Affichage des articles dont le libellé est Mendive. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mendive. Afficher tous les articles

vendredi 26 juin 2020

Quand le choléra s'abat sur une famille

Il arrive souvent en généalogie d'être confronté au hasard des registres à de véritables tragédies familiales vécues par nos ancêtres. Le cas des décès d'enfants en bas âge est le plus fréquent et, des années de recherches après, ne nous laisse toujours pas indifférent. J'avais déjà évoqué dans un billet intitulé "Quand le sort s'acharne sur une famille" l'histoire d'une mère et de ses trois filles décédées à Béhorléguy en 1874. 

Récemment, deux pages d'un registre d'actes de décès à Ossès ont attiré mon attention : le père, la mère et deux de leurs six enfants meurent entre le 23 et le 28 août 1855. J'ai d'abord pensé à un incendie de leur maison mais des recherches à des dates postérieures ont infirmé cette hypothèse : la fille aînée, Marie, âgée de 17 ans à la mort de ses parents et de ses petits frères, devient héritière quelques années plus tard de la maison Péritsh du quartier Ouhaïts d'Ossès.

Reste l'hypothèse d'une maladie contagieuse expliquant le décès de quatre membres d'une même famille la même semaine. Je m'en ouvre sur mon fil de généalogie Twitter et aussitôt plusieurs de mes contacts m'apportent la réponse : 1854 et 1855 sont des années où la France a été frappée par une terrible épidémie de choléra encore plus meurtrière que celle de 1832.

"Au cours du 19e siècle, alors que la population s’habituait depuis près d’un siècle à vivre sans épidémie, le choléra refait son apparition en France. La première vague en 1832-1834 frappe essentiellement Paris et le nord de la France (120 000 décès en 1832)".¹  En 1853-1854, une deuxième vague touche la France, faisant 143468 victimes.

Au Pays basque, l'épidémie semble s'être propagée depuis d'Espagne. "Les Bayonnais apprennent ainsi en décembre 1854 qu’un foyer épidémique existait à Peyrehorade (Landes), sans doute apporté par les Espagnols ou du moins par les échanges commerciaux avec les pays au sud des Pyrénées. [...] Dès la mi-août (1855), les nouvelles du choléra sont rapportées par les sources d’informations. Les familles espagnoles ne cessent d’arriver en nombre de Madrid et d’autres villes du pays. Les mesures prophylactiques ne suffisent plus à enrayer la maladie. On dénombre déjà des victimes à Mauléon, Saint-Etienne-de-Baïgorry et Tardets. Les courriers et enveloppes adressés par Napoléon III mentionnent désormais "Bayonne et Mauléon atteints de l’épidémie" .²

Mais revenons à notre petite famille. Guillaume Etchemendy, né à Béhorléguy en 1803, a épousé le 29 janvier 1837 à Ossès Marie Harostéguy de neuf ans sa cadette et héritière par sa mère de la maison Péritsh. Ossès est alors un gros bourg Bas-Navarrais de 2000 habitants*. En août 1855, lorsque la foudre s'abat sur ce couple de cultivateurs, ils ont six enfants encore vivants âgés de 17 ans à 9 mois. La maladie va frapper dans l'ordre la maman le 23, puis le benjamin Jean Gazté le 24 et enfin, le 28, le père et un garçonnet de sept ans également prénommé Jean.  

Les quatre enfants restants sont confiés à leur oncle paternel Jean dit Gachté, cultivateur et maître de la maison Teilleriborde de Mendive. Il sera mentionné comme tuteur de ses neveux lors du mariage de Marie en 1858 et de Jean en 1869. Une autre Marie se mariera à Mendive en 1883 mais étant majeure, son oncle et probable tuteur n'est pas mentionné dans l'acte de mariage.

Dans cette fratrie, je n'ai pas réussi à retrouver la trace de Jacques, né à Ossès le 7 mars 1845 et donc âgé de dix ans au moment des faits si toutefois il était toujours en vie... A noter aussi, qu'une tante maternelle de la maman, Jeanne Arrossa, veuve Lahore, 75 ans était décédée le 4 août 1855 soit trois semaines auparavant. A-t-elle été la première victime de la famille ? Difficile à dire... 

* Entre les recensements de 1851 et 1856, la commune perd 151 habitants, probablement à cause du choléra.

