mercredi 6 octobre 2021

La dernière héritière du Château de Ruthie

Le Château de Ruthie est au cœur du berceau de ma famille, Aussurucq, depuis au moins le 13e siècle. Je l'ai déjà évoqué par le passé sans imaginer une seconde que mes ancêtres aient pu être liés à ses occupants en dehors d'une simple relation de voisinage. Ce en quoi je me trompais comme souvent en généalogie ...   

L'association Ikerzaleak qui fait un travail remarquable pour la sauvegarde de l'histoire et de la culture souletine a étudié en détails le passé du château et des Seigneurs de Ruthye (ou Ruthie) sur pas moins de quinze générations ! Elle fait remonter la filiation de cette famille à Marie de Ruthie, héritière d'Urrutia d'Aussurucq qui épouse vers 1400 André de Suhare.

Faisons un bond en avant jusqu'à la treizième génération quand Pierre de Charritte de Ruthie, écuyer du roi et Seigneur d'Aussurucq et de Garraïbie épouse vers 1745 Dame Marguerite de Dombidau, sœur d'un Conseiller au Parlement de Navarre. On leur connaît au moins neuf enfants dont le dernier est Charles de Ruthie, né vers 1759 (les registres BMS d'Aussurucq sont absents entre 1756 et 1760).

En revanche, la date de naissance de Bernard de Ruthie, le frère l'ayant précédé, à savoir le 28 février 1758, nous est connue car son acte de naissance a traversé les siècles pour se retrouver dans son dossier numérisé de la Légion d'honneur (Base Léonore).  

Mais revenons à Charles. En 1789, son père décède et au sortir de la Révolution, on le retrouve dans le château familial, peut-être avec sa mère et un ou deux frères ou sœurs dont Pierre Eustache, prêtre desservant la paroisse d'Aussurucq. Charles après une carrière d'officier d'infanterie, est juge de paix et maire d'Aussurucq.

Le 11 Fructidor an IV (28 août 1796), il est absent de la mairie et c'est son adjoint Martin Inchauspé qui enregistre la déclaration de naissance par Marie Aramburu, sage-femme, d'une petite fille née la veille à sept heures du soir dans la maison Laxalt. 

La jeune femme qui l'a mise au monde, Marguerite Beheregaray dite Sagardoy, est âgée de 23 ans. C'est la fille de Pierre Beheregaray et de Marguerite Sagardoy, cultivateurs et maîtres de la maison Sagardoy d'Aussurucq, et de fait, la petite-fille de Pierre Sagardoy, mon sosa 314. 

Quant au père de l'enfant, il s'agit de Charles de Ruthie dont elle portera le nom dès sa naissance et qui a choisi pour elle le prénom d'Elisabeth. En tout cas, si elle est illégitime quand elle vient au monde, Elisabeth va être une première fois reconnue par sa mère un an après sa naissance, le 16 août 1797 puis deux ans après par son père, le 24 novembre 1798.

Qui est Marguerite Beheregaray pour Charles de Ruthie ? Une voisine, une servante du château ? L'histoire ne le dit pas. Quoiqu'il en soit, si elle se marie en 1807 avec Grégoire Chalde Arxu dit Queheillalt, un charpentier du village dont elle aura quatre enfants, c'est bien sa fille aînée Elisabeth qui sera la prochaine (et dernière) héritière du château. 

Elisabeth va survivre presque soixante-dix ans à son père Charles, décédé en 1808. Elle ne se mariera pas, n'aura pas d'enfants et d'après Ikerzaleak, finira sa vie dans le plus grand dénuement. En 1841, elle rédige son testament dans lequel elle désigne sa mère naturelle (sic) comme héritière usufrutière. 

Elle laisse un legs à ses trois filleules toutes prénommées Elisabeth, dont l'une est la fille de sa demi-sœur Marguerite Chalde épouse Carricart et l'autre, la fille de sa cousine germaine Marthe Hortence de Ruthie épouse de Jean Dangaits. En 1875, Elisabeth lègue le château à la commune d'Aussurucq pour servir de presbytère.

Avec la mort d'Elisabeth de Ruthie le 26 juin 1877 à 80 ans s'achèvent près de cinq siècles de possession du château par la famille de Ruthie. Un temps presbytère et même auberge, il abrite aujourd'hui la mairie d'Aussurucq et une salle d'exposition.

Illustration : Le château de Ruthie, aquarelle d'Anto Aguergaray

vendredi 7 mai 2021

Gratian Ducque (1600 - ap. 1682), mon ancêtre né sous Henri IV

Gratian Ducque (ou De Ducque) n'est pas le plus ancien ancêtre de mon arbre ni le seul à avoir vécu au 17e siècle mais pour l'époque, il est celui qui aura laissé le plus de traces de son passage sur cette terre ! Je sais par exemple qu'il est né au tournant du siècle car dans son testament du 25 janvier 1670 retenu par Maître Pierre Dubarbier, notaire à Barcus, il précise d'emblée qu'il est âgé de soixante-dix ans ou environ. 

Pour l'anecdote, quand j'annonce à mon père que j'ai trouvé un ancêtre direct né en 1600, il me réplique aussitôt "Sous Henri IV !" Ah oui, je n'y avais pas pensé alors que pour ma génération, 1610 suscite aussitôt dans notre cerveau reptilien l'association avec "l'assassinat d'Henri IV par Ravaillac"... 

