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samedi 15 septembre 2018

De l'autre côté de la frontière

Le raidillon était plus ardu que je ne le pensais, mes chaussures n'étaient pas adaptées et je transpirais à grosses gouttes sous un soleil traitre pour la saison. Je me maudissais in petto d'avoir laissé ma voiture dans le premier parking croisé en arrivant au village. Habituée aux cimetières du Pays basque côté français, j'étais sûre de trouver celui-ci accolé à l'église.

Première déception, celle-ci était fermée et, vu l'heure, celle de la sieste sacrée dans ces contrées, il n'était pas question que j'aille toquer à la porte de la mairie pour voir si l'on pouvait me prêter la clé. Dommage, j'avais tant de fois noté son nom au regard des actes de baptême et de mariage que Santiago Apostol m'était devenue familière.

Je contournai l'imposant édifice sans grâce qui se dressait le long de la route principale, celle de Compostelle, et finit par apercevoir ce fichu cimetière mais pour l'atteindre, il me fallait venir à bout d'une interminablemontée. Enfin, je poussai le portail en fer forgé et aussitôt, je fus happée par la beauté paisible du lieu.

Un alignement de vieilles pierres tombales me faisait face, certaines discoïdales comme j'avais pu en voir en Soule ou en Basse Navarre, d'autre plus curieuses, cruciformes en bois blanc orné de liserés noirs et pansues à la base. Je commençais à déchiffrer les noms sur les tombes quand une voix féminine m'interpella en basque. Une vieille femme toute voûtée venait de se matérialiser devant moi.

"Ez dut euskara mintzo, je ne parle pas le basque, désolée.
- Je vois. Espagnol, peut-être ?
- Si, Señora."
La question de la langue étant réglée, nous pouvions reprendre notre discussion.

"Quel nom cherchez-vous ?"
- Urrizaga, c'est le nom de jeune fille de mon arrière-grand-mère, Gracianne. Elle n'est pas enterrée là mais à Garazi*, je crois, mais comme toute sa famille était de Valcarlos..."
"Luzaide" me reprend-elle sèchement en donnant au village son nom basque. Mon ama aussi se prénommait Graciana mais on l'appelait plutôt Engracia."

Oups, je ne pensais pas être remontée si loin dans le temps ! Je visualise mentalement cette branche de mon arbre et j'en conclus que sauf erreur, je suis en présence d'une fille d'Engracia Urrizaga née en 1747, sœur cadette de mon aïeul Domingo. Mon interlocutrice par conséquent a dû voir le jour dans la deuxième moitié du 18e siècle et au vu de son grand âge, nous devons être en 1850 ou 60 !

Ma lointaine parente poursuit, se parlant plus à elle-même qu'à moi : "C'est qu'elle n'a pas eu la vie facile, ma mère, et celle-ci s'est terminée en véritable tragédie.
- Racontez-moi...
- Elle s'est mariée en 1778 à 31 ans avec un veuf, Pedro Erramuzpe. Elle a élevé ses deux fillettes de 4 et 2 ans, mes demi-sœurs, Maria et Dominica, puis elle m'a eue moi, Juana, et ensuite, ma petite sœur Engracia.

Pendant une quinzaine d'années, tout allait bien, mes parents étaient les maîtres de Praxemuño, une grande maison en bordure du Chemin de Saint-Jacques et les pèlerins s'arrêtaient chez nous. Ils trouvaient là un gîte confortable et le couvert, et ça nous faisait un petit pécule. Et puis la guerre est arrivée".

"La guerre ?"
- Vous êtes Française, non ? (aïe, je suis démasquée), vous avez bien dû entendre parler de la guerre de la Convention contre l'Espagne ? En fait, c'est notre roi, Carlos VII de Bourbon qui a déclaré la guerre aux Républicains français, il a moyennement apprécié que ceux-ci coupent la tête de son cousin Louis XVI ! Malheureusement, notre armée n'a pas été assez forte pour repousser les assauts de vos sans-culottes aidés des bataillons de chasseurs basques".

"Et donc, le 25 avril 1793, la foudre nous est tombée dessus. Toutes les maisons sur le passage de ces hordes de sauvages ont brûlé. Ceux qui avaient des bordas** dans la montagne s'y sont réfugiés et ne sont revenus dans le village que trois ans après. L'église aussi est partie en fumée, celle que vous voyez en bas, c'est la nouvelle, elle date de 1802.

