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jeudi 30 mars 2023

Un conseil municipal au sortir de la Grande Guerre

Aussurucq, cerca 1910 (Jacques Gorre)
Le 4 décembre 1920, le conseil municipal d'Aussurucq (Basses-Pyrénées) passe un marché de gré à gré avec le dénommé Inchauspé, un négociant local, pour - je cite - "fournir à la commune une plaque de marbre blanc avec les noms des poilus morts pour la France en lettres d'or, pour la somme de sept cents francs (700 F) plus transport, camionnage et pause avec une grille de protection (100 F) soit un total de huit cent francs (800 F).

La commande est signée par le Maire, Dominique Eppherre, deux conseillers municipaux, Jean Etchart et Etienne Gette et l'entrepreneur, Pierre Inchauspé. Cette plaque est bien en vue aujourd'hui sous le porche de l'église du village. Elle nous rappelle que comme partout en France, Aussurucq - 472 habitants à l'époque - a perdu douze enfants pendant la Guerre de 1914-1918.

Collection particulière © Mdep

En perspective du centenaire de l'Armistice, j'avais publié une série de billets pour évoquer ces poilus tombés pour la France. Cette fois, à la faveur de délibérations municipales numérisées dénichées sur le site des archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, je me suis penchée sur les conseillers municipaux de l'après Grande Guerre. Comme partout en France, les élections municipales se déroulent à Aussurucq le 30 novembre 1919.

Les résultats indiquent que sur 158 électeurs inscrits, 128 ont voté, 123 se sont exprimés et une majorité absolue (62 suffrages) a élu les douze candidats inscrits. Un mois plus tard à la veille de Noël, le conseil municipal du 24 décembre 1919 élit Dominique Eppherre maire de la commune. C'est le frère aîné de mon grand-père paternel, Pierre. 

Douze hommes tout juste élus conseillers municipaux de leur commune que je mets assez vite en parallèle avec les douze morts pour la France. D'ailleurs, si l'on regarde les deux listes, la répétition des noms interpelle. Je sais déjà que Michel Eppherre (1895-1916) est le frère cadet du nouveau maire. C'est également le cas de Martin Jaragoyhen dont le frère Bernard (1888-1916) tombé lui aussi à Verdun a été décoré de la Croix de Guerre.

Poussant un peu plus loin mes recherches sur les membres de ce nouveau conseil municipal, je fais une découverte à la lecture de leurs registres matricules également en ligne sur le site des AD64. La plupart d'entre eux ont été démobilisés dans le courant de l'année 1919 : Jean Achigar, Arnaud Basterreix et Pierre Jaury, en janvier ; Dominique Eppherre en février ; Pierre Barthe, Etienne Gette et Martin Jaragoyhen en mars ; Pierre Aguer en août. 

Le plus âgé, Arnaud Etchart, avait été libéré définitivement en juillet 1917. Il faut dire qu'il avait déjà 47 ans ! Père de quatre enfants, son neveu homonyme et probable filleul figure aussi sur le Monument aux morts.    

Ce qui frappe dans l'engagement de ces nouveaux édiles c'est leur sociologie. Tous cultivateurs, dans la force de l'âge et pour certains, déjà pères de plusieurs enfants. Le nouveau maire a 35 ans et est  père de cinq enfants (il en aura onze !). Le plus jeune conseiller, Pierre Aguer, a 28 ans, le plus âgé, Jean Achigar*, 46 ans. 

On note aussi que la génération précédente était déjà investie dans la vie publique. Le père du nouveau maire, Dominique Eppherre (1851-1928) - mon arrière-grand-père - a été conseiller municipal dès les années 1900 de même que Guillaume Etchart (1854-1935), frère aîné d'Arnaud. Etienne Gette est le fils de l'ancien maire, Jean Gette (1855-1936), démissionnaire en 1913 après plusieurs mandats.   

Autre remarque mais qui n'est pas vraiment une surprise tant l'endogamie était forte dans ces villages de la Soule : à l'exception d'un seul, j'ai pu relier chacun d'entre eux à mon arbre généalogique ! Tous cousins en somme.

Enfin par curiosité, je me suis intéressée au Conseil municipal actuel, élu en mai 2020. Composé de onze membres dont trois femmes, il a pour maire un agriculteur en retraite de ma génération qui a choisi de s'entourer d'une équipe jeune. Parmi laquelle un certain Ximun Eppherre, jeune agriculteur de 26 ans et ... arrière-petit-fils du Dominique Eppherre de 1919.  

*Concernant Pierre Campané, j'hésite entre deux frères (même prénom !) dont l'un avait 38 ans et l'autre 52 ans en 1919.

vendredi 7 mai 2021

Gratian Ducque (1600 - ap. 1682), mon ancêtre né sous Henri IV

Gratian Ducque (ou De Ducque) n'est pas le plus ancien ancêtre de mon arbre ni le seul à avoir vécu au 17e siècle mais pour l'époque, il est celui qui aura laissé le plus de traces de son passage sur cette terre ! Je sais par exemple qu'il est né au tournant du siècle car dans son testament du 25 janvier 1670 retenu par Maître Pierre Dubarbier, notaire à Barcus, il précise d'emblée qu'il est âgé de soixante-dix ans ou environ. 

Pour l'anecdote, quand j'annonce à mon père que j'ai trouvé un ancêtre direct né en 1600, il me réplique aussitôt "Sous Henri IV !" Ah oui, je n'y avais pas pensé alors que pour ma génération, 1610 suscite aussitôt dans notre cerveau reptilien l'association avec "l'assassinat d'Henri IV par Ravaillac"... 

Ce bon roi Henri qui fut d'abord Henri III roi de Navarre avant de s'asseoir sur le trône de France, a vu le jour au château de Pau distant d'à peine une dizaine de lieues de Barcus. Béarnais, c'est un proche voisin de la Soule, et je soupçonne fortement le nom de Ducque (parfois écrit Duque) de sonner plus gascon que basque...

Notre petit Gratian, futur cultivateur propriétaire, naît dans la maison de Ducque dont il est l'héritier, sise dans le quartier Gastellondo (ou Gaztelondo) de Barcus, au foyer de Pees Ducque et Marie Sartillon. Celle-ci semble descendre d'une grande famille, les de Sartillon, issus d'un cadet de la maison d'Oilher de Barcus mais je n'ai pas poussé mes investigations très loin dans cette branche.   

En 1600, le bourg de Barcus est alors en pleine expansion. Le journal de Pierre Casalivetery, notaire à Mauléon, dénombre 210 feux pour les années 1540-1549 contre 26 un siècle plus tôt. Barcus qui comptera 2 299 habitants au premier recensement de 1793 connaîtra par la suite une lente érosion de sa population  pour atteindre le chiffre de 636 à celui de 2018. 

De la fratrie de Gratian, je ne connais que ses sœurs, Catherine Ducque mariée à Dominique Etchebarne, Marie mariée à Bernard Aramburu, toutes deux maîtresses adventices des maisons du même nom à Barcus, et une autre Marie mariée à Bernard Berho, maître de la maison de Berho dans le même quartier de Gastellondo ... mes ancêtres. Un bel exemple d'implexe dans mon arbre puisqu'en effet, je descends en ligne directe à la fois du frère et de la sœur !

A la génération suivante, Gratian qui a épousé Marguerite Horment de Tardets, a quatre enfants : Dominique, l'aîné - mon aïeul - Marie, maîtresse adventice de la maison Urruty de Sauguis après son mariage avec Pierre Sieur d'Urruty, une autre Marie dite Nanoue mariée en 1657 avec Pierre Sieur d'Agaras, tous deux cultivateurs à Barcus, et Catherine, la puînée, probablement restée célibataire.