Illustration : Couverture du "Petit Journal" du 1er décembre 1912 
Sources : 
Journal de la société de statistiques de Paris : Note statistique sur le choléra de 1832, 1849 et 1854
Registres d'état civil : AD64

samedi 17 juin 2017

A la claire fontaine m'en allant promener

La source n'était qu'à une centaine de mètres de la Maison Çubiat, je m'étais cachée à proximité de la fontaine et j'entendais les voix aiguës des femmes. C'était là me semblait-il que j'aurais le plus de chances de la croiser, sur le chemin du retour. Il ne me restait plus qu'à espérer qu'elle serait seule.

Elle apparut soudain au détour d'un sentier bordé de hautes fougères, marchant d'un bon pas malgré la lourde ferreta perchée sur sa tête qui la déséquilibrait quand son pied heurtait une pierre. Je tentais une approche : 

"Vous me faites penser à une Indienne ! 
- Vous venez d'Amérique ? Comme mon promis ?
- Non, pas ces Indiens-là, une Indienne d'Inde, c'est un pays lointain où j'ai vécu, en Asie. Les femmes portent des cruches en terre cuite sur la tête, comme vous votre seau. Ce sont elles qui sont préposées à la corvée d'eau.
- Ah bon !" Elle me détailla avec ses petits yeux noirs perçants et reprit :
- "Vous êtes bizarre, vous, en cheveux, et en pantalon comme un homme !
- Je viens du 21e siècle, c'est comme ça que les femmes s'habillent maintenant, enfin pas toujours...
- Ouille, ouille ama, on aura tout vu ! Et vous êtes qui ?
- Ça va vous paraître bizarre mais je suis votre arrière-arrière-petite-fille, vous êtes la grand-mère paternelle de mon amatxi.
- N'importe quoi, je ne suis pas encore mariée !
- Je sais mais vous le serez bientôt. Vous êtes fiancée à Martin Etchemendy d'Arnéguy, un Amerikanoak qui vient de rentrer au pays. Et il est drôlement riche, dites donc ! Entre l'héritage de sa mère décédée au printemps dernier et la petite fortune qu'il a ramenée d'Amérique où l'on dit qu'il aurait aidé à trouver une mine d'or, il apporte plus de 4000 francs.
- Vous êtes bien renseignée, à croire que vous travaillez pour Maître Etcheverry, notre notaire de Saint-Jean-Pied-de-Port...
- J'ai mes sources, moi aussi.
- Ah, et maline en plus, vous me plaisez malgré votre tenue débraillée. Mais vous savez, je suis un beau parti moi, le meilleur à Mendive et à plusieurs lieues à la ronde !
- C'est exact, vous êtes Isabelle Esponda, la fille des maîtres de Çubiat et vous êtes fille unique. Mais vous avez pris votre temps, 32 ans pour un mariage en 1873, c'est tard. Finalement, vous êtes en avance sur votre siècle, c'est environ à cet âge que les filles se marient chez nous maintenant..."

Elle se tut, peut-être étais-je allée trop loin ? Et puis, sur le ton de la confidence :
- "Oui, je sais, peut-être un peu tard aussi pour avoir des enfants...
- Rassurez-vous, vous en aurez plusieurs, sinon, je ne serais pas là pour vous parler. Mon arrière-grand-père Jean sera le troisième, et il y en aura encore deux après.
- Je n'ai donc pas besoin alors d'aller aussi souvent à la Chapelle Saint-Sauveur sur la route d'Iraty ?
- Celle des légendes ? Evitez, vous risqueriez de rencontrer le Basajaun ! (rires).
- Vous faites vous-même une drôle de sorcière, Mademoiselle-je-sais-tout !
- Eh oui, c'est ça la généalogie, ça vous rend omniscient (rires)."

Haussant les épaules, Isabelle reprit sa démarche chaloupée vers la grande maison. En route vers son destin.

Lexique 
Ferrata : récipient en bois servant à porter l'eau sur la tête au Pays Basque (herrade au Béarn).
Amerikanoak ou amerikanuak, Basque qui a fait fortune aux Amériques (Ouest américain, Argentine, Uruguay, Chili) et revient au pays se faire construire une belle maison (ou épouser une héritière comme mon aïeul...).
Ama : maman, Amatxi, grand-mère (en Basse Navarre et au Labour).
Basajaun : littéralement "Seigneur de la forêt", homme corpulent, poilu et sauvage, assez terrifiant, protecteur des troupeaux.