Avec mes parents, nous avons dû fuir et nous installer chez des parents à Orreaga, Roncesvalles si vous préférez ou mieux, Roncevaux comme disent les Français. C'étaient des temps terribles, il faisait froid, on avait faim, et comme si ça ne suffisait pas, il y a eu une épidémie de typhus. Mon père est mort le premier, en 95, ma mère l'a suivi en 96... Mes sœurs... Mais à quoi bon remuer tout ça ? Le passé est le passé."

Je fis un pas vers elle et lui touchai la main qu'elle repoussa, visiblement peu habituée aux effusions. Elle me désigna la porte du cimetière, et sans façon, me poussa vers la sortie en agrippant mon bras de ses doigts noueux. Une maîtresse femme cette Juana me dis-je en mon for intérieur.

Nous redescendîmes ensemble vers le village, sans échanger un mot.

* Donibane Garazi est le nom basque de Saint-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées Atlantiques), Garazi pour faire court.
** Borda, ferme dans la montagne souvent annexe de l'habitation principale. 

Sources : FamilySearch, Geneanet. Un grand milesker à José Luis Erramuzpe pour sa précieuse documentation sur les conséquences de la Guerre de la Convention contre l'Espagne sur les populations frontalières. 
Illustration : Valentin de Zubiaurre, Retrato de Mari Tere. 

Ce billet a été réalisé dans le cadre du RDV Ancestral, un projet d'écriture mêlant littérature et généalogie. La règle du jeu est la suivante : je me transporte dans une époque et je rencontre un aïeul. Pour retrouver mes précédents billets sur ce thème, suivre le libellé #RDVAncestral.
 

mercredi 22 novembre 2017

La saga des Urrizaga (V) - L'Amérique

Dans le billet consacré aux familles de Valcarlos, j'évoquais mon aïeul Pedro Urrizaga et son épouse Graciana Gortari, nés respectivement en 1786 et 1784 (sosa 44 et 45). Ensemble, ils auront dix enfants entre 1841 et 1865. Chose rare pour l'époque, tous vont se marier à l'exception de la deuxième, Catalina. Mon arrière-arrière-grand-père, Martin Urrizaga épousera Dominica Biscaïtchipy le 23 novembre 1882 à Saint-Jean-le-Vieux (64). Leur fille aînée Gratianne sera la seule à rester au pays, le reste de la fratrie choisissant d'émigrer en Argentine.

Une autre branche a fait le même voyage, celle d'un frère de Martin, le numéro 6 de la fratrie Urrizaga-Gortari. Pedro Urrizaga (né en 1853), marié à Ana Barcelona, est le père de la jeune femme dont j'ai raconté la rencontre lors d'un baptême en l'église San Bernardo de Buenos Aires. Les frères et sœurs de Maria Victoria vont tous essaimer en Argentine au tournant du 20e siècle. On les retrouve à Buenos Aires, puis à Salto ou Guerrico et jusqu'à La Pampa, grande plaine au centre du pays qui porte bien son nom... 

Un autre Pedro Urrizaga (!) né trois ans après "Pedro numéro 1" et quatre ans avant Martin se marie le 12 février 1884 à Santiago Apostol, la basilique jacquaire de Valcarlos, avec une jeune fille du même village, Marie Ausqui. Marie donnera naissance à cinq enfants, trois garçons et deux filles. Celui qui nous intéresse, c'est Juan. Né le 17 décembre 1892, c'est l'avant-dernier de la fratrie. Un rang inconfortable.

Alors qu'il est adolescent, l'Espagne fait face à de fortes tensions intérieures. La guerre perdue contre les Etats-Unis et une longue période d'instabilité à la tête du pays avant le retour de la monarchie ont eu pour conséquence une grave crise agraire, un retard industriel conséquent par rapport aux autres pays d'Europe et la montée des nationalismes, basco-catalans notamment. Ce contexte et sa situation de cadet semblent avoir décidé celui qui s'appellera bientôt John à quitter son pays.