L'arrière-arrière-petite-fille de Gratian Marianne Ducque (ca 1732-1794) épousera en 1754 mon aïeul Dominique Eppherre (ca 1726-1816) dont la mère Catherine était elle-même son arrière-petite nièce. L'endogamie se pratiquait largement à cette époque comme le montre cette carte de Barcus de 1887 où les maisons de mes ancêtres sont indiquées.    
Gratian qui, prudent, a fait son testament dès 1670 vivra encore de nombreuses années. Régulièrement mentionné dans les minutes notariales de la période dans de nombreux contrats d'achats de terre, de mariage de sa fille, etc., où il signe son nom, il y est encore présent en avril 1682. Sa mort se situe entre cette date et cinq ans plus tard. En mai 1687 en effet, quand son fils Dominique héritier de Ducque se présente devant Maître Arnaud Dubarbier pour acheter des terres, l'acte précise que son père est décédé.

Signatude de Gratian De Ducque en 1664

Mon vénérable aïeul aura donc vécu plus de quatre vingt-deux-ans. Né sous le règne du Vert Galant et mort sous celui du Roi Soleil...

Illustrations : 
Gravure du château de Pau par Thomas Allom (1804-1872). Partie du Fonds Ancely de la Bibliothèque municipale de Toulouse (Rosalis).  Sources : Wikimedia Commons
Extrait du Recueil de linguistique et de toponymie des Pyrénées - Tome 2 Basses-Pyrénées (1887) de Julien Sacaze en ligne sur Gallica-BNF
Sources : AD64 (minutes notariales)
Population de Barcus : Wikipedia
Sur la famille de Sartillon : Arnaud d'Oilhenart et sa famille par Jean de Jaurgain (1885) dans Geneanet

mardi 7 avril 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (V)

 
Au centre du village d'Aussurucq trône l'église. Dédiée à Saint-Martin, elle est mentionnée dès 1189 comme chapellerie de la commanderie d'Ordiarp, surplombant le château de Ruthie, elle en occupait le sommet de l'enceinte. Pour y accéder, on emprunte un escalier imposant qui la fait dominer tout le village. Elle est de style souletin avec son clocher parfois dit trinitaire mais qui en fait est un clocher calvaire représentant Jésus et ses deux compagnons d'infortune sur le Golgotha.

Contrairement aux autres églises de la Soule elle n'a jamais été murée. Sur son flanc droit, on distingue encore la "porte des agots" par laquelle ces "bannis" qu'ailleurs on nomme "cagots" avaient accès à l'église. 
Comme c'est souvent le cas en Pays basque, l'église est ceinte par le cimetière. Pas de monument aux morts à Aussurucq, c'est sous le porche qu'une plaque égrène les noms des disparus des dernières guerres. J'avais consacré à mon grand-oncle Michel Eppherre (1885-1916) et à ses deux cousins germains deux billets à retrouver ici.

L'intérieur de l'église a un petit côté baroque qui peut surprendre dans un village de quelque 250 âmes mais le Pays basque a toujours été très croyant et pratiquant et le reste encore même si, comme partout ailleurs, les curés se font rares et que ce sont désormais les laïcs qui assurent un service aux côtés de prêtres obligés de se partager entre plusieurs paroisses.

Depuis quelques années se tient en juillet dans un cadre qui s'y prête parfaitement un événement musical, "Aussurucq Lyrique" où de belles voix résonnent entre ces murs qui en ont déjà entendues d'autres. Les Basques, je l'ai déjà dit, ont des voix puissantes - surtout les hommes - un sens inné de l'harmonie vocale et leurs polyphonies n'ont rien à envier à celles des Corses ! 

J'ai un souvenir très vif à ce sujet : lorsque petite fille âgée de neuf ou dix ans, j'assistais à la messe assise en bas de l'église de Mauléon avec ma mère et ma grand-mère, je reconnaissais non sans une certaine fierté la voix de ténor de mon grand-père s'élevant de la galerie où la tradition voulait que les hommes se tiennent.  

Mais il est temps d'arrêter là le "dépliant touristique" pour en arriver à la généalogie. Sauf erreur de ma part, un seul de mes ancêtres a été desservant de cette église, Jean ou Jean-Baptiste Recalt, né vers 1737 à Sunharette, fils de Bernard Recalt, mon sosa 268, laboureur et maître de la maison du même nom à Sunharette. 

Jean Recalt fut prêtre à Aussurucq avant de l'être dans les paroisses de Lacarry, Charritte et Arhan. Il a d'ailleurs terminé sa vie à Lacarry le 21 juin 1808, où il a été inhumé dans le cimetière du village et a laissé à la postérité un testament chez M° Detchandy, notaire à Abense-de-Haut, qui m'a permis de bien avancer dans mes recherches. Grâces lui soient rendues ! Jean Recalt joue aussi un rôle dans un de mes premiers billets intitulé "Les deux orphelines et l'église d'Aussurucq". 

Il reste encore beaucoup à dire sur cette église et le rôle qu'a joué la religion dans ce village mais comme ceux de mes lecteurs qui me connaissent bien le savent, je n'aime pas les billets trop longs...

A suivre...
Illustrations : 
Première photo : carte postale ancienne Delcampe
Photos suivantes : collection personnelle
Sources :
Sur l'histoire de l'église Aussurucq : descriptif dans l"église
Liens avec les épisodes précédents http://bit.ly/2UlkR3b,  http://bit.ly/3dnyzey  https://bit.ly/33LITse, https://bit.ly/2wU86EX

samedi 21 mars 2020

Dialogue avec mon père à propos d'un makhila

"Ce makhila, Papa, tu l'as reçu de ton père ?
- Non, je l'ai acheté il y a une trentaine d'années à Saint-Jean-Pied-de-Port, nous étions en vacances avec ton fils qui était tout petit, on lui avait mis un béret rouge, il en était très fier !
- Oui, je m'en souviens, il devait avoir trois ans. Donc, ce n'est pas ton père qui t'a transmis son makhila ? 
- Je te rappelle que ton grand-père était le dernier d'une famille de onze enfants et qu'il a fait toute sa carrière comme cheminot, il n'en avait pas les moyens ! Tu as une idée de combien ça coûte un makhila ?
- Non, pas vraiment...
- Chez Ainciart Bergara à Larressore qui en fabrique depuis deux siècles, les premiers prix sont à 300 euros et un makhila d'honneur vaut facilement le double ! C'est qu'il en faut du temps pour fabriquer un makhila. D'abord, travailler la tige de néflier. Souple et solide, c'est le bois qu'ont choisi nos ancêtres dès le début pour ce bâton de marche. Les tiges sont scarifiées à même l'arbre. Il faut ensuite l'écorcer, le colorer et le séchage peut prendre dix ans ! Il faut aussi travailler le cuir pour la poignée et la dragonne et le tresser en fines bandes, et enfin la virole est découpée dans une plaque de métal, mise en forme autour de la tige et poinçonnée. La mienne est ornée d'un lauburu, d'une croix basque, si tu préfères".   
"Le makhila était vraiment indissociable de la vie des Basques pendant longtemps. J'ai trouvé sur Gallica toute une série de gravures datant de 1828 représentant des personnages de l'époque dont plusieurs s'appuient sur leur makhila. Un historien disait qu'il remplaçait les dards, piques, poignards et épées. Car ce n'était pas qu'un bâton de marche, c'était aussi une arme, non ?
- La pique servait d'abord à aiguillonner les bœufs pour les faire avancer mais le makhila devait aussi servir à se défendre. Il ne s'agit pas de canne-épée à proprement parler mais on pouvait assommer quelqu'un avec la canne ou le pommeau ou bien le blesser avec la pointe !
- Tu ne crois pas si bien dire, et là, Papa, je pense que c'est moi qui vais t'apprendre quelque chose !
- Ah ?
- Oui, figure-toi qu'en 1903, un Pierre Eppherre d'une branche différente de la nôtre, en pleine force de l'âge (il avait 45 ans), ancien maire d'Ordiarp, a été agressé alors qu'il revenait de la foire de Mauléon, à hauteur de Garindein. Deux bohémiens l'ont attaqué à coup de makhila et détroussé. La pauvre homme n'a pas survécu à ses blessures. 
- Et on les a retrouvés, ses agresseurs ? Oui, ils ont été arrêtés par la gendarmerie d'Espès-Undurein très vite après. On a trouvé sur eux la bourse et la ceinture du malheureux. Il faudrait que je fasse des recherches dans les registres d'écrou pour savoir de quelle peine ils ont écopé mais comme leurs noms n'ont pas été mentionnés dans la presse...
- Ça ne ramènera pas le pauvre homme à la vie...
- Oui c'est sûr, d'autant que ça s'est passé il y a plus d'un siècle !"

