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mardi 7 avril 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (V)

 
Au centre du village d'Aussurucq trône l'église. Dédiée à Saint-Martin, elle est mentionnée dès 1189 comme chapellerie de la commanderie d'Ordiarp, surplombant le château de Ruthie, elle en occupait le sommet de l'enceinte. Pour y accéder, on emprunte un escalier imposant qui la fait dominer tout le village. Elle est de style souletin avec son clocher parfois dit trinitaire mais qui en fait est un clocher calvaire représentant Jésus et ses deux compagnons d'infortune sur le Golgotha.

Contrairement aux autres églises de la Soule elle n'a jamais été murée. Sur son flanc droit, on distingue encore la "porte des agots" par laquelle ces "bannis" qu'ailleurs on nomme "cagots" avaient accès à l'église. 
Comme c'est souvent le cas en Pays basque, l'église est ceinte par le cimetière. Pas de monument aux morts à Aussurucq, c'est sous le porche qu'une plaque égrène les noms des disparus des dernières guerres. J'avais consacré à mon grand-oncle Michel Eppherre (1885-1916) et à ses deux cousins germains deux billets à retrouver ici.

L'intérieur de l'église a un petit côté baroque qui peut surprendre dans un village de quelque 250 âmes mais le Pays basque a toujours été très croyant et pratiquant et le reste encore même si, comme partout ailleurs, les curés se font rares et que ce sont désormais les laïcs qui assurent un service aux côtés de prêtres obligés de se partager entre plusieurs paroisses.

Depuis quelques années se tient en juillet dans un cadre qui s'y prête parfaitement un événement musical, "Aussurucq Lyrique" où de belles voix résonnent entre ces murs qui en ont déjà entendues d'autres. Les Basques, je l'ai déjà dit, ont des voix puissantes - surtout les hommes - un sens inné de l'harmonie vocale et leurs polyphonies n'ont rien à envier à celles des Corses ! 

J'ai un souvenir très vif à ce sujet : lorsque petite fille âgée de neuf ou dix ans, j'assistais à la messe assise en bas de l'église de Mauléon avec ma mère et ma grand-mère, je reconnaissais non sans une certaine fierté la voix de ténor de mon grand-père s'élevant de la galerie où la tradition voulait que les hommes se tiennent.  

Mais il est temps d'arrêter là le "dépliant touristique" pour en arriver à la généalogie. Sauf erreur de ma part, un seul de mes ancêtres a été desservant de cette église, Jean ou Jean-Baptiste Recalt, né vers 1737 à Sunharette, fils de Bernard Recalt, mon sosa 268, laboureur et maître de la maison du même nom à Sunharette. 

Jean Recalt fut prêtre à Aussurucq avant de l'être dans les paroisses de Lacarry, Charritte et Arhan. Il a d'ailleurs terminé sa vie à Lacarry le 21 juin 1808, où il a été inhumé dans le cimetière du village et a laissé à la postérité un testament chez M° Detchandy, notaire à Abense-de-Haut, qui m'a permis de bien avancer dans mes recherches. Grâces lui soient rendues ! Jean Recalt joue aussi un rôle dans un de mes premiers billets intitulé "Les deux orphelines et l'église d'Aussurucq". 

Il reste encore beaucoup à dire sur cette église et le rôle qu'a joué la religion dans ce village mais comme ceux de mes lecteurs qui me connaissent bien le savent, je n'aime pas les billets trop longs...

A suivre...
Illustrations : 
Première photo : carte postale ancienne Delcampe
Photos suivantes : collection personnelle
Sources :
Sur l'histoire de l'église Aussurucq : descriptif dans l"église
Liens avec les épisodes précédents http://bit.ly/2UlkR3b,  http://bit.ly/3dnyzey  https://bit.ly/33LITse, https://bit.ly/2wU86EX

samedi 16 novembre 2019

Celle qui nous a transmis son nom

Elle était assise sur un banc de pierre, le regard tendu vers la ligne de montagne se détachant derrière le clocher de l'église. A vue de nez, elle devait avoir à peu près mon âge mais paraissait beaucoup plus usée par les années. Cette fois-ci, j'avais décidé de ne pas finasser, de jouer cartes sur table.

"Egun on ! Vous êtes Catherine Eppherre ?
- C'est mon nom. Et vous ?
- Je suis Marie, votre descendante à la huitième génération. Vous savez, je rêvais de vous rencontrer. Car c'est à vous que je dois mon nom. Et qu'elle n'a pas été ma surprise de voir qu'à trois siècles d'écart, il s'orthographiait toujours de la même façon ! 
- Oh, vous savez, moi je n'ai jamais appris à écrire.
- Oui, je sais. Qu'est-ce que ça peut m'agacer de lire dans les actes notariés : la femme autorisée et congédiée par son mari et de le voir signer à votre place ! Mais au bout du compte, c'est vous qui avez gagné.
- Comment ça ?
- Et bien, non seulement vous êtes l'héritière de la maison Eppherre de Barcus mais c'est votre nom à travers elle que vous nous avez transmis alors que nous aurions dû prendre le patronyme de votre mari Jean Saru. 
Ce nom, on le porte fièrement jusqu'à maintenant. Par exemple, mon père, Dominique Eppherre, est l'exact homonyme de votre grand-père et de votre fils aîné. D'ailleurs, c'est une tradition qui a perduré jusqu'au milieu du XXe siècle, tous les aînés se prénomment Dominique. Avez-vous une idée du nombre de Dominique Eppherre dans mon arbre ? Vingt-et-un !
- Comment vous savez tout ça, vous ?
- Je suis généalogiste, enfin ... amateure. Mais j'ai quand même coécrit un livre sur le sujet car la généalogie basque, c'est drôlement compliqué ! Tenez, vous par exemple, vous êtes doublement mon aïeule : je descends à la fois de votre fils aîné Dominique par son cadet Simon Eppherre dit Recalt, et de votre cadet, François Eppherre dit Iriart. Nous savions que le berceau de la famille était à Barcus mais sans vous, nous ne serions pas là ! 
- Vous m'en direz tant !
- Ah, j'ai remarqué autre chose à propos de votre mère Marie Satçoury qui a épousé en secondes noces le frère aîné de votre mari.
- Ne m'en parlez pas, quelle peau de vache, celle-là ! Savez-vous qu'elle nous a traînés chez le notaire Carricondo ? Prétextant qu'elle s'était chargée de l'administration de la maison Eppherre pendant six ans avec son deuxième mari Dominique qui, en effet, est le frère aîné de mon mari Jean, elle a demandé sa part de l'héritage. Nous avons dû mon mari et moi leur verser 225 livres en argent comptant ! Mais bon, j'aime beaucoup ma demi-sœur, Marie Saru, alors je pardonne à notre vénale de mère, que Dieu ait son âme !
- Demi-sœur qui est aussi la nièce de votre mari et qui à son tour deviendra héritière de la maison de Saru et donnera son nom à une autre lignée de Barkostars. 
- C'est vrai, je n'y avais pas pensé. En somme, c'est nous les femmes qui avons tout fait ici !" conclut Catherine, en partant d'un grand éclat de rire. Sur ce, elle arrange quelques mèches échappées de son burukoa, époussette son tablier, fait claquer ses sabots, se lève et s'en va en me faisant un petit signe de la main.