Lui ne va pas choisir l'Argentine comme ses oncles et cousins mais l'Amérique, le fameux Far West. ll s'installe à l'instar de nombreux basques dans le Nevada comme berger puis très vite, devient propriétaire d'un petit cheptel de brebis. Le 10 octobre 1925, il épouse une "payse", une Navarraise comme lui, Julia Urdiroz. Elle a 27 ans, lui 32 quand ils convolent à Salt Lake City (Utah). 

Avec leurs trois fils, Raymond "Ray" (1926), John "Johnny" (1927) et Robert "Speed" (1934), ils s'établissent à Ely (Nevada). L'épopée de cette famille est racontée par le fils de John, Richard Urrizaga, dans "The Outlaw and the Pocket Watch", non traduit en français mais disponible sur une plateforme de ventes en ligne bien connue.

Le pays natal restera ancré à jamais dans le cœur de tous ces "Amerikanoak", qui choisirent de vivre au loin. A un autre ouvrage écrit en 1957 par Robert Laxalt "Mon père était berger", j'emprunte cette jolie phrase qui reflète bien cet attachement : "Urrun bizi naiz, bainan bihotzez bethi zuzkin" (Je vis loin mais mon cœur est toujours près de toi)... 

Illustration : Pinterest (exposition non datée à Ely, Nevada)
Sources : Geneanet, FamilySearch, Cosmovisions.com (L'Espagne depuis 1898), Wikipedia
Bibliographie : Richard Urrizaga "The Outlaw and the Pocket watch", Page Publishing, Inc. 2016 
Robert Laxalt "Mon père était berger" - Un basque dans l'Ouest américain (Ed. Aubéron, réédité en 2009).

samedi 18 novembre 2017

La saga des Urrizaga (IV) - La rencontre

Mon vieux guide Baedeker de la République argentine à la couverture rouge écornée m'apprend que le quartier Villa Crespo de Buenos Aires est né en 1888 quand fut installée sur des terrains appartenant à la province de La Plata une usine à chaussures, la Fabrica National de Calzado. Je suppose que celle-ci a vu travailler de nombreux émigrés fraîchement arrivés du Pays basque.

J'avise une église toute simple et décide de pousser la porte pour m'y reposer quelques instants. San Bernardo, c'est son nom, est assez récente puisqu'elle date de 1896. A peine ai-je le temps de m'imprégner de la sérénité du lieu qu'un groupe de personnes y pénètre à son tour et se dirige vers le baptistère. Je m'installe au dernier rang pour suivre discrètement la cérémonie.

Soudain, une très jeune mère, le visage en partie dissimulé sous sa mantille, s'assoit près de moi et me sourit. Tout en essayant de calmer un bébé de quelques mois posé sur ses genoux, elle se présente spontanément :

"Bonjour, je suis Maria Victoria Urrizaga, et voici ma fille Ana Isubihere, elle a neuf mois et a mal aux dents !
- Oh bonjour ! Dites, je suis curieuse mais qui sont ces gens ?
- Vous voyez cette jolie femme qui porte le bébé sur les fonts baptismaux ? C'est ma mère, Ana Barcelona, la marraine, et l'enfant, c'est Ana Rosa, la première fille de mon oncle maternel Pedro Barcelona. Elle a deux mois et demi, elle est née le 30 août. Vous êtes française, non ? 
- Ça s'entend tant que ça ?
- ¡Claro que sí!" me lance-t-elle en riant et poursuit : "Mon oncle Pedro, vous savez, il est né en France, enfin, au Pays basque. Dans un village appelé Arnéguy. En fait, son vrai prénom, c'est Pierre."

Ma voisine me paraissant d'humeur bavarde, je décide d'en profiter :
"Alors votre mère aussi est née en France ?
- Non, c'est une curieuse histoire, vous savez. Mes grands-parents qui sont aubergistes à Arnéguy, Arnaud Barcelona et Marie Jaureguy, ont laissé leurs deux premiers enfants au pays et sont venus ici vers la fin des années 1850 quand l'Argentine accueillait des émigrés par milliers venant de toute l'Europe. 
Ma mère et son frère Guillermo sont nés ici en 1860 et 1862, puis mes grands-parents sont repartis à Arnéguy où ils ont eu Pierre en 1868 et Jeanne en 1871. Ma mère n'a jamais connu sa petite sœur mais elle sait qu'elle s'est mariée cette année en février avec Dominique Gaztambide, un maçon d'Arnéguy. En revanche, son petit frère lui, est venu vivre ici, et s'est marié l'an dernier avec Agustina Gonzales, une Argentine. Maman était son témoin et maintenant, elle est la marraine de sa première née".