Ce bon roi Henri qui fut d'abord Henri III roi de Navarre avant de s'asseoir sur le trône de France, a vu le jour au château de Pau distant d'à peine une dizaine de lieues de Barcus. Béarnais, c'est un proche voisin de la Soule, et je soupçonne fortement le nom de Ducque (parfois écrit Duque) de sonner plus gascon que basque...

Notre petit Gratian, futur cultivateur propriétaire, naît dans la maison de Ducque dont il est l'héritier, sise dans le quartier Gastellondo (ou Gaztelondo) de Barcus, au foyer de Pees Ducque et Marie Sartillon. Celle-ci semble descendre d'une grande famille, les de Sartillon, issus d'un cadet de la maison d'Oilher de Barcus mais je n'ai pas poussé mes investigations très loin dans cette branche.   

En 1600, le bourg de Barcus est alors en pleine expansion. Le journal de Pierre Casalivetery, notaire à Mauléon, dénombre 210 feux pour les années 1540-1549 contre 26 un siècle plus tôt. Barcus qui comptera 2 299 habitants au premier recensement de 1793 connaîtra par la suite une lente érosion de sa population  pour atteindre le chiffre de 636 à celui de 2018. 

De la fratrie de Gratian, je ne connais que ses sœurs, Catherine Ducque mariée à Dominique Etchebarne, Marie mariée à Bernard Aramburu, toutes deux maîtresses adventices des maisons du même nom à Barcus, et une autre Marie mariée à Bernard Berho, maître de la maison de Berho dans le même quartier de Gastellondo ... mes ancêtres. Un bel exemple d'implexe dans mon arbre puisqu'en effet, je descends en ligne directe à la fois du frère et de la sœur !

A la génération suivante, Gratian qui a épousé Marguerite Horment de Tardets, a quatre enfants : Dominique, l'aîné - mon aïeul - Marie, maîtresse adventice de la maison Urruty de Sauguis après son mariage avec Pierre Sieur d'Urruty, une autre Marie dite Nanoue mariée en 1657 avec Pierre Sieur d'Agaras, tous deux cultivateurs à Barcus, et Catherine, la puînée, probablement restée célibataire.

L'arrière-arrière-petite-fille de Gratian Marianne Ducque (ca 1732-1794) épousera en 1754 mon aïeul Dominique Eppherre (ca 1726-1816) dont la mère Catherine était elle-même son arrière-petite nièce. L'endogamie se pratiquait largement à cette époque comme le montre cette carte de Barcus de 1887 où les maisons de mes ancêtres sont indiquées.    
Gratian qui, prudent, a fait son testament dès 1670 vivra encore de nombreuses années. Régulièrement mentionné dans les minutes notariales de la période dans de nombreux contrats d'achats de terre, de mariage de sa fille, etc., où il signe son nom, il y est encore présent en avril 1682. Sa mort se situe entre cette date et cinq ans plus tard. En mai 1687 en effet, quand son fils Dominique héritier de Ducque se présente devant Maître Arnaud Dubarbier pour acheter des terres, l'acte précise que son père est décédé.

Signatude de Gratian De Ducque en 1664

Mon vénérable aïeul aura donc vécu plus de quatre vingt-deux-ans. Né sous le règne du Vert Galant et mort sous celui du Roi Soleil...

Illustrations
Gravure du château de Pau par Thomas Allom (1804-1872). Partie du Fonds Ancely de la Bibliothèque municipale de Toulouse (Rosalis).  Sources : Wikimedia Commons
Extrait du Recueil de linguistique et de toponymie des Pyrénées - Tome 2 Basses-Pyrénées (1887) de Julien Sacaze en ligne sur Gallica-BNF
Sources : AD64 (minutes notariales)
Population de Barcus : Wikipedia
Sur la famille de Sartillon : Arnaud d'Oilhenart et sa famille par Jean de Jaurgain (1885) dans Geneanet

samedi 6 février 2021

Le soldat qui partit à l'armée à la place d'un autre

Hasards de la sérendipité, en tentant de retrouver l'acte de mariage de mes sosa 94 et 95 dans les minutes notariales de Maître Jean Harismendi, notaire royal à la résidence de Saint-Etienne-de-Baïgorry, je découvre mon premier acte de remplacement au service militaire !

Pour resituer le contexte, nous sommes en juillet 1821. Napoléon 1er est mort à Saint-Hèlène deux mois auparavant et le trône de France (et de Navarre), est à nouveau occupé par Louis XVIII depuis juillet 1815*. C'est la période que les historiens qualifieront de Seconde Restauration. 

Détail qui a son importance pour ce qui va suivre, le service militaire obligatoire a été rétabli le 12 mars 1818 par la loi Gouvion-St-Cyr et sa durée en a été fixée à six ans. Le tirage au sort est en vigueur pour recruter 40 000 conscrits par an, soit un homme sur dix. La possibilité de se faire remplacer qui avait donné lieu à des surenchères folles sous l'Empire est maintenue.    

Le 9 juillet 1821 se présentent donc à l'étude de M° Harismendi Bernard Arroqui de la commune des Aldudes et son père Pierre. Ce Pierre Arroqui (1766-1847) est le petit-fils de mon sosa 378, Peillo De Sarry dit Arroqui. Un collatéral assez éloigné donc mais qui me permet d'aborder un sujet que je n'avais encore jamais évoqué.