Il restait une question que je n'avais pas posée à mon père : auquel de ses quatre petits-fils transmettrait-il son précieux trésor ? Le connaissant, probablement à celui qui saurait le plus l'apprécier...

Illustrations :
Photo 1 : Delcampe, cartes postales anciennes : types basques
Photo 2 : Makhila Ainciart Bergara (je n'ai pas eu de réponse à ma demande de reproduction de cette photo que je retirerai si nécessaire).
Photo 3 : Bilketa, Portail des Fonds documentaires basques
Photo 4 : Presse ancienne dans Gallica (Le Figaro du 18 décembre 1903)
Sources : AD 64,  Makhila Ainciart Bergara, Bilketa

Ce billet a été réalisé dans le cadre du RDV Ancestral, un projet d'écriture mêlant littérature et généalogie. La règle du jeu est la suivante: je me transporte dans une époque et je rencontre un aïeul. Pour retrouver mes précédents billets sur ce thème, suivre le libellé #RDVAncestral. Ce mois-ci, je l'ai doublé du #Geneatheme proposé par Sophie Boudarel de la Gazette des Ancêtres sur les objets familiers et leur transmission.


vendredi 28 février 2020

100 mots pour une vie : Marie Eppherre-Irigoyen (1888-1918)

Marie voit le jour le 28 janvier 1888 à Aussurucq dans la maison Etxeberria. Elle est la quatrième enfant de Dominique Eppherre et Elisabeth Irigoyen*. Le 18 avril 1912, elle épouse Joseph Hoquigaray, un cultivateur d'Oyherq, de dix ans son aîné. Le couple aura bientôt deux fils, Raymond, en juillet 1913 et Michel en février 1917. Alors que la famille est déjà éprouvée par la mort en février 1916 à Verdun de Michel, son frère cadet, et que ses frères aînés Dominique et Jean-Baptiste ne sont pas encore rentrés de la guerre, Marie s'éteint en novembre 1918 de la grippe espagnole.    
 * Mes arrière-grands-parents

Avec un bilan final compris entre 50 et 100 millions de morts, l’épidémie de grippe espagnole survenue entre 1918 et 1920 coûta la vie à trois à six fois plus de personnes que la Première Guerre mondiale. (RetroNews). 

Voilà ce qu'on peut lire dans "Autour du clocher", le bulletin paroissial de Mauléon, en décembre 1918 : « Tel est le triste bilan des ravages exercés par la grippe dans la paroisse depuis un mois : 24 décès (Juana Asnarez Mendiara, 82 ans, André Méheillalt, 71 ans, Jean-Pierre Berdalle, 32 ans, Pierre Aguer, 66 ans, Grégoria Nadal, Henriette Carricart 21 ans, Marie-Louise Damalenaere, 48 ans, Marie-Anna Bessouat 63 ans…) dont quatre mères de famille (Tomasa Jasa épouse Martin, 28 ans, avec son fils, Marie Epherre Irigoyen épouse Hoquigaray, 30 ans, Catherine Peillen épouse Paillet, 34 ans, après Anne-Marie Paillet, Sylvie-Marie Collet épouse Braconnier et Marianne Harichoury épouse Borde, 32 ans) ; et aussi dix enfants de 6 mois à 7 ans : Albert Martin, 2 ans, Félicien Daviton, 7 ans, Marie Castejon, 6 ans, Pierre-Michel Fourcade, 6 ans, Jean Anso, 5 ans, Joseph Vincente, 6 mois, Jean-Pierre Hoguy, un an, Jean Langlois, 5 ans, Jules Cuyen, 2 ans et Marguerite Indurain, 3 ans)! Nous recommandons aux personnes atteintes la plus rigoureuse prudence hygiénique. » (Ikerzaleak).

Illustration : Active History, Canada

samedi 15 février 2020

Le laboureur et le châtelain

Il fait plutôt friquet ce matin du 3 mars 1769 tandis que je traverse le parc du château de Trois-Villes en Haute-Soule. Le Château d'Eliçabia, c'est son nom, est une belle maison noble qui domine le Saison. Il se murmure que ses plans auraient été conçus par le grand architecte Mansart lui-même, et qu'au siècle dernier, il retrouva un peu de son lustre grâce à Jean-Arnaud du Pereyre, Capitaine des Mousquetaires du Roy, qui le fit transformer en un édifice "Grand Siècle".

Anobli en 1643 par la grâce d'Anne d'Autriche, le vaillant mousquetaire - il s'était distingué lors du siège de La Rochelle - devint comte de Trois-Villes (ou de Tréville). Après sa mort en 1672, et celle de son fils unique Joseph-Henry sans descendance, c'est à son neveu le Chevalier Armand-Jean, marquis de Monein et comte de Trois-Villes que revint le château. Hélas, je n'aurai pas la chance de le croiser.

En effet, si je suis là en catimini aujourd'hui, c'est pour emboîter le pas à mon ancêtre Dominique Eppherre qui s'apprête à signer un important contrat pour lequel il a fait le déplacement depuis Barcus. Messire Jean Pierre, abbé de Sarry, est "fondé de procuration" pour le comte comme l'annonce d'emblée M° Darhan, notaire à Tardets.

La transaction porte sur un bail à ferme pour neuf ans et neuf récoltes consécutives qui prendra effet au prochain jour des Rameaux et aura pour terme le même jour de 1778. Tandis que je propose mon cruchon aux participants (c'est tout ce que j'ai trouvé pour pouvoir observer la scène à loisir), j'essaie de comprendre les tenants de ce contrat mais ce n'est pas simple !

Il y est question de fruits décimaux que mon aïeul percevra mais aussi de quatre conques de milloq, de dix conques de froment et d'un agneau de choix qu'il devra "bailler" chaque année au titre de la dîme à l'église de Laguinge appartenant au Seigneur de Trois-Villes, en plus d'un loyer de 428 livres par an*. Ce contrat me semble bien léonin mais a l'air de satisfaire Dominique qui appose sa plus belle signature au bas du parchemin. Il est vrai que ce n'est pas rien pour un laboureur au 18e siècle de prendre à ferme les terres d'un seigneur !
En plus du curé et du notaire, les autres signataires sont Jean d'Espeldoy de Tardets, sergent royal, et Henry de Pourtau, négociant à Montory, témoins. L'oncle paternel de Dominique, Jean Saru, qui était concierge au château de Trois-Villes à cette époque n'est pas présent. J'aurais aimé demander à mon ancêtre si c'est par son intermédiaire qu'il avait eu ses entrées auprès du châtelain mais il est temps pour moi de me faire oublier...  