Maria Victoria reprend son souffle et tandis qu'elle chatouille sa petite fille pour lui faire oublier ses quenottes, je "digère" toutes les informations qu'elle vient de me donner. Ce n'est pas la première fois que je suis confrontée à ces aller-retours entre le Pays basque et l'Argentine, c'était déjà le cas de ma trisaïeule Dominica Biscaitchipy, mais là, j'en reste sans voix.

Ma lointaine parente* s'est montrée si gentille que j'ai un peu de scrupules à me sauver comme une voleuse mais lui expliquer ma présence en ce lieu et en ce jour serait trop compliqué...
[A suivre]

*Maria Victoria est née à Buenos Aires le 17/11/1881, elle a donc presque 19 ans le jour de ce baptême, le 07/11/1900. Son père, Pedro Urrizaga, né en 1853 à Valcarlos est un frère aîné de mon arrière-arrière-grand-père Martin Urrizaga (sosa 22). 

Illustration : Photo du livre de Claudio Salvador "Villa Crespo y la industria del cuero". 
Sources : Geneanet, FamilySearch, AD64, Généalogie64, Historia de Parroquias de Buenos Aires,  Argentina Exception
Ce billet a été réalisé dans le cadre du RDV Ancestral, un projet d'écriture mêlant littérature et généalogie. La règle du jeu est la suivante: je me transporte dans une époque et je rencontre un aïeul. Pour retrouver mes précédents billets sur ce thème, suivre le libellé #RDVAncestral.

jeudi 16 novembre 2017

La saga Urrizaga (III) - Les familles

Si je me réfère aux précieuses notes de Julian Alson-Haran déjà évoquées,  aux 17e et 18e siècles, de nombreux patronymes transmis de père en fils étaient souvent composés de deux noms accolés. Dans mon arbre, c'est le cas de De Barcelona y Granada (Maria Francisca, ma sosa 717, née en 1710) ou De Barcelona y Eguigorri (Bernardo, mon sosa 712 né ca 1700). 

Les Barcelona font partie des quatorze maisons nobiliaires de Valcarlos ou Luzaide. Son blason, décrit dans "L'Armorial de Bayonne, Pays basque et sud Gascogne" de Hubert Lamant Duhart, est constitué "d'argent à quatre fasces ondées de sinople" (vert en héraldique). La maison familiale devait se situer le long du chemin de Compostelle où il était d'usage d'accueillir les pèlerins, gracieusement ou non (comme de nos jours, somme toute).

A partir du 18e siècle, le nom est donné par le père mais cette règle n'est pas toujours suivie. J'ai déjà évoqué dans un de mes premiers billets le rôle de la maison au Pays basque. Au nom hérité du père vient s'accoler celui de la maison comme pour Bernard Barcelona-Meharin, né le 6 octobre 1857 à Arnéguy dans la maison Meharinia.

Julian Alson-Haran note également une forte consanguinité (in breeding) des familles de Valcarlos. La mémoire familiale véhiculait deux légendes à propos des Urrizaga, que mes arrière-grands-parents étaient cousins germains ce qui est archi faux et que nous avions des origines nobles, ce qui est partiellement faux à moins de considérer le blason des Barcelona comme le nôtre !

Ce qui est sûr c'est que je ne compte pas dans mon arbre le nombre de fils Urrizaga mariés à des filles Barcelona ou l'inverse. Le premier, Domingo Urrizaga dont j'ai déjà parlé (mon sosa 176) épouse à Valcarlos le 27 février 1786 Graciana Barcelona (ma sosa 177, baptisée le 12 juin 1760). La sœur cadette de Graciana, Maria Barcelona, baptisée le 28 mars 1764 à Valcarlos, épouse le 11 octobre 1784 Juan Gortari, né le 6 février 1748 toujours à Valcarlos. Ce sont mes sosa 180 et 181, les grands-parents paternels de Graciana Gortari (ma sosa 45) qui épousera en 1841 ... Pedro Urrizaga (mon sosa 44) ! A ce stade, j'espère n'avoir perdu personne.