Pierre, appelé aussi "Bethi" Arroqui, cadet de Haltçart (ou Haltçartenia) des Aldudes est métayer à la borde de Louisenia lorsque son fils Bernard naît le 7 Germinal an VII (27 mars 1799) et non le 27 comme le note le notaire dans l'acte de remplacement. La mère, Marie Laxague, n'est pas présente. On imagine que tout ceci est une affaire d'hommes...

Bernard a obtenu le numéro 80 au tirage au sort de 1820 pour les conscrits de l'année précédente mais il s'est porté volontaire - avec le consentement de son père - pour remplacer au service militaire un conscrit qui lui, a tiré un mauvais numéro. Ce dernier, Miguel Ipoutcha, laboureur, est né le 29 janvier 1798 à Ossès (là, je suis obligée de croire notre bon notaire sur parole, les registres des cette époque pour cette commune ayant disparu).

Miguel est le fils de Martin Ipoutcha et de Marie Urretiber, maîtres de la maison d'Ipoutchennia à Ossès, quartier d'Exare. A la grande loterie de l'Armée de 1818, il a tiré  le numéro 23 et il vient juste d'être appelé sous les drapeaux. Malheureusement pour notre récit, le régiment n'est pas précisé dans l'acte.       

Le remplacement de Miguel par Bernard est donc acté moyennant la somme de huit cent francs sur laquelle les deux parties se sont entendues. Le jour même de la signature de l'acte, Bernard reçoit 300 francs. Le solde de 500 francs doit lui être payé par Martin Ipoutcha dans un an. Pour ce faire, le laboureur n'hésite pas à hypothéquer sa maison d'Ipoutchennia et ses dépendances (basse-cour, jardin, bordes, terres, vignes, bois, fougeraies...).

On le voit l'affaire est sérieuse ! On imagine que Martin Ipoutcha, propriétaire, a vraiment besoin de bras et ne peut se passer de son fils alors que Pierre Arroqui, cadet, métayer, peut faire sans le sien. À moins que Bernard n'ait eu simplement le goût de l'aventure... 

Une autre condition du contrat est intéressante : les 300 francs du premier versement devront être entièrement restitués à Martin Ipoutcha si Bernard Arroqui désertait avant l'expiration d'une année. Cette clause sera portée à son contrat militaire et son père Pierre s'y engage solidairement. 

Preuve encore s'il en fallait de l'enjeu de ce contrat, les deux témoins de l'acte de remplacement sont Dominique Ibarnegaray, huissier à Saint-Etienne et Martin Arrambide, maire de la commune des Aldudes qui signent tous les deux mais aucune des parties en présence "pour ne savoir ni écrire ni signer".


Bernard est-il allé au bout de ses six ans ? Je n'ai trouvé trace ni de quittance ni de testament de sa part. Seulement son acte de décès le 29 juillet 1827 déclaré par son père Pierre, âgé de 60 ans et son cousin Jean Laxague, 25 ans. Il était mort dans la nuit dans sa maison de Bethihaltçartena (petit Haltçart). À seulement 28 ans...

* Après l'épisode des Cent jours.

Illustration : Gallica (cliquer sur l'image)
Sources : AD64 (état civil et minutes notariales)
Gen&O (Généalogie et Origines en Pyrénées-Atlantiques

vendredi 22 janvier 2021

Mes ancêtres de la vallée des Aldudes (I)

Janvier est propice aux bonnes résolutions ou pour le moins à se fixer des objectifs. En 2021, l'un des miens est de m'intéresser aux branches les plus dénudées de mon arbre. C'est ainsi que je me suis aperçue que si mes ancêtres souletins avaient de moins en moins de secrets pour moi, c'était loin d'être le cas pour les Bas-Navarrais. Ma grand-mère paternelle, Marie-Anne Etchemendy est native de Saint-Jean-le-Vieux, son père venait de Mendive et sa mère de Valcarlos en Navarre espagnole.

Jusque là, je m'étais très peu intéressée aux Aldudes, grave lacune car cette vallée pyrénéenne aux confins de l'Espagne est non seulement réputée pour sa beauté mais aussi pour son riche passé. Pour la petite histoire, le village aurait été fondé au 16e siècle par des cadets de Baïgorry écartés du droit de propriété du fait de la tradition ancestrale basque de favoriser les aînés dans la transmission du patrimoine.   

Le grand-père maternel de ma grand-mère Marie-Anne, Jean Biscatchipy dit Gachté avait épousé à Saint-Jean-le-Vieux le 19 février 1871 Marianne Saroiberry des Aldudes. Quatrième d'une fratrie de sept enfants dont au moins une sœur émigrée en Argentine, elle est la fille de Mathieu ou Mathias Saroiberry (ca 1784-1858), maître de la borde d'Esquerra aux Aldudes et de Marie Erramuspé (ca 1800-1850) dont l'origine reste encore un mystère à éclaircir pour moi. 