Sources : AD 64 (état civil et archives notariales), mémoire familiale, Objets d'hier (pour la ferrata), paysbasque1900.com et aussi ici pour la légende de la chapelle St Sauveur.
Pour ceux que la mythologie basque intéresse, je recommande la trilogie du Baztan de Dolorès Redondo (traduit de l'espagnol, en poche chez 10-18).
Ce billet a été réalisé dans le cadre du RDV Ancestral, un projet d'écriture mêlant littérature et généalogie. La règle du jeu est la suivante: je me transporte dans une époque et je rencontre un aïeul. Pour retrouver mes précédents billets sur ce thème, suivre le libellé #RDVAncestral.

lundi 22 mai 2017

Bertrand ou Jeanne ? Mystère autour d'une naissance

Mauricio Flores Kaperotxipi
La généalogie apporte chaque jour son lot de surprises. Récemment, j'ai repris une branche de la mienne et je suis tombée sur un acte de naissance d'une Jeanne Esponde, née le 11 juin 1809 à Mendive (Basses-Pyrénées) qui, de prime abord, m'a semblé être une soeur de mon arrière-arrière-arrière-grand-père Bertrand Esponde (sosa 42). En l'intégrant dans mon arbre généalogique, je me suis alors aperçue que tous les deux étaient nés ... le même jour !

J'ai tout de suite pensé à une naissance gémellaire mais j'ai eu beau regarder, je n'ai retrouvé que l'acte de naissance de Jeanne dans le registre. Pourtant, j'étais sûre d'avoir enregistré précédemment celui de mon aïeul Bertrand, et j'en avais gardé une copie. Puis, je me suis souvenue que les AD64 ont souvent deux registres, un départemental et un municipal. Il ne me restait plus qu'à comparer les deux... 

Première anomalie, la collection départementale compte douze pages et la municipale, quinze pour les registres 1807-1812 et, dans cette dernière, je trouve bien l'acte de naissance de "mon" Bertrand : même jour, mêmes témoins, même maison (très éclairante la mention des maisons au Pays Basque !) et même identité de la mère, Marie Çubiat (sosa 85), Quant au père, il est présent mais pas nommé. Deuxième anomalie, l'acte de naissance de Jeanne se trouve lui, dans le registre départemental. 

Enfin, les deux actes ne sont pas identiques, il existe des différences comme l'heure de naissance (deux heures de relevée pour Jeanne et cinq heures du soir pour Bertrand). En y regardant de plus près, je m'aperçois que sur l'acte de naissance de Bertrand, la déclaration des témoins fait état d'un enfant "femelle" et que le prénom semble avoir été effacé puis corrigé. Pour en avoir le coeur net, je décide de rechercher des traces de Jeanne postérieures à sa naissance. Rien. Ni acte de mariage, ni acte de décès.

Ma conclusion : comme je ne pense pas être en présence d'un phénomène transgenre, j'en déduis qu'au moment de son mariage avec Gracianne Ohyamburu (sosa 43) le 29 avril 1839 quand il a fourni son acte de naissance (comme indiqué dans l'acte de mariage), Bertrand Esponde a dû se rendre compte qu'il avait été déclaré "fille" et sous le prénom de Jeanne. Et c'est à ce moment-là que le maire a dû effectuer la correction du prénom (mais pas du sexe !) dans le registre de la commune sans que ceci ne soit reporté sur le registre départemental.

L'histoire ne dit pas dans quel état se trouvaient le père et ses voisins, les sieurs Bidegain et Ondartz (je les mentionne pour la postérité) quand ils sont venus déclarer ce 11 juin 1809 la naissance du nouveau-né !


Acte de naissance de Jeanne Esponde le 11 juin 1809

Acte de naissance de Bertrand Esponde le 11 juin 1809


jeudi 1 octobre 2015

Quand mes ancêtres habitaient sur une frontière

"Les accords frontaliers passés au 18e siècle entre la France et l'Espagne ont définitivement séparé Valcarlos de la Basse-Navarre et de l'évêché bayonnais auxquels cette paroisse était rattachée depuis sa création" écrit Jean-Baptiste Orpustan dans sa Nouvelle Toponymie Basque, et de préciser : "C'est sans doute le pèlerinage compostellien et le rôle du monastère de Roncevaux qui ont fait le destin de cette "vallée de Charlemagne".