Pour terminer sur une note plus légère, un mot sur la photo choisie pour illustrer ce billet. Pas d'ancêtres douaniers du moins dans cette branche à ma connaissance mais j'aime bien cette photo. Elle rappelle que Valcarlos se situe sur la frontière avec la France et que même si le village n'est qu'à trois kilomètres d'Arnéguy, mes ancêtres étaient espagnols ou français selon le versant de la vallée où ils avaient vu le jour...
[A suivre]

Note : Pour les non initiés à la généalogie, la numérotation dite de Sosa-Stradonitz est une méthode de numérotation des individus permettant d'identifier par un numéro unique chaque ancêtre dans une généalogie ascendante. 

Illustration : Carte postale Delcampe.net
Sources : Armorial des familles basques sur Wikipedia, notes de Julian Alberto Alson Haran, Geneanet, FamilySearch, AD 64, Généalogie 64. 

lundi 13 novembre 2017

La saga des Urrizaga (II) - Les origines

Les Urrizaga sont donc originaires de Valcarlos, dans la province basque-espagnole de Navarra*. Le nom basque du village est Luzaide qui signifie d'après le grand toponymiste Jean-Baptiste Orpustan "chemin long" (luze ou luza signifiant long en basque et ide étant probablement la contraction de bide, chemin). Quant au nom espagnol, on l'a vu précédemment, il viendrait de Vallis Karoli (1119) ou de la Val Carlos (1264) et ferait référence à la venue de Charlemagne après la défaite de Roncevaux qui n'est qu'à quelques encablures.  

Le premier Urrizaga natif de Valcarlos de mon arbre, c'est Pedro de Urrizaga (sosa 352). Il reçoit le baptême le 26 avril 1716 dans la paroisse de Santiago Apostol. C'est le troisième enfant et premier garçon de Juan de Urrizaga et Dominica de Ado dont je suppose qu'ils étaient déjà originaires du village mais sans pouvoir le prouver. Ses frère et sœurs sont par ordre Maria (1712), Graciana (1714) et Lorenzo (1718). 

J'ai un doute sur l'ascendance de sa femme : il existe une Maria de Andicoberri, baptisée le 7 juillet 1712, fille de Domingo de Andicoberri et Juana de Gaztambide et une autre dont les parents sont Miguel de Andicoberri et de Maria de Reclusa, baptisée le 9 octobre 1718. Je note que Julian Alson Haran a dû se poser les mêmes questions que moi et a choisi de ne pas statuer. Quoiqu'il en soit, c'est une Maria de Andicoberri qu'épouse "mon" Pedro de Urrizaga probablement avant 1740.

Ils auront cinq enfants : Juana (1740), Domingo (1743), suivis de deux Graciana nées en 1747 et 1755 (je vous avais prévenu que la répétition des prénoms devenait vite lassante et ce n'est que le début...). Celui qui m'intéresse c'est Domingo (sosa 176), baptisé à Santiago Apostol le 27 avril 1743 et né, d'après Julio Alson Haran, dans le "caserio" Oyorotenia. Il s'agit là d'une grande bâtisse, traditionnelle du Pays basque au 18e siècle.

J'en profite pour ouvrir une parenthèse sur le nom des maisons et par conséquent, des familles de Valcarlos. Plusieurs d'entre elles, ont reçu celles de villes médiévales importantes comme Barcelona, Bordeaux, Granada, Pamplona, Paris ou Toulouse ! Ces demeures imposantes étaient alignées en suivant le chemin de Compostelle. Malheureusement, la plupart furent incendiées en 1793 pendant la guerre de la Convention contre l'Espagne.

Les propriétaires se réfugièrent dans leurs "bordas" - fermes éloignées du centre du bourg - et certains y restèrent même après la reconstruction du centre du bourg. A Valcarlos, on reconnaît quatorze maisons nobles (je n'en ai pas retrouvé la liste) mais j'ai appris lors de mes recherches l'origine du nom "hidalgo". Il vient de "hijo de algo", qu'on pourrait traduire par "fils de quelqu'un", donc noble. 
[A suivre]  
* Aujourd'hui communauté (autonome) forale de Navarre.