Je reviendrai dans un prochain billet sur les Saroiberry mais mon propos pour l'heure est d'illustrer une fois de plus la difficulté pour le généalogiste profane de s'y retrouver dans le maquis des patronymes et domonymes basques. J'ai plusieurs fois eu l'occasion de donner ici des exemples de noms de maisons qui s'étaient progressivement substitués au nom de famille mais là, avec la branche Coscorchilo des Aldudes, on atteint des sommets !

Tout a commencé pour moi par une recherche à la fois sur les AD64, Gen&O et Geneanet de ma sosa 189, Marie Arroquy dont je ne sais rien si ce n'est qu'elle est la mère de Mathieu Saroiberry. Sur Geneanet, plusieurs arbres mentionnent son mariage avec Gratian Saroiberry le 21 août 1786 aux Aldudes. Acte introuvable aussi bien dans les BMS des Aldudes que dans ceux de Saint-Etienne-de-Baïgorry, paroisse à laquelle les Aldudes ont été longtemps rattachés sous l'Ancien Régime.

Néanmoins, je repère parmi les références Geneanet une information plus précise qui mentionne une date de contrat de mariage (et non d'acte de mariage ce qui change tout !). Par chance, connaissant bien ce contact je lui demande via la messagerie du site le lien avec cette minute notariale qu'il m'adresse aussitôt. Et là, surprise, Gratian Saroiberry est en fait un Irary et Marie, cadette de Coscorchilo, est représentée par son père dont le véritable patronyme est (De) Sarry : aucune mention de Saroiberry ni d'Arroquy, je comprends que je sois passée à côté !

Munie des "nouveaux" patronymes / domonymes Sarry et Coscorchilo, je parviens tant bien que mal à reconstituer les familles autour de ces deux maisons. Et là, je me heurte à une deuxième difficulté : sur Filae, un "petit malin" a identifié une Marie Coscorchilo, fille de Pierre, née en 1760, qui potentiellement pourrait être mon aïeule. Sauf que je sens que ça ne colle pas... 

A partir de son contrat de mariage et de celui d'une autre sœur de la maison de Coscorchilo dans lequel à chaque fois, le père se fait accompagner de son gendre, maître jeune de la dite maison, je peux enfin déterminer qui est "la" Marie dont je descends et reconstituer sa fratrie. 

Dernière de neuf enfants, Marie est baptisée le 26 février 1758. Selon les actes de baptême de ses frères et sœurs entre 1740 à 1756, certains sont nommés (De) Sarry, d'autres (De) Coscorchilo et d'autres (D')Arroqui ou Arroquy ! Grâce à la mention des parrains et marraines et de leurs maisons, je parviens à identifier une bonne partie des membres de cette grande famille. 

Pour la première fois, je dois admettre que j'ai bien failli jeter l'éponge ! On ne dira jamais assez combien citer ses sources est primordial lorsqu'on partage sa généalogie pour éviter de reproduire des erreurs qui non seulement deviennent virales mais vous embarquent sur de fausses pistes... 

A suivre...

Illustrations : Benjamin Floutier (1882-1936) "Le village des Aldudes".
Cadastre napoléonien (1840) : cliquer dans l'image pour l'agrandir.
Sources : AD 64 (état civil et archives notariales), Gen&O, Geneanet, Filae.


mercredi 11 novembre 2020

100 mots pour une vie : Jean Etchemendy (1877-1928)


En ce jour de commémoration de l’Armistice de 1918, je viens de retrouver cette photo de mon arrière-grand-père, Jean Etchemendy (1877-1928), un des poilus de la Grande Guerre. Gazé, il est reconnu invalide à 30% pour « troubles pulmonaires ». Chose rare, la mention « décédé des suites de blessures de guerre » figure sur son acte de décès le 3 juillet 1928 à St-Jean-le-Vieux. Il avait 51 ans et était père de sept enfants.

Avant de se marier, il avait tenté sa chance en Californie où, d’après sa fiche matricule, il s’était enregistré au Consulat de San Francisco en 1905.  

dimanche 25 octobre 2020

Quand un ancêtre "invisible" rajoute une branche à notre arbre

Dans un récent webinaire de MyHeritage, la conférencière Elise Lenoble énumérait les nombreuses sources permettant au généalogiste de retracer la vie d'un ancêtre "invisible". Mais d'abord, qu'entend-on par ancêtre invisible ? Juste quelqu'un qui, peut-être comme vous et moi, n'a jamais fait parler de lui de son vivant, que ce soit en bien ou en mal, n'a jamais connu comme le chantait si bien Brassens les "trompettes de la renommée", et dont la vie se résume à trois dates - et encore ! - de notre arbre : naissance, mariage et décès.

Ainsi de Pierre surnommé "Cadet" Apeceix dit Iriart. Dans mon arbre, c'est un collatéral très éloigné. Quand j'ai commencé ma généalogie, je ne m'intéressais pas vraiment à ces branches "secondaires" mais comme je partage mon arbre sur Geneanet, je pars du principe que ce qui ne me sert pas vraiment servira à d'autres. Et inversement.  