Qui sait, en repartant, peut-être vais-je croiser dans le beau jardin à la française le nommé Pierre Bouvié, originaire de Chateaubourg en Bretaigne (sic), jardinier exilé en cette terre souletine ? 
*environ 4826 euros

Illustration : Le château de Trois-Villes par le Dr Delanghe (Bilketa)
Sources : AD64 (état civil et minutes notariales) et sur le château de Trois-Villes : Baskulture
Bibliographie : "Ancêtres paysans" de Marie-Odile Mergnac (Ed. Archives & Culture)
Ce billet a été réalisé dans le cadre du RDV Ancestral, un projet d'écriture mêlant littérature et généalogie. La règle du jeu est la suivante: je me transporte dans une époque et je rencontre un aïeul. Pour retrouver mes précédents billets sur ce thème, suivre le libellé #RDVAncestral. 


mercredi 15 janvier 2020

Les mariés de l'an V

On ne dira jamais assez tout ce que le généalogiste doit aux indexations réalisées le plus souvent par des bénévoles d'associations. Ainsi, Mariages 33 (avec un lien sur Geneanet) m'a-t-il permis de retrouver un ancêtre que je n'aurais jamais débusqué sans cette aide. Le président de l'association girondine rencontré lors d'une précedente édition du Salon de la Généalogie m'avait bien fait une démonstration en tentant une recherche sur mon nom mais à l'époque, elle n'avait rien donné.

Et pour cause, je n'avais pas pensé aux orthographes fantaisistes de celui-ci et encore moins imaginé que les Archives de Bordeaux Métropole pouvaient couvrir une période de trois siècles commençant sous la Révolution, exactement de 1792 à 1916 ! Récemment, la mise en ligne des décès de 1970 à 2019 par l'Insee avec là encore un lien sur Geneanet, m'a amené à relancer une recherche sur mon patronyme.

Et là, ô surprise, je tombe sur un Simon Depherre marié à Bordeaux le 1er Ventôse de l'an V, soit le 19 février 1797 en plein Directoire ! Un vrai bonheur à lire cet acte, clair, détaillé, voilà qui me change des pattes de mouche des grimoires de la Soule à la même époque ! Ma première réaction va pourtant être un petit coup au cœur comme en éprouve souvent le généalogiste amateur.

Je m'explique. J'ai mis quatre ans à relier les Eppherre dont je descends aux Eppherre de Barcus, berceau de la maison du même nom et de la famille. L'une de ses branches remonte à un François Epherre dit Iriart (sosa 144) qui a fait souche à Alos, l'autre à un Simon Eppherre dit Recalt (sosa 32) qui lui, a "donné" les Eppherre de Sunharette puis d'Aussurucq. L'un est l'oncle paternel de l'autre, on parle donc de deux générations distinctes.

Que vient faire là-dedans mon Bordelais qui lui aussi se prénommait Simon ? Passé cette seconde d'appréhension sur la validité de mes hypothèses (étayées par des sources très sérieuses, je rassure mon lecteur !), son acte de mariage m'apporte toutes les réponses aux questions que je me posais à son sujet. Fils d'Arnaud Epherre dit Uthurralt, de Barcus et de Marguerite Uthurralt, de Restoue, c'est donc un neveu de François et un cousin germain de l'autre Simon.

En ce premier jour de Ventôse an V, Simon épouse à 34 ans, une dénommée Marie Burguburu d'un an son aînée, elle-même originaire de Tardets en Haute-Soule. Il "loue ses services" ce qui peut se traduire par homme à tout faire, journalier, tandis qu'elle est caffetière (sic) auprès de ses parents dans un café sis au 7 rue du 10-août à Bordeaux-Nord. 

En dehors de son acte de décès survenu le 5 décembre 1815 alors qu'il est cafetier au 16 rue Dauphine à Bordeaux (section 1) à l'âge de 53 ans, je n'ai trouvé ni actes de naissance d'enfants ni acte de décès de son épouse qui lui a survécu. A-t-elle encore déménagé ? Est-elle rentrée au pays ? Pour le moment, aucune piste...

Quant à l'arrivée de ce cadet basque (cinquième sur une fratrie de six) à Bordeaux, je pencherais pour une enrôlement comme soldat au sein du 4e Bataillon des Chasseurs basques, déjà évoqué, qui  joua un rôle de maintien de l'ordre dans la ville sous la Convention.

Une dernière chose, Simon était sans doute le filleul d'un de ses deux oncles paternels prénommés comme lui, dont un était Docteur en théologie et vicaire de Chéraute tandis que l'autre était curé d'Orthez, les deux réputés curés réfractaires, et dont on perd la trace en Espagne en 1792. Le premier réapparaitra néanmoins en 1803 au moment du rétablissement du culte, et deviendra le premier curé concordaire à Chéraute puis à Ordiarp. 

C'est un euphémisme que de dire que la Révolution française a bouleversé l'Histoire mais j'aime quand la petite histoire de mes ancêtres rencontre ainsi la grande...

Illustration : "L'accordée du village" de Jean-Baptiste Greuze (1761). Musée du Louvre.
Sources : AD64, Archives de Bordeaux-Métropole (acte de mariage), Mariages33, Geneanet.
Sur les curés réfractaires : Gallica.bnf

samedi 21 décembre 2019

100 mots pour une (courte) vie : Jeanne-Noéline Eppherre (1896-1899)

Jeanne-Noéline doit sans doute son prénom à sa naissance un 25 décembre. Son père, Dominique Eppherre, 44 ans, agriculteur à Aussurucq, la déclare lui-même en mairie le jour de Noël 1896 à midi. La petite fille est née une heure plus tôt dans la maison d'Etcheberria. Dominique se fait accompagner par Dominique Irigoyen, 67 ans, instituteur en retraite, le père de son épouse Elisabeth.
Noéline est la neuvième d'une fratrie qui comptera onze enfants, mon grand-père Pierre (1901-1970) étant le dernier. Elle n'atteindra pas ses trois ans puisqu'elle décèdera à Pâques de l'année 1899, le 20 avril exactement.

J'ai écrit ce billet pour répondre à la question de Sophie Boudarel de la Gazette des Ancêtres : "Et vous, avez-vous des Noël.le dans votre arbre généalogique ?". A la génération suivante, dans une autre branche d'Eppherre, à Sauguis-Saint-Etienne, un autre village souletin. Jeanne-Noëlie Eppherre a eu plus de chance que sa cousine. Elle est née le 24 décembre 1927 au foyer de Jean Eppherre et Hélène Garicoix de Sauguis et est décédée à 85 ans le 8 novembre 2012 à Orthez, entourée de ses enfants et petits-enfants...

Sources : AD64, Gen&0,  Geneanet (colgnecminsee)
Illustration : Urandia (né en 1932 à Hendaye) "Nativité Eskualdun"
  
  
   

jeudi 12 décembre 2019

Mémoires d'Adrien

L'histoire suivante est une fois de plus à la croisée des chemins entre le sort des cadets, l'importance du nom de la maison et l'émigration massive des jeunes Basques au 19e siècle. L'un de mes précédents billets évoquait le destin d'André Eppherre, l'un des frères de mon arrière-grand-père Dominique Eppherre (1851-1928). Installé à Morón en Argentine, "Andrès" avait eu douze enfants avec sa femme Gabriela.