Illustration : Vue générale de Valcarlos et de l'Aldartza (1250 m). 
Sources : Wikipedia espagnol ; notes de Julian Alberto Alson Haran ; Geneanet ; FamilySearch. 
Jean-Baptiste Orpustan : Nouvelle toponymie basque : nom des pays, vallées, communes et hameaux (monographie).  

vendredi 10 novembre 2017

La saga des Urrizaga (I) - Les sources

Mon dernier billet imaginait une rencontre avec mon arrière-grand-mère Gratianne Urritzaga (1883-1951) seule à être restée au pays alors que ses frères et soeur avaient pris un ticket sans retour pour l'Argentine. J'ai voulu en savoir plus sur cette famille, originaire de Valcarlos ou Luzaide en basque , petit village de Navarre à quelques lieues seulement de la frontière - toute symbolique - avec la France .

Je ne pensais pas que cette recherche me prendrait autant de temps et pourtant, j'y ai consacré une bonne partie de la semaine. Suivre les Urrizaga en Espagne, Argentine, Uruguay et Etats-Unis m'a parfois donné le tournis. La répétition à l'envi des mêmes prénoms sur trois ou quatre générations m'a fait la sensation de replonger dans "Cent ans de solitude", le roman épique de Gabriel Garcia Marquez ! Chez les Urrizaga, pas d'Aureliano ou de José Arcadio mais des Pedro, des Juan, des Maria et des Graciana à la pelle, même l'improbable Maria Eusebia est revenue dans plusieurs branches.

Difficile de trouver un angle d'attaque pour restituer ce travail sans égrener des noms, des dates et des lieux au risque de perdre mon lecteur, comme je me suis parfois perdue moi-même. Ceux qui suivent ce blog savent par ailleurs que ce n'est pas mon style. Je préfère de beaucoup le côté anecdotique de la généalogie que je pratique en amateur depuis trois ans, quitte à déplaire aux puristes, ce que j'assume.

Néanmoins, pour ce premier volet de la saga Urrizaga, j'ai choisi de parler un peu "méthode", ce qui me permet de coller en même temps à l'un des généathèmes du mois de novembre proposé par la Gazette des Ancêtres qu'on pourrait résumer par "Du bon usage des sources" : les croiser, les vérifier, les partager. 

Prenons donc "mes Urrizaga" d'Espagne, j'ai la chance d'avoir une généalogie dont certaines branches ont déjà été étudiées avec plus ou moins de rigueur par trois membres de Geneanet, un site de généalogie en ligne très largement "collaboratif". Je précise que je n'ai que la version "basique" gratuite et que par conséquent, je ne prends en compte que les arbres en ligne en accès libre. 

Le contributeur le plus prolixe se nomme Julio A. Alson-Haran, il est espagnol et je lui dois beaucoup. Il s'est largement documenté sur les origines de Valcarlos dont le nom viendrait de ce que Charlemagne s'y serait arrêté en revenant de Roncevaux (où chacun sait que ce sont les Basques et non les Arabes qui ont tué son neveu Roland !). Bref, Julio a fait un énorme travail d'indexation d'actes de naissance et de mariage de l'autre côté de la frontière.

Néanmoins, après avoir profité de ce "défrichage", j'ai pris la peine de vérifier sur FamilySearch (le site des Mormons) les informations qui concernaient directement "mes ancêtres" et de noter sur mon logiciel Généatique les références de chaque acte. Pour certaines branches qui ne concernaient pas directement Julio ou les autres contributeurs, j'ai poursuivi ainsi mes propres recherches.

FamilySearch m'a également permis d'avancer sur la "diaspora" Urrizaga, lesquels ont essaimé en Argentine surtout mais aussi en Uruguay et aux USA (Utah, Nevada). Enfin, comme les ramifications prenaient souvent leurs sources en Pays basque français, je me suis appuyée soit directement sur les AD64 (elles sont en ligne mais on ne peut plus avoir les copies d'actes en format jpg ce qui est bien regrettable) soit sur l'énorme travail d'indexation réalisé par la formidable association Gen & O.
Voilà pour le "making of", pour les prochains billets, nous rentrerons dans le vif du sujet...