Je la regarde s'éloigner, cette aïeule qui avait 10 ans à la mort de Louis XIV, n'aura connu que l'Ancien Régime et qui pourtant, à elle seule, illustre un modèle plutôt moderne : la famille matrilinéaire basque...

Ce billet a été réalisé dans le cadre du RDV Ancestral, un projet d'écriture mêlant littérature et généalogie. La règle du jeu est la suivante : je me transporte dans une époque et je rencontre un aïeul. Pour retrouver mes précédents billets sur ce thème, suivre le libellé #RDVAncestral.

Lexique :
Egun on : bonjour (se prononce egoun oun en souletin)
Barkostars : habitants de Barcus (Barkoxe en basque)
Burukoa : petit filet en dentelle blanche recouvrant les chignons de nuque

Sources : AD64 (Minutes notariales)
Illustration : Valentin de Zubiaurre (1879-1963)



vendredi 28 décembre 2018

Petit miracle de Noël

Le petit miracle en question s'est produit le 22 décembre juste avant 19 heures, et je l'ai vécu un peu comme un cadeau de Noël avant l'heure. Chaque généalogiste connaît ce qu'on appelle une "épine généalogique", en fait un écueil sur lequel on bute pour faire avancer ses recherches ou corroborer une hypothèse. Quelqu'un m'a dit une fois qu'il en traînait une depuis plus de dix ans ! La mienne avait presque quatre ans et à vrai dire, je ne pensais plus vraiment la résoudre un jour...

Lorsque l'on s'intéresse à la généalogie basque, on sait l'importance de la maison, une composante essentielle pour comprendre la transmission du patrimoine et du nom de nos ancêtres. En mars 2015, aux balbutiements de mes recherches, j'avais raconté dans un billet comment j'avais retrouvé la Maison D'Eperre (sic) à Barcus. Ce n'était pas vraiment une surprise, mon père et la plupart de mes cousins m'ayant appris que le berceau de la famille se trouvait là.  

Au fur et à mesure de l'avancée de mes travaux, j'appris que la branche dont je descends par mon père côté paternel, prenait sa source à Alos où un cadet Epherre (tel qu'il signait son nom) avait épousé l'héritière de la maison d'Iriart. François Epherre dit Iriart (sosa 144) était mon aïeul à la 7e génération. Son acte de décès m'apprenait qu'il était mort le 31 juillet 1811 dans sa maison d'Alos à environ 86 ans, situant sa naissance autour de 1725. Il y était précisé qu'il était de Barcus, fils de Jean Epherre et de Catherine Saru. Erreur funeste !

L'état civil n'existant pas pour Barcus avant 1783 (et encore, avec une interruption entre 1789 et 1793, Révolution oblige !), je me résolus cette année à éplucher les minutes notariales de manière méthodique avec pour pour objectif de relier François, cadet (D')Epherre, à la branche aînée de Barcus que j'avais jusque là étudiée mais isolée de mon arbre. 

Sous l'Ancien Régime, je l'ai déjà raconté ici, on consultait son notaire pour un oui ou pour un non. La plupart des habitants ne parlant que le Basque et ne sachant pas écrire, juste signer leur nom - ce qui dans ce cas s'est avéré très précieux - les notaires étaient pléthores. Certains se rendaient même sur les marchés pour enregistrer un acte, signé à la plume sur un coin de table du cabaretier voisin !  

A Barcus, je vais retrouver de nombreux actes notariés entre 1744 et 1769 mentionnant une Catherine, héritière de la maison (D')Epherre et son mari Jean (De) Saru, maître adventif* de ladite maison. A partir de 1770, c'est leur fils aîné et héritier, Dominique, qui apparaît dans de nombreux actes. J'avais déjà retrouvé son acte de mariage en 1754 avec Marianne Duque de Barcus. Il signe Eppherre, exactement comme mon nom s'écrit aujourd'hui !

A Abense-de-Haut (parfois écrit Abense Supérieur) village de près de 300 habitants en 1793, jumelé depuis à Alos et Sibas, je vais rechercher mon aïeul François dans des milliers de pages entre 1748 et 1762. En vain. A Tardets, gros bourg voisin de la Haute-Soule, je tombe sur le testament d'un François Saru, concierge du Château de Trois-Villes, originaire de Barcus, qui fait un legs en faveur de son neveu et filleul, François D'Eperre dit Iriart d'Alos (sic), le 13 février 1767. Je sens que je brûle.

C'est finalement dans les minutes notariales de Maître Darhan, notaire à la résidence de Tardets, que je vais retrouver le "pacte de mariage" signé entre Jean de Saru dit Eperre et  Dominique Deperre (sic), père et fils, de Barcus, contractant pour leur fils et frère François, fils légitime de Jean de Saru et Catherine Deperre, d'une part ; et d'autre part Dominique Etchart (!) maître adventif* d'Iriart d'Alos, représentant sa fille Marie héritière D'Iriart. Il est signé du 15 janvier 1760.

En conclusion, le résultat de cette quête prouve encore une fois qu'au Pays basque le nom de la maison s'est souvent substitué au nom patronymique quitte à le faire disparaître totalement. Quant à mes proches, s'ils ont bien suivi mes explications, ils aurant noté que nous n'aurions jamais dû nous appeler Eppherre mais ... Saru** ! 

* Maître adventif (ou adventice) : celui qui a épousé l'héritière de la maison.

Sources : AD 64 (Etat civil et minutes notariales), Gen&O, Geneanet, Wikipedia
Illustration : Geneanet
Nota :Mon arbre sur Geneanet n'est pas encore à jour, il faut que je fusionne les deux branches sur Geneatique. Ce sera mon prochain chantier !

mardi 30 octobre 2018

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage

En généalogie, il arrive parfois que l'on traverse des périodes d'abattement, par exemple lorsque l'on bloque sur une branche de son arbre, voire de l'arbre tout entier plus celles-ci sont hautes. Au début, le généalogiste amateur est tout feu tout flamme. Feuilleter virtuellement ou concrètement des registres d'état civil le plonge au cœur d'un véritable jardin d'Eden où il butine d'acte en acte, la cueillette est toujours bonne. Et puis, les branches se dégarnissent et, comme les oiseaux l'hiver, il faut gratter sous les couches pour dénicher sa pitance.  