Leur cinquième enfant, une fille prénommée Maria, avait été portée sur sur les fonts baptismaux lors de son baptême en 1872 à Morón par un certain Adrian Eppherre que j'identifiais comme un frère cadet d'André mais dont je ne parvenais pas à retrouver la trace sur FamilySearch. Et voilà que récemment, je suis contactée sur Geneanet par une lectrice de mon blog qui s'avère être ... l'arrière-petite-fille d'Adrian !

Mariana va m'apporter l'explication que j'attendais, la raison pour laquelle je ne parvenais pas à retrouver Adrien devenu Adrian c'est tout simplement parce que ce dernier avait choisi de faire souche en Argentine sous le nom de Harismendy et non Eppherre ! Harismendy comme le nom de la maison qui l'avait vu naître le 28 mars 1848 à Sunharette.

A-t-il voulu couper les ponts avec son grand-frère Andrès ? Créer sa propre "dynastie" sous un autre nom ? Adrian Eppherre se marie le 9 août 1873 avec Marie-Anne Uthurry, elle-même Souletine et native de Sorholus, en la cathédrale Inmaculada Concepción de Moron, "fief" de son frère qui logiquement est son témoin. Puis, Adrian devenu Harismendy et Mariana partent s'installer à  300 kilomètres de là, à Tapalqué, où leur premier enfant Clementina naît quatre ans plus tard. Elle sera suivie de quatre frères et sœurs.

Au recensement national de 1895, Adrian Harismendy, 46 ans, est commerçant, domicilié en ville (Cuartel 1, poblacion urbana) de Tapalqué. La famille se compose de sa femme Mariana Ythurry (!) 42 ans et de leurs quatre enfants Clementina, 17 ans, Bernardo, 14 ans, Amelia, 12 ans et Luisa, 4 ans. Un petit Adrian fermera la marche un an plus tard en 1896.

Ma correspondante argentine et pas si lointaine cousine (nos arrière-grand-pères étaient frères), Mariana Larcamón, est la petite-fille d'Amelia Harismendy, tout comme l'était la jeune "disparue" des années noires de l'Argentine dont j'ai fait récemment le portrait. Grâce à elle, je reconstitue cette branche argentine totalement ignorée jusque là parce qu'un cadet Basque avait préféré le nom de sa maison à son patronyme originel ! 

Je dédie ce billet à Mariana Larcamón dont c'est l'anniversaire aujourd'hui ! Feliz cumpleaňos, Urte buru on, prima !     

Illustration : Ramiro Arrue y Valle
Sources : AD64, Gen&0, FamilySearch, Geneanet et mémoire familiale.

vendredi 6 décembre 2019

100 mots pour une vie : Amelia "Amelita" Ercilia Larcamón (1942-1978 ?)

Amelita naît le 3 janvier 1942 à La Plata en Argentine au foyer de Jorge Larcamón, douanier et de Judith Garcia. Sa grand-mère paternelle dont elle porte le prénom, Amelia Harismendy, est en fait une Eppherre mais son père Adrien avait choisi en émigrant en Argentine de prendre le nom de sa maison natale en Soule, Harismendia.
En 1977, Amelita milite au PCML* comme son compagnon Luis Eduardo Torres, cheminot, et ensemble, ils ont deux enfants. Le 6 décembre, ils sont arrêtés par la police militaire puis en avril 1978, transférés dans un centre de détention clandestin. On ne les reverra jamais...  

*Partido Comunista Marxista Leninista 

Sources : AD64, FamilySearch,
Blog du Proyecto de Recuperación de la Memoría Centro Clandestino de Detención, tortura y exterminio "Club Atlético"

samedi 16 novembre 2019

Celle qui nous a transmis son nom

Elle était assise sur un banc de pierre, le regard tendu vers la ligne de montagne se détachant derrière le clocher de l'église. A vue de nez, elle devait avoir à peu près mon âge mais paraissait beaucoup plus usée par les années. Cette fois-ci, j'avais décidé de ne pas finasser, de jouer cartes sur table.

"Egun on ! Vous êtes Catherine Eppherre ?
- C'est mon nom. Et vous ?
- Je suis Marie, votre descendante à la huitième génération. Vous savez, je rêvais de vous rencontrer. Car c'est à vous que je dois mon nom. Et qu'elle n'a pas été ma surprise de voir qu'à trois siècles d'écart, il s'orthographiait toujours de la même façon ! 
- Oh, vous savez, moi je n'ai jamais appris à écrire.
- Oui, je sais. Qu'est-ce que ça peut m'agacer de lire dans les actes notariés : la femme autorisée et congédiée par son mari et de le voir signer à votre place ! Mais au bout du compte, c'est vous qui avez gagné.
- Comment ça ?
- Et bien, non seulement vous êtes l'héritière de la maison Eppherre de Barcus mais c'est votre nom à travers elle que vous nous avez transmis alors que nous aurions dû prendre le patronyme de votre mari Jean Saru. 
Ce nom, on le porte fièrement jusqu'à maintenant. Par exemple, mon père, Dominique Eppherre, est l'exact homonyme de votre grand-père et de votre fils aîné. D'ailleurs, c'est une tradition qui a perduré jusqu'au milieu du XXe siècle, tous les aînés se prénomment Dominique. Avez-vous une idée du nombre de Dominique Eppherre dans mon arbre ? Vingt-et-un !
- Comment vous savez tout ça, vous ?
- Je suis généalogiste, enfin ... amateure. Mais j'ai quand même coécrit un livre sur le sujet car la généalogie basque, c'est drôlement compliqué ! Tenez, vous par exemple, vous êtes doublement mon aïeule : je descends à la fois de votre fils aîné Dominique par son cadet Simon Eppherre dit Recalt, et de votre cadet, François Eppherre dit Iriart. Nous savions que le berceau de la famille était à Barcus mais sans vous, nous ne serions pas là ! 
- Vous m'en direz tant !
- Ah, j'ai remarqué autre chose à propos de votre mère Marie Satçoury qui a épousé en secondes noces le frère aîné de votre mari.
- Ne m'en parlez pas, quelle peau de vache, celle-là ! Savez-vous qu'elle nous a traînés chez le notaire Carricondo ? Prétextant qu'elle s'était chargée de l'administration de la maison Eppherre pendant six ans avec son deuxième mari Dominique qui, en effet, est le frère aîné de mon mari Jean, elle a demandé sa part de l'héritage. Nous avons dû mon mari et moi leur verser 225 livres en argent comptant ! Mais bon, j'aime beaucoup ma demi-sœur, Marie Saru, alors je pardonne à notre vénale de mère, que Dieu ait son âme !
- Demi-sœur qui est aussi la nièce de votre mari et qui à son tour deviendra héritière de la maison de Saru et donnera son nom à une autre lignée de Barkostars. 
- C'est vrai, je n'y avais pas pensé. En somme, c'est nous les femmes qui avons tout fait ici !" conclut Catherine, en partant d'un grand éclat de rire. Sur ce, elle arrange quelques mèches échappées de son burukoa, époussette son tablier, fait claquer ses sabots, se lève et s'en va en me faisant un petit signe de la main.

Je la regarde s'éloigner, cette aïeule qui avait 10 ans à la mort de Louis XIV, n'aura connu que l'Ancien Régime et qui pourtant, à elle seule, illustre un modèle plutôt moderne : la famille matrilinéaire basque...