[A suivre]
Illustration : Valcarlos, vue générale (delcampe.net)

samedi 21 octobre 2017

Celle qui est restée

Mariage de Dominica Etchemendy et Jean Curutchet
© Collection personnelle Rodolfo Lara
Décidément, ce "rendez-vous ancestral" me pousse à toutes les audaces. Cette fois, je vais me glisser subrepticement parmi les invités d'une noce. Nous sommes le 20 juin 1930 à Saint-Jean-le-Vieux, Basses Pyrénées, et c'est le mariage de ma grand-tante, Dominica Etchemendy avec Jean Curutchet. Elle, je l'ai un peu connue enfant quand nous allions rendre visite à cette sœur aînée de ma grand-mère paternelle dans sa maison de la rue des Pyrénées à Saint-Jean-Pied-de-Port. Mais aujourd'hui, ce ne sont pas les mariés qui m'intéressent.

Non, celle que je veux approcher car elle m'en apprendra davantage sur mon sujet, c'est mon arrière-grand-mère, Gracianne Urritzaga*. Quand je me suis lancée dans l'étude de cette branche, j'ai été frappée par le nombre de départs pour le "nouveau monde". Or, chez "mes" Urritzaga, toute la fratrie a émigré en Argentine au début du 20e siècle, toute, à l'exception de mon arrière-grand-mère Gracianne. Si elle n'était pas restée enracinée dans son Pays basque natal, je ne serais pas là aujourd'hui. 

Et la voilà justement qui s'approche de moi, pensant sans doute que je suis une invitée de la famille du marié, venue du village voisin de Saint-Michel. Vêtue d'une robe couleur de jais - elle porte le deuil de son mari mort il y a deux ans - très brune, plutôt mince, les cheveux ramassés en chignon sur la nuque, elle a un sourire doux tandis qu'elle s'avance vers moi en me tendant une cafetière fumante :

"Egun on Amatxi, je suis votre arrière-petite-fille et je suis journaliste. Je sais que vous êtes très occupée mais pourrais-je vous poser deux ou trois questions ? C'est pour un reportage sur la diaspora basque". Elle m'observe, interdite, je ne suis pas sûre qu'elle ait bien compris et je profite de l'effet de surprise pour continuer :

- Vous êtes née le 19 septembre 1883 dans ce village et vous êtes l'aînée et l'héritière de cette maison, ce qui explique peut-être que vous n'en soyez jamais partie ?
- En fait non, me coupe-t-elle, ce n'était pas cette maison mais une autre. Je suis née à Larrondoa. Celle-ci, Bidakurria, nous l'avons achetée avec mon mari Jean Etchemendy. Lui aussi, vois-tu, est parti tenter sa chance en Amérique et est revenu avec un petit pécule. Mais oui, là où tu as raison, c'est que je suis la seule à être restée, tous mes frères et sœur sont partis.
- Avez-vous de leurs nouvelles ?
- Bai, je suis toujours en contact avec ma sœur cadette Maria qui s'est mariée avec Michel Dorronsoro, un Basque qu'elle a connu là-bas. Ils vivent à La Plata et ils ont huit enfants.
- Et vos frères ?
- Les trois sont partis également, ils ont été aussitôt portés insoumis (soupir). Seul Jean-Félix s'est marié, lui aussi à La Plata. Avec sa femme Josefa Arteaga, ils ont eu deux enfants, un garçon et une fille.
- Mais Amatxi, plus surprenant, j'ai appris que votre propre mère Dominica Biscaïchipy, était née à Buenos Aires ?
- Tu es bien renseignée, en effet. Mes grands-parents maternels sont partis en Argentine où ils se sont mariés et ont eu ma mère, ils sont revenus ici, se sont remariés (!) et en ont profité pour la reconnaître comme leur fille. Plus tard, ils ont eu mon oncle Laurent.
- Et saviez-vous que vous aviez des cousins Urrizaga en Uruguay et même dans l'Ouest Américain ?
- Tu sais, au départ la famille venait de Valcarlos, même si c'est tout près d'ici, c'est en Espagne et au siècle dernier, l'Espagne était plus pauvre encore que la France et donc, beaucoup n'ont pas eu d'autre choix que de partir. Certains sont revenus, d'autres sont restés, c'est comme ça Gaichoua !
- Je comprends. Milesker Amatxi, je vous laisse à vos invités.
- Izan ontsa, petite !"
Maria Urrizaga et Miguel Dorronsoro
© Collection personnelle Rodolfo Lara
Pour la petite histoire, les deux photos ci-dessus m'ont été envoyées suite à un précédent billet par un petit-fils de Maria Urrizaga-Dorronsoro qui vit à La Plata (Argentine). 
Sur la photo de groupe, ma grand-mère est assise en bas à droite, à côté de sa sœur Maddie, elle-même assise à côté de mon arrière-grand-mère Gratianne. Les sœurs de la mariée sont toutes reconnaissables au long col blanc sur leur robe noire. Enfin, les notes en espagnol précisent qu'il s'agit d'un souvenir de la famille d'Europe de la grand-mère. Emouvant, non ? Gracias Rodolfo Rogelio Lara !  