Quand avec mes parents nous passions nos vacances au Pays basque, nous faisions toujours une étape de "ravitaillement" dans les ventas d'Arnéguy sur la frontière. Si mes souvenirs sont bons, seul un pont sur la Nive marquait la limite entre la France et l'Espagne. L'architecture changeait un peu d'un côté à l'autre mais c'est tout. Je savais qu'une partie de ma famille venait de Valcarlos mais je n'avais jamais réalisé avant de me lancer dans la généalogie à quel point les deux villages étaient proches.

De fait, longtemps Arnéguy fut un quartier de Luzaide, le nom basque de Valcarlos. Dans l'acte de mariage de mes arrière-grands-parents, il est précisé que les parents de Martin, Pierre ou Pedro Etchemendy (ca 1811-1891) et Marie Auzquy (ca 1812-1872), sont domiciliés à Arnéguy mais que lui est né à Valcarlos, côté espagnol et elle à Mendive, un village plus à l'ouest distant d'une vingtaine de kilomètres à peine. Sur l'acte de naissance d'un de ses enfants, il est également précisé que Pierre est sujet espagnol. 

Pour cette branche, j'ai eu de la chance, j'en ai retrouvé de nombreuses traces dans les AD64, à Arnéguy, Mendive, Béhorléguy et plus tard, à Saint-Jean-le-Vieux. En revanche, mon arrière-grand-mère, Gratianne Urritzaga, est également originaire de Valcarlos mais je suppose que son acte de naissance est resté en Espagne. J'ai trouvé une famille Urritzaga à Arnéguy mais hélas, pas elle. Je suis un peu coincée d'autant qu'autour de moi, personne ne peut me donner sa date de naissance.

Je ne crois pas que de leur vivant, le fait d'habiter d'un côté ou l'autre de la frontière au gré des traités, changeait grand chose au quotidien de mes ancêtres. A 95%, ils étaient laboureurs, parlaient le basque, allaient à la messe, faisaient de nombreux enfants, et pour la plupart, n'auront probablement jamais traîné leurs espadrilles du côté de Bayonne ou Pampelune...        

samedi 19 septembre 2015

Où je m'attaque à la branche Etchemendy

Il aura fallu une soirée avec mon père et une de ses cousines germaines pour que je puisse enfin trouver le fil qui me reliait à une nouvelle branche de mes ancêtres basques. De leur grand-père maternel commun, Dominique et Jeanne ne savaient pas grand chose. Qu'il se prénommait Jean, était né du côté de Saint-Jean-le-Vieux, et s'était marié avec Gratianne Urritzaga, native de Valcarlos, de l'autre côté de la frontière (aujourd'hui on dirait Pays basque sud).

Et puis après quelques échanges, Papa s'est exclamé : "tu devrais regarder du côté de Behorleguy ou de Mendive". Aussitôt dit, aussitôt fait, l’insomniaque que je suis se relève la nuit suivante pour s'attaquer aux archives de ces deux villages. Des Etchemendy en pagaille (c'est un nom très courant, je m'en étais déjà aperçue à travers une alerte sur Geneanet), et déjà quelques Jean Etchemendy. Mais lequel était le mien ? 

Et bien sûr, pas de tables décennales dans ces communes qui m'auraient fait gagner du temps. Les généalogistes amateurs ont heureusement de l'intuition, je resserre ma recherche sur une période donnée et sur Mendive, et repère trois familles Etchemendy potentielles. Puis je vais me recoucher...

Le lendemain, je reprends ma quête et trouve à deux mois d'intervalle, deux actes de naissance de deux Jean Etchemendy dont un qui m'avait échappé la veille. Et béni soit le scrupuleux officier d'état civil de Mendive qui a eu la bonne idée d'indiquer dans la marge les dates de mariages de ses concitoyens ! Le "mien", mon arrière-grand-père donc, est né le 12 mars 1877 dans la maison Cubiatia, et s'est marié le 30 septembre 1908 à Saint-Jean-le Vieux avec Gratianne Urritzaga.

La vraie surprise, y compris pour mon père, est que le père de Jean, Martin Etchemendy (né ca 1842) était espagnol, natif lui aussi de Valcarlos ! J'ai en effet trouvé son acte de mariage à Mendive le 4 février 1873 avec une certaine Izabelle Esponda. Ainsi donc, mes racines ibériques (mes quatre arrière-grand-parents du côté de ma mère sont d'origine espagnole) sont encore plus marquées que je ne le pensais ! La généalogie c'est génial, à travers ses racines, on fait des découvertes sur soi-même...

Illustration : Ramiro Arrue y Valle