Les BMS* de l'Ancien Régime sont à première vue rébarbatifs, les pattes de mouche de nos curés de campagne rebutent, les yeux picotent, le découragement gagne. Et pourtant, il arrive qu'un seul acte de baptême ouvre une nouvelle voie à des recherches jusque-là restées vaines. Prenons un exemple, une triste histoire qui, deux siècles et demi plus tard, a son utilité.

Le 10 avril 1786, le dénommé Hidiart, vicaire de la paroisse de Çaro, en Basse-Navarre, baptise deux fillettes, des jumelles nées la veille du légitime mariage entre Jean Biscaichipy et Marie Indart. Les deux sont prénommées Marie, ce qui peut sembler incongru de nos jours mais dont on comprend vite le choix. En effet, les "petits anges" décèdent dès le lendemain pour la puînée, et le surlendemain pour l'aînée, comme les désignent notre brave curé.

Mais regardons mieux l'acte de baptême. On y apprend le nom des parrains et marraines respectifs des deux petites, avec leur lien de parenté et le nom de leur maison. La marraine d'une des petites Marie est locataire de la maison d'Arretche, celle de l'autre est sa tante paternelle, cadette de la maison Biscaichipy, son parrain étant le "maître" de ladite maison. Les parents, d'une branche cadette, sont quant à eux, maîtres de la maison d'Haiçaberry.

Quand on sait au Pays basque le rôle des maisons et la prévalence de la primogéniture (l'aîné, garçon ou fille, est celui qui hérite), on mesure combien ce seul acte ouvre des horizons à notre généalogie ! On ne le dira jamais assez mais lire un acte in extenso est primordial si l'on ne veut pas passer à côté d'informations capitales.

J'ajouterai que c'est la lecture des minutes notariales d'une étude du début du 18e siècle à Saint-Jean-le-Vieux (Basses-Pyrénées) qui m'a permis de localiser cette branche, morte jusque-là, à Çaro, une paroisse aujourd'hui disparue rattachée depuis 1842 à Estérençuby. Se plonger dans les actes notariés est encore une belle aventure généalogique, idéale pour les longues soirées d'hiver !  

* BMS : Baptêmes, Mariages, Sépultures dans les registres paroissiaux sous l'Ancien Régime.
Illustration : Sisyphe par Titien (1549)

mardi 12 juin 2018

Saint-Jean-le-Vieux - Buenos Ayres - Saint-Jean-le-Vieux

Lorsque ma grand-mère paternelle Marie-Anne Etchemendy (1912-1977) est décédée à Bordeaux, son fils aîné, mon père, a fait passer un avis dans le journal Sud-Ouest, s'attirant les foudres d'une de ses tantes qui lui reprochait de ne pas associer à ce faire-part la branche Biscaïtchipy. Je me souviens de la réaction de mon père qui ne céda pas et de celle de ma grand-tante qui répara l'erreur en republiant un avis comme elle le voulait, le lendemain ! 

Longtemps après, quand je me suis intéressée à cette branche, mon père m'a dit en substance : "Ah, je ne pensais pas que ces Biscaïtchipy nous étaient finalement si proches." Eh oui, la mère de sa grand-mère qu'il avait bien connue, Gratianne Urritzaga, s'appelait Dominica Biscaïtchipy. Elle portait un drôle de nom qui nous avait amusé mon frère et moi lors de l'"incident diplomatique" évoqué plus haut. 

Comme toujours avec le basque, au fil des siècles et de l'imagination des curés ou des employés d'état civil, on retrouve le nom sous la forme Biscaïttipy, Biscaïchipy ou Biscaïtchipy ce qui étymologiquement pourrait signifier "petit côteau" de "ttipi" (petit) et "bizcar" (côteau, crête, col). Si je me fie à Geneanet, seule notre branche établie à Saint-Jean-le-Vieux à partir du début du 19e siècle, a hérité d'un "t" en plus, tout comme nos Urri"t"zaga.

Cette longue introduction pour évoquer mon "sosa 46", tiré à la "roulette des ancêtres" (*), Jean Biscaïtchipy dit Gachte c'est-à-dire "blanc bec", surnom qui lui venait peut-être de son rang de petit dernier de sa fratrie. Jean naît le 10 septembre 1828 dans la maison familiale Larrondoa du quartier Çabalce de Saint-Jean-le-Vieux (Basses-Pyrénées), village mitoyen de Saint-Jean-Pied-de-Port en Basse-Navarre.

Benjamin d'une fratrie de six enfants issue de Jean Biscaïtchipy (1781-1857), originaire de Saint-Michel et de Gratianne Coillet (ca 1794-1862) mariés en 1813 à Saint-Jean-le-Vieux, il est précédé par quatre sœurs et un frère. A une époque indéterminée jusqu'à ce jour mais que je situerais au début des années 1850, peut-être pour échapper à la conscription, il prend son billet pour l'Argentine. Plus probablement, il débarque à La Plata et de là, s'établit à Buenos Aires.

Est-ce là qu'il rencontre sa future épouse, Marianne Saroïberry dite Sallaberry, née aux Aldudes en 1832 ? C'est ce que laisse penser leur acte de mariage qui n'interviendra que le 19 février 1871 à Saint-Jean-le-Vieux alors qu'il a déjà quarante-deux ans et sa femme, trente-huit. De l'intérêt de lire attentivement un tel document, on y découvre au verso la reconnaissance de deux enfants, une fille, Dominica née le 19 octobre 1861 à Buenos Ayres (sic) et un fils, Laurent, né le 7 novembre 1870... à Saint-Jean-le-Vieux.

A défaut de savoir pourquoi mon aïeul est parti en "Amérique" et combien de temps il y est resté, j'ai une petite idée de la raison qui l'a fait rentrer. En consultant les actes de décès de la commune, je me suis aperçue qu'alors que ses parents Jean et Gratianne étaient décédés respectivement en 1857 et 1862, en 1866, un événement va bouleverser la vie des habitants de la maison Larrondoa.

Charles Biscaïtchipy, le "maître" depuis la mort de ses parents, et sa sœur Jeanne, tous deux célibataires, disparaissent à deux semaines d'écart. Ils n'ont pas cinquante ans et la cause de leur décès n'est pas indiquée. La seule sœur survivante (une autre est décédée en 1855) a-t-elle alors prié son frère cadet de revenir pour reprendre la ferme familiale ? On ne peut que le supposer.

Dans le contrat de mariage de mes arrière-arrière-grands-parents, Martin Urritzaga et Dominica Biscaïtchipy, le 23 novembre 1882, il est clairement indiqué que les parents de cette dernière sont propriétaires de la maison Larrondoa dans le quartier Çabalce. Ce sont des cultivateurs que l'on peut qualifier d'aisés puisqu'en échange d'un quart de leur domaine et dépendances, leur futur gendre apporte une dot de deux-mille-quatre-cent-francs. 