*  L'état civil français a ajouté à cette branche un "t" (Urritzaga). En basque espagnol (origine de la famille), le nom s'écrit Urrizaga.

Lexique
Egun On Amatxi (prononcer "amatchi") : Bonjour Grand-mère
Milesker : Merci
Bai : oui (ez = non)
Gaichoua : Expression qui peut se traduire par "bon sang"
Izan ontsa : Au revoir (bas-navarrais)

Sources
AD 64, Association Généalogie 64, Family Search, et mémoire familiale.
Ce billet a été réalisé dans le cadre du RDV Ancestral, un projet d'écriture mêlant littérature et généalogie. La règle du jeu est la suivante: je me transporte dans une époque et je rencontre un aïeul. Pour retrouver mes précédents billets sur ce thème, suivre le libellé #RDVAncestral.

jeudi 1 octobre 2015

Quand mes ancêtres habitaient sur une frontière

"Les accords frontaliers passés au 18e siècle entre la France et l'Espagne ont définitivement séparé Valcarlos de la Basse-Navarre et de l'évêché bayonnais auxquels cette paroisse était rattachée depuis sa création" écrit Jean-Baptiste Orpustan dans sa Nouvelle Toponymie Basque, et de préciser : "C'est sans doute le pèlerinage compostellien et le rôle du monastère de Roncevaux qui ont fait le destin de cette "vallée de Charlemagne".

Quand avec mes parents nous passions nos vacances au Pays basque, nous faisions toujours une étape de "ravitaillement" dans les ventas d'Arnéguy sur la frontière. Si mes souvenirs sont bons, seul un pont sur la Nive marquait la limite entre la France et l'Espagne. L'architecture changeait un peu d'un côté à l'autre mais c'est tout. Je savais qu'une partie de ma famille venait de Valcarlos mais je n'avais jamais réalisé avant de me lancer dans la généalogie à quel point les deux villages étaient proches.

De fait, longtemps Arnéguy fut un quartier de Luzaide, le nom basque de Valcarlos. Dans l'acte de mariage de mes arrière-grands-parents, il est précisé que les parents de Martin, Pierre ou Pedro Etchemendy (ca 1811-1891) et Marie Auzquy (ca 1812-1872), sont domiciliés à Arnéguy mais que lui est né à Valcarlos, côté espagnol et elle à Mendive, un village plus à l'ouest distant d'une vingtaine de kilomètres à peine. Sur l'acte de naissance d'un de ses enfants, il est également précisé que Pierre est sujet espagnol. 

Pour cette branche, j'ai eu de la chance, j'en ai retrouvé de nombreuses traces dans les AD64, à Arnéguy, Mendive, Béhorléguy et plus tard, à Saint-Jean-le-Vieux. En revanche, mon arrière-grand-mère, Gratianne Urritzaga, est également originaire de Valcarlos mais je suppose que son acte de naissance est resté en Espagne. J'ai trouvé une famille Urritzaga à Arnéguy mais hélas, pas elle. Je suis un peu coincée d'autant qu'autour de moi, personne ne peut me donner sa date de naissance.

Je ne crois pas que de leur vivant, le fait d'habiter d'un côté ou l'autre de la frontière au gré des traités, changeait grand chose au quotidien de mes ancêtres. A 95%, ils étaient laboureurs, parlaient le basque, allaient à la messe, faisaient de nombreux enfants, et pour la plupart, n'auront probablement jamais traîné leurs espadrilles du côté de Bayonne ou Pampelune...