Les registres sous l'Ancien Régime étant très lacunaires pour les Pyrénées Atlantiques, je me sers énormément des minutes notariales. Nous, généalogistes basques et béarnais, avons la chance inouïe qu'elles aient été numérisées et accessibles sur le site des AD 64. Les plus anciennes remontent au 16e siècle mais on considère que les minutiers sont assez complets à partir de la moitié du 17e. 
Notre Pierre, donc, naît à Sunharette vers 1788 dans la maison Iriart de ce village de 121 âmes*, berceau d'une partie de ma famille souletine. Comme 90% des habitants, ses parents sont cultivateurs. Son père est son exact homonyme, Pierre Apeceix (son patronyme) dit Iriart (son domonyme). Sa mère, Marie Recalt dite Iriart, est native de Sunharette. Sauf erreur de ma part, ils ont eu sept enfants parvenus à l'âge adulte.
L'aînée, et future héritière de la maison, Marie, est la seule dont j'ai retrouvé l'acte de baptême, lequel indique qu'elle est née un 1er janvier (comme moi !) de l'année 1780. Elle et ses cadets naîtront tous sous le règne de Louis XVI sauf les deux derniers. Les chances pour moi de reconstituer cette fratrie étaient quasi nulles si Pierre n'avait décidé de faire son testament.
Le 10 février 1826, Pierre qui n'a pas 40 ans, est laboureur au Bordar d'Epilune à Alçay, un village voisin (les communes d'Alçay, Alçabehety et Sunharette fusionneront en 1833). Mais c'est dans sa maison natale Iriart de Sunharette que Maître Jean-Baptiste Detchandy (1777-1848), notaire royal (Charles X est au pouvoir) à Abense-de-Haut, se rend au chevet du malade, accompagné de trois témoins. 
Le testament court sur cinq pages dans lesquelles le notaire transcrit les dernières volontés de Pierre.  Les différents legs à ses neveux et nièces, filleul.es, frères et sœurs et à sa mère encore vivante (le père de famille est décédé cinq ans auparavant) vont me permettre de dénouer un à un les fils de cette branche. Pierre dont l'acte de décès mentionne qu'il était marié (ce que je n'ai pu vérifier), n'a vraisemblablement pas eu d'enfants mais s'est montré à la fois généreux et équitable pour sa nombreuse famille !
J'ai donc pu établir qu'il avait eu deux frères, Pierre Iriart dit Sorhondo, marié à Engrace Oxibar, métayer à Suhare puis cultivateur à Camou, dont le fils Pierre était un filleul ... de Pierre. L'autre frère, Jean, domestique à Suhare au moment du testament, était lui marié à une Luce Irigoyen dite Ardoy de Cihigue. La sœur aînée, Marie, s'est mariée avec Jean Etcheto dit Iriart, maire du village de Sunharette, et le couple aura également sept enfants dont l'aînée est la filleule de Pierre.
La cadette Christine épouse en 1807 un Pierre Mendiondo de Menditte et ce couple de métayers donnera naissance à neuf enfants dans toute la Soule avant de se fixer à Roquiague. L'un des fils se prénomme Pierre comme son parrain qui ne l'oublie pas non plus !
Une autre sœur, Thérèse, se marie en 1814 avec un Jean Haritchague dit Curutchet de Sibas. Je ne leur ai trouvé qu'une fille, Magdeleine, autre filleule de Pierre. Enfin, la benjamine, Elisabeth, épouse en 1824 un forgeron de Lacarry, Dominique Carricart. Le couple aura quatre enfants. Les deux sœurs, Thérèse et Elisabeth, décéderont la même année de 1869 à deux mois d'écart. Leur sœur aînée Marie est morte vingt ans plus tôt.  
On le voit, un simple testament d'un ancêtre "invisible" peut nous permettre de débloquer une branche entière pour peu qu'il soit aussi détaillé. Dans d'autres cas, c'est un contrat de mariage qui jouera le même rôle. Quant à Pierre Apeceix dit Iriart, il est décédé dans sa maison natale le 13 février 1826 soit trois jours après avoir dicté son testament. Grâce lui soient rendues !

* Recensement de 1793 (Wikipedia)

Illustration : José Arrue "La sortie de l'église"
Sources
Webinaire de MyHeritage 
AD 64 (Etat civil et Minutes notariales)

dimanche 18 octobre 2020

La quête de Dominique Inchauspé dit Tanto (II)

Personne ne venant troubler notre tête-à-tête, je repris mon récit. Dominique avait cessé de s'agiter et je décidai d'évoquer quelques souvenirs que je pensais plus agréables à ses oreilles.

"Savez-vous, Aitatxi*, que pour un cadet je trouve que vous vous êtes drôlement bien débrouillé ? De nos jours, on parlerait de vous comme d'un self made man ! De 1791 à 1801, vous n'avez cessé d'acheter des terres, d'échanger, de revendre, d'agrandir vos domaines à Abense-de-Haut, Alos, Sibas et Lichans. Vous devenez l'un des plus gros propriétaires de cette partie de la Soule.

En 1807, vous avez 47 ans (je ne vous l'ai pas dit mais j'ai retrouvé votre acte de baptême à Lacarry le 22 avril 1760) et vous réalisez le plus beau coup de votre vie : vous rachetez une terre labourable de cinquante ares et deux arpents trois-quarts sise à Sibas aux Sieurs Armand-Jean et Jacques-Philippe Sibas, père et fils, installés à Salies-de-Béarn. La Révolution est passée par là mais chacun dans le pays sait qu'il s'agit de terres appartenant aux anciens Seigneurs de Sibas même si leurs héritiers ont perdu leur particule.  