Jean Biscaïtchipy dit Gachte s'éteindra dans sa maison le 18 mai 1907, huit ans après sa femme Marianne, entouré de sa fille, de son gendre et de ses sept petits-enfants dont mon arrière-grand-mère Gratianne était l'aînée. Aura-t-il eu le temps de voir partir ses petits-enfants Urritzaga à La Plata poursuivant ainsi son rêve américain interrompu ? Il me plaît de le penser...

(*) Dans le cadre du Généathème du mois de juin, Sophie Boudarel, généalogiste professionnelle, propose de tirer au sort un numéro sosa de sa généalogie grâce à son générateur de nombre aléatoire, et de raconter l'histoire de l'ancêtre correspondant. Son "making-of" m'a bien aidé aussi à compléter mes informations.

Illustration : Carte postale ancienne de Saint-Jean-le-Vieux (Delcampe.net)
Sources :  AD64 (Etat civil et Minutes notariale), Gen&O, FamilySearch, Geneanet. 
Sur l'Emigration basque en Argentine, lire "Diaspora basque, la huitième province"

mercredi 2 mai 2018

Servantes et domestiques en Soule

Dans "Mémoires souletines", Philippe Etchegoyhen revient sur le fonctionnement de la maison basque, l'etxe, et consacre un passage au rôle du personnel de maison au sein de celle-ci. Les grosses fermes avaient en général mitil eta neskato, un domestique et une servante, critère de référence pour mesurer l'importance de l'etxe. Concernant plus précisément le domestique agricole, il était selon l'auteur une "variable de régulation essentielle".

Les servantes étaient souvent des "parentes pauvres" de la famille qui aidaient l'etxekandere, la maîtresse de maison, à la ferme, s'occupaient des plus jeunes enfants, et prêtaient main forte pour les travaux des champs. Dans le recensement de 1856 du village d'Aussurucq, j'ai tenté en vain d'identifier la servante de la maison Lohitçun. 

A cette date, vivent dans cette maison du bourg, Joseph Lohitçun et sa femme Marie Etcheber (mes sosas 78 et 79). Septuagénaires tous les deux, ce sont les "maîtres vieux". Ils cohabitent alors avec leur fils Pierre, âgé de 38 ans et sa femme Marie Ihitz, 43 ans, les "maître jeunes", parents de deux garçonnets de cinq et deux ans. Une servante prénommée Catherine, âgée de treize ans, complète le tableau.

Je n'ai trouvé dans les archives de la commune aucune Catherine Lohitçun née autour de 1843 mais il n'était pas rare que le domestique prenne le nom de la maison où il ou elle était placé. Au recensement suivant, 1861, une servante de dix-huit ans est présente au foyer mais cette fois, elle se nomme Engrâce Lohitçun. Sa trace s'est perdue également mais qui sait, Catherine et Engrâce étaient peut-être une seule et même personne ? On n'attachait pas autant d'importance aux prénoms à cette époque qu'aujourd'hui et les erreurs de transcription sont toujours possibles...

Une autre maison emploie une servante mais cette fois, celle-ci a une "identité" plus nette. Mon arrière-arrière-grand-mère, Marie-Jeanne Dargain, 22 ans, petite-fille des précédents, occupe en effet la maison Laxalt, héritée de son père, Pierre Dargain (1800-1853), décédé trois ans auparavant. En 1856, Marie-Jeanne est mariée depuis cinq ans avec Dominique Irigoyen, l'instituteur du village, et ils ont trois enfants, Maddy, trois ans, Marguerite, deux ans et Pierre, un an. Le quatrième, Joseph, est en route !

Marie-Jeanne est épaulée par sa petite cousine, Marianne Argain, treize ans. Orpheline, son père Pierre Argain (1808-1855), cousin germain de Pierre Dargain, était lui-même un cadet et avait été placé comme domestique avant d'être journalier. Sur son acte de décès, il apparaît comme cultivateur ce qui laisse supposer qu'il a acquis un peu de terres à lui. Sa femme, Catherine Oyhamburu Harchoury (1811-1849), était morte un soir de Noël alors que Marianne n'avait que six ans.

Cette année 1856, toujours d'après le recensement, 50 garçons sont inscrits dans l'école publique dirigée par Dominique (20 filles dans l'école des filles). Par ailleurs, mon aïeul fait comme souvent, office de secrétaire de mairie dans une commune qui compte alors 662 habitants et traduit également des textes basques en français. De son côté, Marie-Jeanne est propriétaire de terres héritées du côté paternel comme maternel. L'aide d'une servante n'est donc pas superflue !   

 
Faisons à présent un bond en avant de quarante ans ! Nous sommes en 1896. Les Irigoyen se sont installés à Etcheberria désormais, l'etxondoa ou maison-souche de la famille. En ce 19e siècle finissant, on retrouve Dominique Irigoyen, 69 ans, instituteur retraité, sa femme Marie-Jeanne, 62 ans, leur fille Elisabeth, 38 ans et son mari, Dominique Eppherre, 44 ans, cultivateurs. Ce sont mes arrière-grands-parents.

Ils ont déjà sept enfants, trois filles et quatre garçons, âgés de treize, onze, neuf, huit, six, quatre et un an. Ce petit dernier (pour le moment), Michel, perdra la vie à Verdun en 1916. En plus de cette déjà grande fratrie, deux soeurs aînées d'Elisabeth, non mariées, Marianne, 35 ans et Jeanne, 32 ans et un petit frère, Jean-Pierre, 18 ans, vivent sous le même toit. Ces célibataires adultes encore à la maison sont appelés etxekoseme pour les garçons et etxekalaba pour les filles. Encore une "variable d'ajustement" pour ces familles à géométrie très variable !

Plus de servante désormais, on suppose que les soeurs célibataires et la grand-mère aident Elisabeth à tenir sa maison. En revanche, la quinzième personne recensée en 1896 dans l'etxe est un domestique âgé de 26 ans. Né en 1870 à Garindein, Jacques Urruty, laboureur de son état, épousera en 1911 une fille d'Aussurucq. Pour l'heure, il assiste Dominique Eppherre, déjà aidé de son beau-frère et sûrement encore de son beau-père, à cultiver les terres de la famille et à élever le bétail. Les enfants sont encore petits mais participeront bientôt à l'économie familiale.

A ce propos, dans son ouvrage très instructif (op.cit.), Philippe Etchegoyhen explique que les garçons devenaient domestiques après leur communion, vers douze ou treize ans. Le jeune domestique (eskü makila) était logé, nourri et recevait une paire de sabots et un petit salaire annuel. Toutes les fermes même les plus modestes, pouvaient envisager d'engager un jeune domestique agricole. Il n'était pas rare que quelques années plus tard, la même ferme place ses propres enfants ailleurs dans les mêmes conditions ! 

