alors qu'ils doivent se sentir aussi Basques que leurs cousins Souletins voisins. Mais passons, cette branche allait m'occuper pendant un bon bout de temps et je ne m'en doutais pas ...

Première surprise, alors que jusque-là j'avais noté une certaine tendance à l'endogamie chez les candidats à l'émigration, voilà que notre petit basco-béarnais se marie à vingt-cinq ans avec une jeune fille de vingt ans originaire ... de Haute-Savoie. Encore merci à Geneanet car c'est ainsi que j'ai pu connaître la date et le lieu de naissance de Caroline Chamoux à Metz-Tessy (74). L'arbre en ligne notait qu'elle avait émigré en Argentine avec un frère et une sœur sans plus de précisions.

Sauf erreur ou plutôt omission, Juan et Carolina Epherra comme ils se feront désormais appeler, ont eu treize enfants, cinq fils et huit filles entre 1859 et 1885, tous baptisés à Chascomùs sauf les deux derniers, l'une à Ayacucho et l'autre à Juarez. Dans les années 1890, on retrouve d'ailleurs la famille à Coronel Dorrego, une autre "ville nouvelle" de l'état de Buenos-Ayres. 

Chose rare dans une fratrie aussi nombreuse, dix d'entre eux vont parvenir à l'âge adulte et se marier.  A Chascomùs, ils vont fréquenter les Amestoy dont le père Guillermo (Guillaume) est originaire de Iholdy. S'en suivront quatre mariages entre les deux familles. Juan Epherra né en 1862 épousera Maria Vicenta Amestoy tandis que ses sœurs Eusebia, Carolina et Claudina lieront leur destin à trois frères Amestoy,  Graciano, Juan Pedro et Guillermo.    

Et tous ces mariages à partir de 1891 seront célébrés ... à Tres Arroyos ! Dans l'état actuel de mes recherches, toujours en cours, je recense une cinquantaine de petits-enfants tous ou presque baptisés en l'église Nuestra Señora del Carmen de Tres Arroyos dont la moitié sont des Epherra. Les derniers recensés étant des années 1915/1920, ce sont à n'en pas douter les aïeux des connaissances d'Alberto !

Nouvelle que je vais m'empresser de lui rapporter...

Sources : AD64, Gen&O, FamilysSearch, Geneanet. 
Illustrations : La gare de Chascomùs en 1875 (Wikipedia