Ce billet a été réalisé dans le cadre du RDV Ancestral, un projet d'écriture mêlant littérature et généalogie. La règle du jeu est la suivante : je me transporte dans une époque et je rencontre un aïeul. Pour retrouver mes précédents billets sur ce thème, suivre le libellé #RDVAncestral.

Lexique :
Egun on : bonjour (se prononce egoun oun en souletin)
Barkostars : habitants de Barcus (Barkoxe en basque)
Burukoa : petit filet en dentelle blanche recouvrant les chignons de nuque

Sources : AD64 (Minutes notariales)
Illustration : Valentin de Zubiaurre (1879-1963)



dimanche 10 mars 2019

De Geüs à Chascomùs ... et plus

En octobre dernier, j'ai fait partie du "comité d'accueil" d'Alberto, un Argentin de retour au pays sur les traces de ses ancêtres. Alors que nous faisions les présentations, il me fit remarquer qu'il connaissait des Eppherre chez lui, à Tres Arroyos. La ville ne fut fondée qu'en avril 1884 aussi me fallut-il quelques temps avant de comprendre quelle branche s'y était établie.

Il existe sur Geneanet une fonctionnalité très pratique qui permet de savoir où les porteurs de son nom de famille sont installés. J'avais repéré des Epherre à Chascomùs une ville plus ancienne et plus proche de Buenos-Ayres, je décidai de commencer par là. Assez vite, je trouvai l'acte de mariage d'un Jean Eppherre et d'une Caroline Chamoux le 28 février 1857 dans les registres paroissiaux de Nuestra Señora de la Merced de Chascomùs.

Ce Jean-là venait d'une branche cadette des Eppherre de Barcus installée à Geüs d'Oloron que j'appelle les "Béarnais" alors qu'ils doivent se sentir aussi Basques que leurs cousins Souletins voisins. Mais passons, cette branche allait m'occuper pendant un bon bout de temps et je ne m'en doutais pas ...

Première surprise, alors que jusque-là j'avais noté une certaine tendance à l'endogamie chez les candidats à l'émigration, voilà que notre petit basco-béarnais se marie à vingt-cinq ans avec une jeune fille de vingt ans originaire ... de Haute-Savoie. Encore merci à Geneanet car c'est ainsi que j'ai pu connaître la date et le lieu de naissance de Caroline Chamoux à Metz-Tessy (74). L'arbre en ligne notait qu'elle avait émigré en Argentine avec un frère et une sœur sans plus de précisions.

Sauf erreur ou plutôt omission, Juan et Carolina Epherra comme ils se feront désormais appeler, ont eu treize enfants, cinq fils et huit filles entre 1859 et 1885, tous baptisés à Chascomùs sauf les deux derniers, l'une à Ayacucho et l'autre à Juarez. Dans les années 1890, on retrouve d'ailleurs la famille à Coronel Dorrego, une autre "ville nouvelle" de l'état de Buenos-Ayres. 

Chose rare dans une fratrie aussi nombreuse, dix d'entre eux vont parvenir à l'âge adulte et se marier.  A Chascomùs, ils vont fréquenter les Amestoy dont le père Guillermo (Guillaume) est originaire de Iholdy. S'en suivront quatre mariages entre les deux familles. Juan Epherra né en 1862 épousera Maria Vicenta Amestoy tandis que ses sœurs Eusebia, Carolina et Claudina lieront leur destin à trois frères Amestoy,  Graciano, Juan Pedro et Guillermo.    

Et tous ces mariages à partir de 1891 seront célébrés ... à Tres Arroyos ! Dans l'état actuel de mes recherches, toujours en cours, je recense une cinquantaine de petits-enfants tous ou presque baptisés en l'église Nuestra Señora del Carmen de Tres Arroyos dont la moitié sont des Epherra. Les derniers recensés étant des années 1915/1920, ce sont à n'en pas douter les aïeux des connaissances d'Alberto !

Nouvelle que je vais m'empresser de lui rapporter...

Sources : AD64, Gen&O, FamilysSearch, Geneanet. 
Illustrations : La gare de Chascomùs en 1875 (Wikipedia) 

vendredi 28 décembre 2018

Petit miracle de Noël

Le petit miracle en question s'est produit le 22 décembre juste avant 19 heures, et je l'ai vécu un peu comme un cadeau de Noël avant l'heure. Chaque généalogiste connaît ce qu'on appelle une "épine généalogique", en fait un écueil sur lequel on bute pour faire avancer ses recherches ou corroborer une hypothèse. Quelqu'un m'a dit une fois qu'il en traînait une depuis plus de dix ans ! La mienne avait presque quatre ans et à vrai dire, je ne pensais plus vraiment la résoudre un jour...

Lorsque l'on s'intéresse à la généalogie basque, on sait l'importance de la maison, une composante essentielle pour comprendre la transmission du patrimoine et du nom de nos ancêtres. En mars 2015, aux balbutiements de mes recherches, j'avais raconté dans un billet comment j'avais retrouvé la Maison D'Eperre (sic) à Barcus. Ce n'était pas vraiment une surprise, mon père et la plupart de mes cousins m'ayant appris que le berceau de la famille se trouvait là.  

Au fur et à mesure de l'avancée de mes travaux, j'appris que la branche dont je descends par mon père côté paternel, prenait sa source à Alos où un cadet Epherre (tel qu'il signait son nom) avait épousé l'héritière de la maison d'Iriart. François Epherre dit Iriart (sosa 144) était mon aïeul à la 7e génération. Son acte de décès m'apprenait qu'il était mort le 31 juillet 1811 dans sa maison d'Alos à environ 86 ans, situant sa naissance autour de 1725. Il y était précisé qu'il était de Barcus, fils de Jean Epherre et de Catherine Saru. Erreur funeste !

L'état civil n'existant pas pour Barcus avant 1783 (et encore, avec une interruption entre 1789 et 1793, Révolution oblige !), je me résolus cette année à éplucher les minutes notariales de manière méthodique avec pour pour objectif de relier François, cadet (D')Epherre, à la branche aînée de Barcus que j'avais jusque là étudiée mais isolée de mon arbre. 

Sous l'Ancien Régime, je l'ai déjà raconté ici, on consultait son notaire pour un oui ou pour un non. La plupart des habitants ne parlant que le Basque et ne sachant pas écrire, juste signer leur nom - ce qui dans ce cas s'est avéré très précieux - les notaires étaient pléthores. Certains se rendaient même sur les marchés pour enregistrer un acte, signé à la plume sur un coin de table du cabaretier voisin !  

A Barcus, je vais retrouver de nombreux actes notariés entre 1744 et 1769 mentionnant une Catherine, héritière de la maison (D')Epherre et son mari Jean (De) Saru, maître adventif* de ladite maison. A partir de 1770, c'est leur fils aîné et héritier, Dominique, qui apparaît dans de nombreux actes. J'avais déjà retrouvé son acte de mariage en 1754 avec Marianne Duque de Barcus. Il signe Eppherre, exactement comme mon nom s'écrit aujourd'hui !

A Abense-de-Haut (parfois écrit Abense Supérieur) village de près de 300 habitants en 1793, jumelé depuis à Alos et Sibas, je vais rechercher mon aïeul François dans des milliers de pages entre 1748 et 1762. En vain. A Tardets, gros bourg voisin de la Haute-Soule, je tombe sur le testament d'un François Saru, concierge du Château de Trois-Villes, originaire de Barcus, qui fait un legs en faveur de son neveu et filleul, François D'Eperre dit Iriart d'Alos (sic), le 13 février 1767. Je sens que je brûle.