Le contrat courait pour une durée d'un an et le "mercato" des domestiques se tenait alors à la Saint-Martin, le 11 novembre. Mais certains pouvaient rester des années dans la même maison, ils s'attachaient aux enfants et savaient se rendre indispensables, ce qui parfois n'allait pas sans heurts avec les "maîtres jeunes"...

Illustrations : 1-Servante (anonyme) -  2-Valentin de Zubiaurre (1879-1963)
Sources : AD64 (Etat civil et recensements), Gen&O.
Bibliographie : Mémoires souletines (Vol 1. Villages de la vallée) de Philippe Etchegoyhen, éditions Elkar.  

vendredi 2 février 2018

Mariages croisés

Pour comprendre le droit coutumier basque, il faut se souvenir que la plupart des fermes comprenaient des domaines de moins d'un hectare*. Il était donc vital de sauvegarder à tout prix le patrimoine familial qui devait être indivisible et transmis à un héritier unique. Bien que le droit d'aînesse ait longtemps prévalu, que le premier né soit un garçon ou une fille d'ailleurs, le maître ou la maîtresse de maison pouvait "faire un aîné" en choisissant lequel de ses enfants était le plus apte à lui succéder. 

Après la Révolution, les lois successorales dites égalitaires du 7 mars 1794** tenteront de casser cette coutume mais elles seront allègrement contournées devant les tribunaux ! Dans un précédent billet, j'évoquais le rôle des maisons dans lesquelles cohabitaient "maîtres vieux" et "maîtres jeunes" et d'où les cadets étaient exclus s'ils ne voulaient pas y rester en tant que domestiques toute leur vie...

Autre conséquence de cet "arrangement" ancestral, l'aîné d'une maison ne pouvait pas épouser sa voisine si elle-même était l'aînée ou l'héritière de sa propre maison. On assistait souvent à l'intérieur d'un même village ou dans deux villages voisins à des mariages croisés : un frère aîné épousait une cadette ce qui permettait au frère ou à la soeur qui le suivait de convoler avec l'aîné(e) de celle-ci.

Récemment, je suis tombée sur un contrat de mariage datant du 23 avril 1787 qui m'a permis de m'y retrouver dans un imbroglio d'alliances que l'usage du nom des maisons venait compliquer. Il s'agissait de conventions matrimoniales passées entre deux familles dont les maîtres étaient tous mes sosa !

Je m'explique : dans le village de Sunhar, Pierre Iriart, fils aîné de Raymond Inchauspé dit Iriart (sosa 132) et de Marie Iriart (sosa 133) se trouve promis à Anne Recalt du village de Sunharette, fille de Raymond Iriart dit Recalt et d'Engrâce Recalt (mes sosas 134 et 135). Notons au passage la disparition des noms patronymiques des pères au profit du nom de la maison des deux mères héritières ! 

Or Pierre, le futur marié est le frère aîné de Raymond Iriart dit Recalt (mon sosa 66) marié à Engrâce Recalt (ma sosa 67), l'héritière de la maison Recalt de Sunharette ! Là, ce sont deux frères qui ont épousé deux soeurs mais il arrive souvent que ce soit un mariage croisé frères-soeurs. 

L'avantage de tomber sur un tel contrat de mariage c'est la mention des "collatéraux" qui viennent témoigner de la notoriété des deux familles ! Le notaire précise aimablement à l'intention des généalogistes des futures générations, quels liens de parenté unissent tous ces braves gens entre eux, permettant du même coup de vérifier ou d'augmenter certaines branches !

* D'après Serge Pacaud in "Il y a 100 ans, les gens du Pays basque", éd. PyréMonde
** 17 Ventôse an II de la République     

Note : Pour les non initiés à la généalogie, la numérotation dite de Sosa-Stradonitz est une méthode de numérotation des individus permettant d'identifier par un numéro unique chaque ancêtre dans une généalogie ascendante.  
Illustration : Ramiro Arrue (1892-1971)
Sources : Minutes notariales des AD 64
Bibliographie : La vie d'autrefois en Pays Basque de Marie-France Chauvirey, Ed. Sud-Ouest

lundi 29 janvier 2018

Retour sur une vie

Avoir partagé le dîner d'Engrâce E. à laquelle j'avais rendu visite sans y avoir vraiment été invitée ne m'autorisait pas à "plomber l'ambiance" en dévoilant à une assistance médusée ce que je savais d'elle. Ainsi aurait-il été parfaitement inconvenant de révéler à mon hôtesse que ce bébé joufflu qu'elle nourrissait au sein n'atteindrait jamais ses six ans. Ni qu'après lui, elle aurait une fillette qui mourrait à sept ans.

Pénétrer dans l'intimité de nos ancêtres fussent-ils morts depuis plus de cent ans demande un minimum d'empathie et de discrétion, tous les généalogistes vous le diront. A l'aune d'une vie de 83 ans, commencée au début du 19e siècle et terminée à l'aube du 20e, je trouve personnellement que celle d'Engrâce, la sœur aînée de mon arrière-arrière-grand-père Raymond, fut plutôt bien remplie.

Sur ses huit enfants, six parvinrent à l'âge adulte, quatre se marièrent et elle eut en tout dix-neuf petits-enfants - en admettant qu'un ou deux n'aient pas échappé à ma vigilance - qu'elle connut tous de son vivant. A sa grande fierté, Jean Arhanegoïty, l'aîné de ses petits-fils, fils de sa fille Marie, devint instituteur à Garindein.

Le second, Dominique Irigaray, fils aîné de Pierre, prit un temps le métier de son père, charpentier, avant de devenir brigadier des douanes et de se marier sur le tard dans les Landes. Tous ses petits-enfants restèrent auprès d'elle en Soule, à Lichans-Sunhar, Sibas ou Haux. Tous sauf les quatre garçons que lui donna sa fille cadette Anna qui suivit son douanier de mari d'abord à Anhaux puis à Bidarray, du côté de Saint-Jean-Pied-de-Port, autant dire au bout du monde.

Disparue en 1893, presque quatre ans après son mari Dominique Irigaray, Engrâce n'eut pas à souffrir des ravages de la première guerre mondiale qui lui prendra trois de ses petits-fils sans qu'elle ne le sache. Sa vie fut comme pour beaucoup, une succession de petits bonheurs et de grandes peines, une vie de labeur aussi, rythmée par les saisons et les exigences d'une terre nourricière rude.