Vous acquérez cette terre pour la somme de deux mille francs en argent et pour ce faire, vous versez quatre cent francs d'arrhes et vous vous engagez à régler le solde dans les trois ans à venir avec un intérêt de 5%, payables aux vendeurs chaque année. Le contrat de vente, passé devant M° Pierre Darhan, notaire à Tardets le 15 octobre 1807, stipule que vous hypothéquez également vos immeubles à Abense-de-Haut et Lichans.   

Toutefois, excusez ma curiosité, mais je me suis demandé comment cette fortune vous était venue au départ. Certains actes mentionnaient que vous étiez marchand mais sans préciser de quoi. L'information la plus intéressante que j'ai trouvée vous concernant était contenue dans un acte du 26 Pluviôse an 3 (14 février 1795) dans lequel vous apparaissiez comme voiturier mettant ses mulets et ses chevaux à disposition des charrois pour l'armée des Pyrénées Occidentales basée à Trois-Villes. Vous recrutiez alors un cadet de la maison Quillihalt de Sorholus pour les conduire.  

Un autre acte plutôt édifiant, daté du 29 juillet 1801, rapportait un litige qui vous opposait, vous et votre femme, à votre belle-sœur Augustine Jauréguiberry et son mari Jean-Baptiste Faure à propos de la vente que votre beau-père leur avait faite de la maison familiale de Jauréguiberry d'Abense-de-Haut. Pour plaider votre cause, vous arguiez du fait que vous aviez prêté à celui-ci à deux reprises des sommes importantes, et que le compte n'y était pas. 

Dans le but d'éviter un procès très dispendieux dont le résultat ne pouvait être prévu et qui aurait causé [votre] désunion pour la vie (sic), vous avez trouvé un accord à l'amiable. Je ne peux m'empêcher de penser que votre belle-sœur Augustine vous en a peut-être tenu rigueur malgré tout car dans son testament, elle désigne comme héritière sa petite-nièce Julie Althabégoïty et lègue quelque chose à ses neveux Arotchex mais rien pour les Inchauspé dit Tanto...

Cher Aitatxi, auriez-vous été un tout petit peu procédurier ? Pas plus tard qu'en octobre de l'année dernière, vous avez été à l'origine de la demande d'expropriation de la maison Monsegurenia de Tardets de Jean-Pierre Monségu, l'un de vos petits-neveux par alliance. Le comble étant qu'il était lui-même huissier, fils et petit-fils d'huissier ! J'en ignore la raison mais c'est assez troublant."

Cette fois, Dominique ouvrit un œil torve et me foudroya du regard. Il avait raison, qui étais-je pour venir embêter un vieil homme sur son lit de mort sous prétexte que je lui avais couru après pendant cinq ans ? Pour me faire pardonner, je posai un baiser sur sa main et le remerciai pour tout ce qu'il m'avait apporté. A commencer par la vie...

*Aitatxi : grand-père en basque (écrit aussi aïtatchi)

Illustration : Valentín de Zubiaurre, Personajes vascos.
Sources : AD 64 (BMS, Etat civil et minutes notariales) - Acte de décès de Dominique Inchauspé dit Tanto (sosa 68).
Ce billet a été réalisé dans le cadre du RDV Ancestral, un projet d'écriture mêlant littérature et généalogie. La règle du jeu est la suivante: je me transporte dans une époque et je rencontre un aïeul. Pour retrouver mes précédents billets sur ce thème, suivre le libellé #RDVAncestral

samedi 17 octobre 2020

La quête de Dominique Inchauspé dit Tanto (I)

Le 23 avril 1845, je me glissais subrepticement dans la maison de Pierrisen du bourg d'Abense-de-Haut en Soule. Dans une chambre à l'étage, un lit recouvert d'une courtepointe en laine rouge et surmonté d'un grand crucifix en bois occupait toute la place. De l'oreiller émergeait la tête d'un vieillard chenu qui semblait au plus mal. 

Je m'assis sur une chaise en paille à hauteur de son visage et pris une de ses mains tavelées entre mes doigts. Je me préparai à un monologue plus qu'à un véritable échange, j'ignorai même si son cerveau fatigué capterait mes mots mais peu m'importait, j'avais beaucoup choses à lui dire. Et pour commencer, que j'avais mis cinq ans à le retrouver.

"Aitatxi*, je vous dois une explication. Je suis votre descendante à la sixième génération et depuis cinq ans je m'adonne à la généalogie. Or, vous êtes l'aïeul qui m'a donné le plus de fil à retordre. J'ai su assez vite que vous étiez Dominique Inchauspé dit Tanto, le père de Jean-Baptiste, mon quadrisaïeul. Vous et votre épouse, Marie Jauréguiberry, êtes mentionnés dans son acte de mariage de 1811 avec Marie-Jeanne Duthurburu. Jolie dot entre parenthèses !

Non, mon problème était de vous relier avec une maison Inchauspé et je ne vous apprendrais rien en vous disant que c'est un nom que l'on retrouve dans presque tous les villages basques. Et voilà que récemment, je tombe sur le répertoire des minutes de M° Jean-Pierre Detchandy, notaire ici-même, et que vous avez bien connu si j'en juge par le nombre d'actes où vous apparaissez. 