C'est finalement dans les minutes notariales de Maître Darhan, notaire à la résidence de Tardets, que je vais retrouver le "pacte de mariage" signé entre Jean de Saru dit Eperre et  Dominique Deperre (sic), père et fils, de Barcus, contractant pour leur fils et frère François, fils légitime de Jean de Saru et Catherine Deperre, d'une part ; et d'autre part Dominique Etchart (!) maître adventif* d'Iriart d'Alos, représentant sa fille Marie héritière D'Iriart. Il est signé du 15 janvier 1760.

En conclusion, le résultat de cette quête prouve encore une fois qu'au Pays basque le nom de la maison s'est souvent substitué au nom patronymique quitte à le faire disparaître totalement. Quant à mes proches, s'ils ont bien suivi mes explications, ils aurant noté que nous n'aurions jamais dû nous appeler Eppherre mais ... Saru** ! 

* Maître adventif (ou adventice) : celui qui a épousé l'héritière de la maison.

Sources : AD 64 (Etat civil et minutes notariales), Gen&O, Geneanet, Wikipedia
Illustration : Geneanet
Nota :Mon arbre sur Geneanet n'est pas encore à jour, il faut que je fusionne les deux branches sur Geneatique. Ce sera mon prochain chantier !

mercredi 2 mai 2018

Servantes et domestiques en Soule

Dans "Mémoires souletines", Philippe Etchegoyhen revient sur le fonctionnement de la maison basque, l'etxe, et consacre un passage au rôle du personnel de maison au sein de celle-ci. Les grosses fermes avaient en général mitil eta neskato, un domestique et une servante, critère de référence pour mesurer l'importance de l'etxe. Concernant plus précisément le domestique agricole, il était selon l'auteur une "variable de régulation essentielle".

Les servantes étaient souvent des "parentes pauvres" de la famille qui aidaient l'etxekandere, la maîtresse de maison, à la ferme, s'occupaient des plus jeunes enfants, et prêtaient main forte pour les travaux des champs. Dans le recensement de 1856 du village d'Aussurucq, j'ai tenté en vain d'identifier la servante de la maison Lohitçun. 

A cette date, vivent dans cette maison du bourg, Joseph Lohitçun et sa femme Marie Etcheber (mes sosas 78 et 79). Septuagénaires tous les deux, ce sont les "maîtres vieux". Ils cohabitent alors avec leur fils Pierre, âgé de 38 ans et sa femme Marie Ihitz, 43 ans, les "maître jeunes", parents de deux garçonnets de cinq et deux ans. Une servante prénommée Catherine, âgée de treize ans, complète le tableau.

Je n'ai trouvé dans les archives de la commune aucune Catherine Lohitçun née autour de 1843 mais il n'était pas rare que le domestique prenne le nom de la maison où il ou elle était placé. Au recensement suivant, 1861, une servante de dix-huit ans est présente au foyer mais cette fois, elle se nomme Engrâce Lohitçun. Sa trace s'est perdue également mais qui sait, Catherine et Engrâce étaient peut-être une seule et même personne ? On n'attachait pas autant d'importance aux prénoms à cette époque qu'aujourd'hui et les erreurs de transcription sont toujours possibles...

Une autre maison emploie une servante mais cette fois, celle-ci a une "identité" plus nette. Mon arrière-arrière-grand-mère, Marie-Jeanne Dargain, 22 ans, petite-fille des précédents, occupe en effet la maison Laxalt, héritée de son père, Pierre Dargain (1800-1853), décédé trois ans auparavant. En 1856, Marie-Jeanne est mariée depuis cinq ans avec Dominique Irigoyen, l'instituteur du village, et ils ont trois enfants, Maddy, trois ans, Marguerite, deux ans et Pierre, un an. Le quatrième, Joseph, est en route !

Marie-Jeanne est épaulée par sa petite cousine, Marianne Argain, treize ans. Orpheline, son père Pierre Argain (1808-1855), cousin germain de Pierre Dargain, était lui-même un cadet et avait été placé comme domestique avant d'être journalier. Sur son acte de décès, il apparaît comme cultivateur ce qui laisse supposer qu'il a acquis un peu de terres à lui. Sa femme, Catherine Oyhamburu Harchoury (1811-1849), était morte un soir de Noël alors que Marianne n'avait que six ans.

Cette année 1856, toujours d'après le recensement, 50 garçons sont inscrits dans l'école publique dirigée par Dominique (20 filles dans l'école des filles). Par ailleurs, mon aïeul fait comme souvent, office de secrétaire de mairie dans une commune qui compte alors 662 habitants et traduit également des textes basques en français. De son côté, Marie-Jeanne est propriétaire de terres héritées du côté paternel comme maternel. L'aide d'une servante n'est donc pas superflue !   

 
Faisons à présent un bond en avant de quarante ans ! Nous sommes en 1896. Les Irigoyen se sont installés à Etcheberria désormais, l'etxondoa ou maison-souche de la famille. En ce 19e siècle finissant, on retrouve Dominique Irigoyen, 69 ans, instituteur retraité, sa femme Marie-Jeanne, 62 ans, leur fille Elisabeth, 38 ans et son mari, Dominique Eppherre, 44 ans, cultivateurs. Ce sont mes arrière-grands-parents.

Ils ont déjà sept enfants, trois filles et quatre garçons, âgés de treize, onze, neuf, huit, six, quatre et un an. Ce petit dernier (pour le moment), Michel, perdra la vie à Verdun en 1916. En plus de cette déjà grande fratrie, deux soeurs aînées d'Elisabeth, non mariées, Marianne, 35 ans et Jeanne, 32 ans et un petit frère, Jean-Pierre, 18 ans, vivent sous le même toit. Ces célibataires adultes encore à la maison sont appelés etxekoseme pour les garçons et etxekalaba pour les filles. Encore une "variable d'ajustement" pour ces familles à géométrie très variable !

Plus de servante désormais, on suppose que les soeurs célibataires et la grand-mère aident Elisabeth à tenir sa maison. En revanche, la quinzième personne recensée en 1896 dans l'etxe est un domestique âgé de 26 ans. Né en 1870 à Garindein, Jacques Urruty, laboureur de son état, épousera en 1911 une fille d'Aussurucq. Pour l'heure, il assiste Dominique Eppherre, déjà aidé de son beau-frère et sûrement encore de son beau-père, à cultiver les terres de la famille et à élever le bétail. Les enfants sont encore petits mais participeront bientôt à l'économie familiale.

A ce propos, dans son ouvrage très instructif (op.cit.), Philippe Etchegoyhen explique que les garçons devenaient domestiques après leur communion, vers douze ou treize ans. Le jeune domestique (eskü makila) était logé, nourri et recevait une paire de sabots et un petit salaire annuel. Toutes les fermes même les plus modestes, pouvaient envisager d'engager un jeune domestique agricole. Il n'était pas rare que quelques années plus tard, la même ferme place ses propres enfants ailleurs dans les mêmes conditions ! 

Le contrat courait pour une durée d'un an et le "mercato" des domestiques se tenait alors à la Saint-Martin, le 11 novembre. Mais certains pouvaient rester des années dans la même maison, ils s'attachaient aux enfants et savaient se rendre indispensables, ce qui parfois n'allait pas sans heurts avec les "maîtres jeunes"...