Une vie d'etxeko andere, avec pour prérogatives, l'entretien de la maison et l'éducation des enfants. Première levée, dernière couchée, préparant les repas, confectionnant les miches de pain, astiquant les meubles et les cuivres, régnant sur le potager et le poulailler, puis filant rejoindre son mari et ses aînés aux champs pour sarcler ou faner, s'arrêtant à l'église au retour pour les vêpres sans oublier d'honorer les morts de la famille...

Peut-être au moment de rendre son dernier souffle, Engrâce a-t-elle vu défiler sa vie, ses huit accouchements à la maison, les jours de marché à la foire de Tardets avec son mari pour vendre leurs agneaux, les parties de mus sur le pas de la porte avec les autres femmes du village quand elles prenaient le temps de souffler, son mariage et celui de sa fille Marie, les jours de procession ou de mascarade au son du txistu et des ttun-ttun. Une vie.

Lexique :
Etcheko andere : maîtresse de maison
Mus : dérivé de l'ancien tarot, jeu de cartes figurant des épées, bâtons et coupes d'écus  
Mascarade : de janvier au mercredi des Cendres en Soule, sorte de Carnaval réunissant les meilleurs danseurs du pays
Txistu : flûte à bec à trois trous au son aigrelet. qui se joue de la main gauche, la droite étant occupée par le ttun-ttun, tambourin à cordes basque   
Illustrations : Mauricio Flores Kaperotxipi, jour de fête
Ramiro Arrue : joueur de ttun-ttun et kantiniersa (cantinière) de la mascarade souletine
Sources : AD64, AD40, Registres militaires 64 Genealogie64, Geneanet, Wikipedia
Bibliographie : La vie d'autrefois en Pays Basque de Marie-France Chauvirey, Ed. Sud-Ouest

jeudi 16 novembre 2017

La saga Urrizaga (III) - Les familles

Si je me réfère aux précieuses notes de Julian Alson-Haran déjà évoquées,  aux 17e et 18e siècles, de nombreux patronymes transmis de père en fils étaient souvent composés de deux noms accolés. Dans mon arbre, c'est le cas de De Barcelona y Granada (Maria Francisca, ma sosa 717, née en 1710) ou De Barcelona y Eguigorri (Bernardo, mon sosa 712 né ca 1700). 

Les Barcelona font partie des quatorze maisons nobiliaires de Valcarlos ou Luzaide. Son blason, décrit dans "L'Armorial de Bayonne, Pays basque et sud Gascogne" de Hubert Lamant Duhart, est constitué "d'argent à quatre fasces ondées de sinople" (vert en héraldique). La maison familiale devait se situer le long du chemin de Compostelle où il était d'usage d'accueillir les pèlerins, gracieusement ou non (comme de nos jours, somme toute).

A partir du 18e siècle, le nom est donné par le père mais cette règle n'est pas toujours suivie. J'ai déjà évoqué dans un de mes premiers billets le rôle de la maison au Pays basque. Au nom hérité du père vient s'accoler celui de la maison comme pour Bernard Barcelona-Meharin, né le 6 octobre 1857 à Arnéguy dans la maison Meharinia.

Julian Alson-Haran note également une forte consanguinité (in breeding) des familles de Valcarlos. La mémoire familiale véhiculait deux légendes à propos des Urrizaga, que mes arrière-grands-parents étaient cousins germains ce qui est archi faux et que nous avions des origines nobles, ce qui est partiellement faux à moins de considérer le blason des Barcelona comme le nôtre !

Ce qui est sûr c'est que je ne compte pas dans mon arbre le nombre de fils Urrizaga mariés à des filles Barcelona ou l'inverse. Le premier, Domingo Urrizaga dont j'ai déjà parlé (mon sosa 176) épouse à Valcarlos le 27 février 1786 Graciana Barcelona (ma sosa 177, baptisée le 12 juin 1760). La sœur cadette de Graciana, Maria Barcelona, baptisée le 28 mars 1764 à Valcarlos, épouse le 11 octobre 1784 Juan Gortari, né le 6 février 1748 toujours à Valcarlos. Ce sont mes sosa 180 et 181, les grands-parents paternels de Graciana Gortari (ma sosa 45) qui épousera en 1841 ... Pedro Urrizaga (mon sosa 44) ! A ce stade, j'espère n'avoir perdu personne.

Pour terminer sur une note plus légère, un mot sur la photo choisie pour illustrer ce billet. Pas d'ancêtres douaniers du moins dans cette branche à ma connaissance mais j'aime bien cette photo. Elle rappelle que Valcarlos se situe sur la frontière avec la France et que même si le village n'est qu'à trois kilomètres d'Arnéguy, mes ancêtres étaient espagnols ou français selon le versant de la vallée où ils avaient vu le jour...
[A suivre]

Note : Pour les non initiés à la généalogie, la numérotation dite de Sosa-Stradonitz est une méthode de numérotation des individus permettant d'identifier par un numéro unique chaque ancêtre dans une généalogie ascendante. 

Illustration : Carte postale Delcampe.net
Sources : Armorial des familles basques sur Wikipedia, notes de Julian Alberto Alson Haran, Geneanet, FamilySearch, AD 64, Généalogie 64. 

jeudi 20 avril 2017

La pastorale souletine et les curés basques

Pastorale d'Alos, 1928 - Delcampe.net
Un de mes précédents billets s'achevait sur la promesse d'évoquer les pastorales, une spécialité typiquement souletine et une tradition qui perdure encore aujourd'hui. Comme ceci est un blog de généalogie et n'a pas la prétention de faire de la sociologie, je renvoie d'emblée ceux qui veulent en savoir plus, à l'excellent article de l'académicien basque Jean-Louis Davant. 

Mon premier souvenir de pastorale remonte à l'été de mes neuf ans. On donnait Chiquito de Cambo et il me semble que quelques-uns de mes "oncles" jouaient dedans. C'est drôle les souvenirs d'enfance, j'étais sûre que la pastorale s'était tenue dans un des villages de la Basse Soule alors que c'était à Mauléon, le chef-lieu de canton. Le héros du jour, Bernard Joseph Apesteguy, surnommé Chiquito de Cambo, était né le 20 mai 1881 à Cambo-les-Bains et mort le 27 décembre 1950 à Saint-Jean-de-Luz, C'est un joueur de pelote basque célèbre.


Tout ce dont je me souviens c'est que ça nous avait paru très, très long, à mon petit frère de sept ans et à moi, et qu'on n'y avait pas compris grand chose. C'est assez manichéen, on trouve les gentils (ou les anges) d'un côté, ce sont les bleus, les méchants (ou diables) de l'autre, ce sont les rouges. Ces derniers se déplacent de façon saccadée et frappent l'estrade d'un coup de bâton, les autres ont une démarche plus douce et aérienne (normal, ce sont des anges). 


A la pastorale, les acteurs ne parlent pas, ils chantent une mélopée sur trois temps, en basque de la Soule émaillé parfois de latin. De temps en temps, une phrase musicale ponctue les scènes, toujours la même, Des années après, je suis capable de la fredonner ... 