Dans la marge renvoyant à un acte du 8 août 1789, vous êtes cité comme Dominique Inchauspé dit Tanto mais, vérification faite dans le minutier, l'acte se réfère à un Dominique Inchauspé de Lacarry. Lequel est témoin d'une obligation entre tiers et signe d'une jolie signature. Mue par l'intuition du généalogiste, je parcours les registres de baptême et mariages de Lacarry qui sont assez fournis pour l'époque.

Là, je découvre l'acte de baptême le 13 août 1789 d'un Dominique, fils de l'héritière de la maison Inchauspé de ce lieu et dont le parrain est cadet de ladite maison. Et, - miracle ! - je reconnais votre signature très particulière avec son "I" tirant sur le "y". Je sens que je brûle.

En décembre 1790, toujours dans les minutes de M° Detchandy, les choses se précisent : vous êtes Dominique Elissagaray dit Inchauspé**, cadet de Lacarry et domicilié à Abense-de-Haut, et en mars 1791, vous devenez Dominique Inchauspé, maître adventice de la maison Jauréguiberry (le nom de votre femme !). 

Enfin, en mai suivant, le clerc de notaire se fait encore plus précis : Dominique Elissagaray dit Inchauspé de Lacarry, marchand, résidant à Abense-de-Haut. Il faut attendre mars 1793 pour que vous apparaissiez comme Dominique Inchauspé dit Tanto, maison dans laquelle vous déclarez à partir de 1796 la naissance de deux fils, Manuel et Pierre, et le décès d'une petite fille de 5 ans prénommée Marie."

Avais-je rêvé où étais-je en train de sentir une pression de la main du vieillard dans la mienne ? Raviver ces souvenirs l'avait-il bouleversé ? Si je voulais continuer à dérouler le fil de sa vie, il me fallait user de plus de doigté...     

A suivre...

*Aitatxi : grand-père en basque (écrit aussi aïtatchi)

** Rappel : en généalogie basque, le nom de la maison (domonyme) prime sur celui du père (patronyme).

Illustration : J. Unceta "Aldeano con paisaje y caserío"
Sources : AD 64 (BMS, Etat civil et minutes notariales)

Ce billet a été réalisé dans le cadre du RDV Ancestral, un projet d'écriture mêlant littérature et généalogie. La règle du jeu est la suivante: je me transporte dans une époque et je rencontre un aïeul. Pour retrouver mes précédents billets sur ce thème, suivre le libellé #RDVAncestral

samedi 10 octobre 2020

L'héritier, la cougar et la domestique

 

Pour ce billet de rentrée, j'avais prévu d'évoquer un ancêtre que je pourchasse depuis cinq ans et qui m'a enfin livré une partie de ses secrets. Mais chaque jour m'apporte son lot de découvertes au point que j'en viens à me demander s'il n'y a pas chez cet homme un brin de perversité : "Chère descendante, après cette longue quête, ne songe pas à me renvoyer aussi vite dans l'au-delà !"

Laissons donc pour l'instant de côté ce mystérieux aïeul et, à la place, je vous propose un billet plus léger et bourré d'interprétations, je m'en excuse par avance aux descendants des protagonistes ! Personnage-clé de notre histoire, Dominique né vers 1774 à Sibas, est à la fois l'héritier de la maison Haritchague dont il porte le nom et par sa mère, de celle d'Aguer d'Alçabehety, deux villages souletins. 

Or, première surprise, il épouse à 19 ans une femme de vingt ans son aînée, Marianne Althabegoïty née vers 1754 à Lichans. Qu'est-ce qui pousse notre double héritier dans les bras d'une cougar comme elle serait qualifiée à notre époque ? Je me perds en conjectures*. Peut-être tout bonnement le sens du devoir car en 1794, Dominique devient père d'une future héritière prénommée Marie. A ma connaissance, le couple n'eut pas d'autres enfants mais la mère étant déjà âgée de 40 ans, ceci explique peut-être cela...

Malheureusement, la pauvre enfant s'éteint le 27 mars 1814 dans sa vingtième année. Peut-être à cause du chagrin de perdre à la fois sa petite-fille et son héritière, le grand-père paternel, Jean Haritchague (ca 1739-1814) la suit dans le caveau familial trois jours plus tard !  Marianne survit au deuil de sa fille.

A quel moment Marguerite Elichiry dite Lechardoy, fille d'un journalier de Camou, née le 9 octobre 1812, entre-t-elle au service des époux Haritchague ? On sait le sort peu enviable des domestiques à cette époque mais pour Dominique qui avait perdu ses deux parents (Engrace Aguer, sa mère, est décédée en janvier 1821), ne pouvant compter sur des frères cadets et doté d'une épouse septuagénaire, une servante était indispensable à la bonne marche de la maison.

Faisons un bond en avant. Le 23 janvier 1838, Marianne, maîtresse d'Haritchague et d'Aguer, passe de vie à trépas à l'âge de 84 ans. Dominique, notre alerte sexagénaire, se précipite le lendemain (!) à la mairie de Sibas afin de faire publier les bans de son mariage avec ... Marguerite la servante, sa cadette de presque quarante ans, qu'il épouse le 7 février suivant. 