Illustrations : 1-Servante (anonyme) -  2-Valentin de Zubiaurre (1879-1963)
Sources : AD64 (Etat civil et recensements), Gen&O.
Bibliographie : Mémoires souletines (Vol 1. Villages de la vallée) de Philippe Etchegoyhen, éditions Elkar.  

lundi 9 avril 2018

Retour à Morón

L'avantage de faire régulièrement des recherches en généalogie, c'est que l'on sait mieux où chercher, avec plus de méthode et de plus en plus vite. Ainsi des registres de FamilySearch en Argentine, qui sont une mine quand on a des ancêtres qui y ont émigré massivement au 19e siècle. Forte de la récente plongée dans ces registres qui m'a permis de reconstituer l'histoire de la "petite Marie" et de ses soeurs, j'ai décidé de reprendre celle d'André Eppherre où je l'avais laissée.

Je suis repartie du Census de 1895 de Capitán Sarmiento et, avec l'âge des enfants, j'ai pu reconstituer toute la fratrie grâce à leurs actes de baptême et mettre enfin la main sur l'acte de mariage d'André "Andrès" et de Gabrielle "Gabriela" Arcurux. Ils se sont bien unis à Morón le 22 juin 1868, soit un an après leur traversée.

Un petit mystère demeure cependant, dans le recensement, le couple dit avoir eu treize enfants, je ne leur en ai trouvé que douze, tous nés à Morón entre 1868 et 1885 dont quatre décédés prématurément et inhumés à Morón. Quant aux "jumelles", elle n'en étaient pas : Graciana, l'aînée, est née le 12 décembre 1868 et Juana Maria dite Mariana, sa cadette, le 15 janvier 1870.

Tous les enfants sans exception ont été baptisés en la Catedral Basílica Inmaculada Concepción del Buen Viaje de Morón, édifiée sur les ruines d'une vieille église et consacrée en juillet 1868, ce qui laisse penser que le mariage d'André et Gabrielle et le baptême de leur première fille furent célébrés dans une cathédrale flambant neuve ! 
   
Une autre leçon que nous apprend la généalogie c'est de combattre les idées toutes faites et les déductions hâtives. Bien sûr les conjectures sont toujours possibles (conjecturons, donc ! comme l'exprimait récemment un généablogueur qui se reconnaîtra...) mais il faut tout de même s'en méfier.

Ainsi, avais-je conclu hâtivement dans le premier billet consacré à André que c'est en tant que cadet qu'il avait été obligé de s'exiler. Or, quelle ne fut pas ma surprise de m'apercevoir que son demi-frère Jean-Baptiste Etchegoren, l'aîné de la fratrie, était lui aussi parti en Argentine et mieux, qu'il avait été témoin de son mariage !

Devenu Bautista tantôt Etchegoren tantôt Etchegoien (!), âgé de vingt-neuf ans au moment du mariage de son demi-frère (il était né le 18 mai 1839 à Sunharette d'Anne Inchauspé et de son premier mari Pierre décédé en 1838), il sera aussi le parrain de Graciana, le premier enfant du couple.

Jean-Baptiste "Bautista" va à son tour se marier à Morón le 17 mars 1871 avec une Maria Etchandi de quatorze ans sa cadette qui lui donnera trois filles nées entre 1872 et 1876 toutes prénommées Maria (!). Adrien Eppherre, son demi-frère et frère cadet d'André, s'est lui aussi installé à Morón où il a épousé le 21 août 1873, une demoiselle Mariana Uturry. Mais je perds ensuite complètement la trace de ces deux frères...

André quant à lui, a dû quitter Morón pour Capitán Sarmiento avec sa femme et leurs sept enfants entre 1892 et 1895. En effet, leur fille cadette Mariana avait épousé à Morón le 20 septembre 1890 José Iriarte, un basque espagnol de Pampelune dont elle aura deux garçons et une fille entre 1891 et 1893, les deux aînés nés à Morón.

La petite famille apparaît dans le même recensement de Capitán Sarmiento que celle d'André. Ce dernier, de petit exploitant ("chacarero") est devenu éléveur ("ganadero") à l'instar de son gendre, José. Je n'ai pour l'instant pas épluché les archives de Capitán Sarmiento, plus limitées que celles de Morón, afin de savoir ce qu'il était advenu d'André et des siens.

En revanche, mon intuition me dit que le Pedro Eppherre évoqué dans un autre billet n'est pas un fils d'André comme je l'avais supposé (conjecturons, donc !) mais plutôt celui d'une veuve de Buenos Aires originaire de Barcus. Mais ceci est une autre histoire...

Illustration : El gallo y la Catedral de Morón, Taringa.net
Sources :   AD64, Gen&O, FamilySearch, Geneanet, sur la Cathédrale de Morón (Instituto de Patrímonio Artístico y Arquitectónico)

dimanche 4 mars 2018

Destins brisés (III)

A quel moment Jean-Baptiste apprend-t-il la disparition de son frère Dominique ? Sûrement assez vite vu qu'ils sont du même régiment. Est-ce lui qui écrit à ses pauvres parents pour leur annoncer la nouvelle ? Ou préfère-t-il attendre de savoir si son cadet a été fait prisonnier ? Le temps passe et voilà déjà Noël 14. La veille, il a été nommé sergent.

1915. Une période de calme relatif commence. On en profite pour multiplier les tranchées et les boyaux afin de créer des abris profonds et bien aménagés pour mettre les hommes à l'abri des obus et des intempéries. Le 28 juin est une journée mémorable, le Président de la République se déplace en personne à Rosnay pour accrocher la Croix de guerre au drapeau du régiment. 

1916. Nouvelle année. Mi-janvier, Jean-Baptiste suit les cours de chef de section et est promu sous-lieutenant de réserve pour la durée de la guerre. Dans la nuit du 4 au 5 avril, il se distingue, comme indiqué dans l'ordre du régiment n°118 du 10 avril 1916 : "Le sous-lieutenant Brisé s'est particulièrement signalé par le courage et le sang froid dans une lutte à la grenade et au fusil entre une patrouille française et une patrouille allemande." 

Moins de deux semaines après ce moment de bravoure, sa mère Engrâce meurt à Saint-Just-Ibarre. Son "Battitta" en est-il prévenu ? Bénéficie-t-il d'une permission pour rentrer au pays ? C'est une chose que les livrets militaires ne disent pas...    

L'instruction se poursuit activement au sein du 18e. Tous se préparent pour Verdun dont on entend au loin l'écho de la canonnade. Jean-Baptiste sait-il que son cousin Michel, engagé dans le 60e, est tombé en février au Bois de Caures ? Le 23 mai, le régiment est conduit sous une chaleur accablante à Dugny par automobiles.

Début juin, nouvelle citation dans l'ordre général n°75 de la 36e Division d'infanterie à laquelle le 18° RI appartient : "Très belle attitude au feu. Blessé une première fois, a conservé le commandement de sa section, l'a entraînée vigoureusement en avant malgré la violence du bombardement. A été blessé une seconde fois".

Ce sera la dernière. En mai 1917, le plateau de Craonne, jugé inexpugnable, est enlevé à l'ennemi par le 18e. Malgré cette victoire, c'est à Craonne que le sous-lieutenant Jean-Baptiste Brisé, instituteur, rugbyman, décède le 4 juin 1917 des suites de ses blessures. On lui décerne la Croix de guerre. Il avait 27 ans et la vie devant soi. 

Illustration : Carte postale non datée, Delcampe.net et Scuf pour la photo de JP Brisé
Sources : AD64, Registres militaires du 64, Historique du 18) Régiment d'Infanterie (BDIC, domaine public, transcription P. Chagnoux, 2016)