De nos jours pour attirer les touristes friands de culture locale, il est distribué des livrets en français et on a même droit à des écrans géants. Adulte, j'en ai vu une ou deux dans ces conditions et je dois dire que pour moi qui ne parle pas le basque, c'est un progrès. Mais les puristes n'approuvent pas, autant le dire tout de suite. Car la pastorale existe depuis trois ou quatre siècles selon les "exégètes" et répond à des codes bien particuliers.

A propos d'exégète, un qui n'appréciait pas la pastorale "moderne" (au XIXe siècle !) c'était le frère de mon arrière-arrière-grand-mère que j'ai déja évoqué ici. Emmanuel Inchauspé (Sunharette, 1815 - Abense-de-Haut, 1902), vicaire général de Bayonne, linguiste, écrivain et académicien basque en avait après les errejent qu'il traitait, d'après Jean-Louis Davant, d'ignorants prétentieux. Rien que ça. 

L'errejent (du béarnais "régent") est "l'homme orchestre" de la pastorale, librettiste, metteur en scène,  régisseur, souvent acteur. De là à imaginer que le temps d'une pastorale il se prenait pour Dieu, voilà qui provoqua sans doute le courroux des curés...      

vendredi 30 octobre 2015

Quatre sœurs, quatre destins de mères

Félix Arnaudin
Chaque généalogiste se retrouve au moins une fois confronté à des naissances hors mariage, reconnues ou pas. Le cas basque se complique un peu du fait de la relative tolérance des mariages dits "à l'essai" comme je l'ai déjà expliqué ici, Prenons le cas de la famille de mon arrière-arrière-arrière-grand-mère, Marie Lohitçun (sosa 39), née le 1er novembre 1809 à Aussurucq.

Marie est la seconde d'une fratrie de quatorze enfants dont quatre mourront en bas âge et quatre seulement auront une descendance. Elle est la première à se marier, son frère aîné Jean (1808-1829) étant décédé à l’âge de 21 ans quatre ans auparavant. Le 22 mai 1833, à 23 ans, elle épouse Pierre Dargain-Laxalt, de neuf ans son aîné. Il est sous-lieutenant des douanes et ils n'auront que deux filles, Marie-Jeanne (1833-1907), mon arrière-arrière-grand-mère (sosa 19) que j'ai longtemps crue fille unique (lire là) et sa petite sœur (1838-1840). Première suspicion de mariage à l'essai, Marie-Jeanne est née deux jours avant le mariage de ses parents !

Engrâce, sixième de la famille, voit le jour le 31 octobre 1815 à la suite de trois enfants morts bébés. A son tour, elle aura deux enfants mais sans père. Le 3 avril 1840, c'est sa mère Marie (ma sosa 79) qui annonce la naissance à la maison Lohitçun d'une petite Marie née de père inconnu. La petite décède le 30 mars 1842. Un mois plus tard, cette fois c'est le père d'Engrâce, Joseph, qui vient déclarer Pierre, né le 30 avril 1842 toujours de père inconnu. Le sort s’acharne sur la pauvre Engrâce puisque le petit Pierre ne vivra que 17 mois...

Le seul garçon de cette branche à perpétuer le nom de Lohitçun, est aussi un Pierre né juste après Engrâce, le 29 mai 1817. Le 13 février 1849, il épouse Marie Ihitz de Sauguis. Ensemble, ils auront quatre enfants. Mais intéressons-nous à présent à Marguerite, le numéro 12 de la fratrie. Elle aussi a d'abord un enfant né de père inconnu, Là encore c'est Joseph qui se déplace en mairie pour déclarer la naissance de ... Joseph, le 27 mars 1847. Mais cette fois, le père n'est pas si inconnu que ça...

En effet, le 29 juin 1848, Marguerite Lohitçun, 31 ans convole avec un garçon de son village, Pierre Serbielle dit Etchatz, 33 ans. Le couple s'empresse alors de reconnaître Joseph, leur premier né. Sur l'acte de son propre mariage, le 25 novembre 1875 avec Marie Chalde-Lago, Joseph né Lohitçun est entre temps devenu Joseph Serbielle-Etchatz. J'ignore si le mariage était à l'essai ou si il y a eu "réparation" après une première grossesse surprise mais en tout cas, le couple sera prolifique. Je vous fais grâce des huit frères et sœurs suivants (dont trois autres Joseph !) mais Marguerite aura sa petite dernière à 45 ans !

J'ai déjà évoqué l'histoire d'Elisabeth, sœur cadette de mon AAAGM Marie. Née, le 25 décembre 1829, vingt ans après celle-ci, elle épousera Antoine Larrive le 14 octobre 1851. A ce jour, j'ai perdu sa trace et celle de son douanier de mari. J'ignore donc si elle a eu des enfants mais si c'est le cas, ils étaient parfaitement légitimes...

vendredi 12 juin 2015

Quand le mariage à l'essai provoquait le courroux des curés

Avant 1792, les registres paroissiaux sont les principales sources connues de l'état civil. Les actes sont répertoriés dans ce qu'on appelle communément les BMS pour Baptêmes, Mariages et Sépultures. J'ai déjà évoqué ici les différences de "styles" entre rédacteurs chargés de la tenue des registres.

Avec les curés, c'est encore plus savoureux quand on sent poindre une certaine désapprobation entre les lignes... Ainsi de l'extrait ci-dessous retrouvé à Aussurucq.   
  
L'an mil sept cent soixante dix neuf et le premier du mois de novembre est née une fille des œuvres illicites d'Arnaud, fils illégitime de Pierre de beheragaray dit Sagardoy et d'Engrâce cadette d'appechetz (sic) d'Ossas - elle a été baptisée le lendemain par moy soussigné - le parrain a été Arnaud de beheragaray dit Goyhen et la marraine Anne d'appechetz d'Ossas, Dame de Bedacarrats de ce lieu ; on lui a donné pour nom Anne. Le parrain et la marraine ont point signé pour ne savoir écrire - Recalt curé.

Pour la petite histoire, le curé Récalt est un lointain parent. Je l'ai déjà évoqué dans l'histoire des deux orphelines et l'église d'Aussurucq. De leur côté, la jeune mère de cette enfants née d’œuvres "illicites" est très probablement la petite-fille de Marie Apeceix d'Ossas, mon aïeule (sosa 149). On notera au passage que le père, Arnaud, est lui même un enfant illégitime quoique reconnu. 