Loin de moi l'idée de tirer des conclusions trop hâtives mais le 29 octobre de la même année - je vous laisse faire le compte - un petit Jean voit le jour. Il sera suivi de Gratien en juillet 1841, Engrace en 1843 et Bernard en 1848 : la descendance des Hartichague de Sibas et des Aguer d'Alçabehety est assurée. 

Restons dans les clichés : "Margot", entrée comme domestique, restera la maîtresse du lieu jusqu'en 1893. Question longévité, elle aura fait aussi bien que sa maîtresse, survécu quarante-trois à son "vieux" mari et eu le temps de profiter de ses petits-enfants dont l'aîné sera blessé à la guerre de 14.

La sérendipité nous offre souvent de jolies histoires comme celle-là mais je ne peux m'empêcher de penser que je n'aurais jamais su que "Margot" était domestique de la maison Haritchague si un officier d'état civil zélé ne l'avait pas mentionné dans l'acte de mariage... 

* L’hypothèse la plus intéressante qui m’ait été proposée depuis est que 1793 fut l’année des premières conscriptions de la Première république. Rappelons que Dominique était un aîné, il ne pouvait pas se permettre de partir sept ans sous les drapeaux ! Se marier "en catastrophe" pouvait être une échappatoire au service militaire… 

Illustration : Vilhem Hammershøi, Intérieur.
Sources : AD64 (Etat civil, Minutes notariales et registres matricules).

mardi 21 juillet 2020

Les 7 frères Ipharraguerre d'Estérençuby (V)

Le benjamin de la fratrie Ipharraguerre naît trois ans et demi après Louis. Prénommé Bertrand Philippe*, il voit le jour le 26 mai 1889 dans la maison familiale d'Estérençuby. Ses parents ont alors 46 et 43 ans et près de dix-huit ans le séparent de son aîné Pierre. Sans surprise, il est berger comme son père et ses six frères lorsqu'il est appelé sous les drapeaux. Son degré d'instruction est faible : 1, ce qui veut dire qu'il sait à peine lire. 

D'abord ajourné pour faiblesse en 1910, il est finalement rappelé en 1911 et versé dans le 1er régiment de zouaves d'Alger où il arrive le 16 octobre. Après Pierre en Argentine, Bertrand, Jean, Pierre, Michel et Louis en Amérique, le voilà posant le pied sur le sol africain. Décidément, il était écrit que les frères Ipharraguerre verraient du pays ! 

Zouave de deuxième classe, Philippe va prendre part pendant deux ans à des opérations militaires dans le Maroc occidental. C'est ce qu'on appellera la "campagne de pacification" ou, plus simplement, la Campagne du Maroc. Sous le haut commandement du Général Liautey, celle-ci visait à combattre les résistances de tribus marocaines à l'établissement d'un protectorat français (lequel aboutira finalement avec le Traité de Fès du 30 mars 1912).  

Le 18 septembre 1913, Philippe est rendu à la vie civile avec un certificat de bonne conduite. Réserviste, il reprend ses activités pastorales dans les estives d'Iramendy. Ses frères, Michel et Pierre sont rentrés d'Amérique trois ans auparavant pour épouser des filles du pays. On imagine la famille Ipharraguerre réunie autour de l'âtre de la maison Ampo, le père, la mère, les fils et les brus lisant les lettres des Amerikoanoak auxquelles sont peut-être jointes un mandat...      

Mais bientôt, les trois frères vont être happés par le tourbillon de l'Histoire et Philippe, pas plus que ses aînés, ne va échapper à l'ordre de mobilisation générale. Cette fois, il rejoint le 57e Régiment d'Infanterie, d'abord à Bayonne où il arrive le 3 août 1914 puis à Libourne. Le 57e dont la devise est "le terrible que rien n'arrête" sera de tous les combats de la Grande Guerre : Bataille de la Marne en septembre 1914, Verdun en 1916, Craonnelle en 1917, tristement célèbre pour ses 800 heures de combat, Somme puis Aisne en 1918.
Aucun fait d'armes mentionné dans le livret militaire de Philippe, pas de Croix de Guerre venue le distinguer comme ses frères Michel et Pierre. Un simple troufion qui fera toute la guerre, du Grand départ du 3 août 1914 au 3 novembre 1918 où il meurt des suites de ses blessures dans l'ambulance 6/18 à Nouvion et Catillon dans l'Aisne. Tombé pour la France à 29 ans.

Ainsi s'achève sur une note un peu triste l'histoire de ces 7 frères Ipharraguerre, sept destins de jeunes Basques de ce petit village de montagne pyrénéen où la Nive prend sa source.

Mais ceux qui s'adonnent à la généalogie savent que la page n'est pas toujours définitivement tournée. Qui sait si un jour je ne recevrai pas comme cela m'est déjà arrivé, un signe d'Argentine, d'Arizona ou d'ailleurs, qui me permettra d'en écrire la suite ?


Fin
* Pour simplifier, nous l'appellerons Philippe

Sources : AD64 (Etat civil et registres militaires) 
Campagne du Maroc : Wikipedia
Parcours du 57e RI : Chtimiste
MPLF : Mémorial GenWeb
Bibliographie : Les Poilus du Sud-Ouest "Le 18e Corps dans la Grande Guerre de Vincent Bertrand (Ed. Sud Ouest).
Illustrations : Cliquer dans la photo pour les deux premières, Delcampe.net pour la dernière.