En effet, chez les Basques, le mariage à l’essai était monnaie courante [...]. Ce mariage à l’essai (concubinage) provoquait la colère des curés. Les Basques l'ont pratiqué avant l’heure. Ils ne rédigeaient de contrat de mariage et ne recevaient la bénédiction nuptiale qu’après avoir longtemps vécu avec leurs futures épouses, avoir sondé leurs mœurs et vérifié leur fertilité.*

Ceci n'est bien sûr pas une généralité. J'ai jusqu'à présent trouvé plus d'actes de naissance d'enfants de couples mariés que le contraire. Il arrivait aussi qu'un ou deux enfants nés hors mariage soient reconnus au moment du mariage de leurs parents et mentionnés dans l'acte de mariage. Mais quand on connaît l'influence de la religion catholique et celle des prêtres dans la société basque, on s'amuse rétrospectivement de ces petites entorses à la morale chrétienne...

*In "Matriarcat Basque : la position centrale de la femme chez le plus ancien peuple européen" (auteur non identifié)

Illustration : Enrique  Albizu

dimanche 31 mai 2015

Pierre après Pierre...

Depuis un mois que je suis rentrée du Pays basque, j'ai décidé de concentrer mes recherches sur le berceau de notre famille du côté de mon grand-père paternel Pierre, à savoir Aussurucq dans les Pyrénées Atlantiques (autrefois Basses-Pyrénées) et plus précisément dans la Soule, l'une des trois provinces françaises du Pays basque.

J'ouvre une parenthèse pour dire que ces dernier jours, Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF, a lancé un défi rigolo : retrouver son village dans les cartes de Cassini. Tout le monde y est allé de son hashtag #MonBledDansCassini sur Tweeter et autres réseaux sociaux, moi comprise. Et comme le montre la photo ci-dessus, Aussurucq, orthographié Außuruc, existait bien au 18e siècle.

Mais revenons à mes recherches. L'une de mes branches remonte à Pierre Lohitçun et Marianne Sagardoy, tous deux nés circa 1747. Je n'ai trouvé ni leur actes de baptême ni leur acte de mariage mais ils sont mentionnés dans l'acte de mariage de mes aïeuls Joseph Lohitçun et Marie Etcheber, le 27 mai 1809  à Aussurucq. Marie étant née à Ordiarp, j'ai retrouvé son acte de baptême le 6 juin 1784 mais pas celui de Joseph né à Aussurucq vers 1785, le registre des baptêmes, mariages et sépultures (BMS) de l'époque étant très lacunaire.

Il manque ainsi tous les actes des années 1781 à 1788. Frustrant d'autant plus que j'ai retrouvé les actes de trois de ses frères nés en 1776, 1778 et 1780 et là surprise, ils s'appelaient tous ... Pierre ! Et devinez comment se prénommait le cadet de Joseph, né probablement en 1789 ? Pierre encore !!! Qui sera suivi d'un Jean, enfin !

J'ai déjà raconté dans un précédent billet avoir retrouvé trois Anne dans la même fratrie mais là, quatre Pierre sur six frères, ça me paraissait carrément ... abusif ! Je m'en suis émue sur Twitter et voilà le message que j'ai reçu de Didier, un généalogiste très pointu, que je remercie pour ses explications :

"Donner un seul prénom permettait de tricher sur l'impôt par capitation, sur les recrutements militaires, et également, après la Révolution qui l'avait aboli, de continuer à pratiquer le droit d'aînesse. Enfin, c'était aussi une forme de désobéissance civile vis-à-vis des autorités qu'on récusait ainsi pour des affaires privées".

Une seule de ces explications m'aurait déjà suffi mais je dois dire que depuis que je m'intéresse à mes ancêtres basques, chacune est éclairante et fort plausible. Pour conclure, dans son acte de mariage, Joseph est présenté comme premier né de la fratrie et Pierre, son cadet, comme le second de la fratrie dans le sien.

D'où j'en déduis que les trois premiers Pierre sont morts en bas âge et ne sont même pas passés à la postérité. Sans ces vieux registres même très incomplets, ils n'auraient eu aucune existence...

dimanche 19 avril 2015

Les deux orphelines et l'église d'Aussurucq

William Bouguereau
Dans le hors-série du magazine La Vie que je recommande, Guillaume Roehrig, généalogiste successoral dit qu'il y un côté détective privé dans ce métier. Loin de moi l'idée de me comparer à ce professionnel mais j'avoue que résoudre à mon petit niveau quelques mystères familiaux fait partie du plaisir.  

Récemment, je tombe sur un acte notarié daté du 19 mai 1853, déposé chez Maître Cazenave à Mauléon dans lequel Jean-Pierre Eppherre, mon arrière-arrière grand-oncle, reconnaît une vieille dette au nom de ses deux pupilles mineures, Gracieuse et Annette, âgée de 17 et 14 ans. Déjà orphelines très jeunes de leur mère, Marie Etchalus (1808-1841), elles ont perdu leur père Dominique (1805-1848) quatre ans auparavant. L'acte précise que la famille en a confié la tutelle au plus jeune de leurs oncles paternels, Jean-Pierre. Celui-ci, né en 1818, est célibataire au moment des faits (il se mariera en 1856). 

Curieusement, alors que cette branche de la famille est originaire de Sunharette, la dette concerne la "fabrique" de l'église d'Aussurucq. Le capital restant dû s'élève à trois cent francs soit une rente annuelle de quinze francs. Cela doit représenter une somme pour l'époque car l'oncle tuteur se voit contraint d’hypothéquer les biens immeubles de ses pupilles (bâtiments, cour, jardins, terres cultivées, vigne, prairie, bois et forgerie), situés à Sunharette, pour l'honorer.

A ce stade, je ne vois pas bien le rapport entre l'église d'Aussurucq et ces cultivateurs établis à Sunharette, même si les deux villages ne sont distants que d'une quinzaine de kilomètres. Je devine que leur père Dominique, en tant qu'aîné de la fratrie, a dû lui-même "hériter" de cette dette laquelle, à sa mort, échoit à ses filles. L'acte de 1853 faisant référence a un précédent acte daté du 21 juin 1823, déposé chez Maître Lagarde également notaire à Mauléon, j'espère que la solution du mystère y sera contenue. La chance est de mon côté car je mets la main sur l'acte en question dans les minutes notariales numérisées des AD64.

Celui-ci apporte en fait plus de questions que de réponses et renvoient à deux actes plus anciens datés du 2 septembre 1793 que je n'ai pas retrouvés. Mais ce que je comprends c'est que la dette est à l'origine celle d'un certain Jean Recalt, natif certainement de Sunharette et ... curé d'Aussurucq à la fin du 18e siècle. Dans son testament daté du 11 juin 1808, déposé chez M° Detchandy d'Abense-de-Haut, il désigne comme héritiers un frère, Arnaud, une sœur, Marie et une nièce, également prénommée Marie.

Cette dernière, Marie Inchauspe dite Recalt (1778-1850), mon aïeule, épousera Simon Eppherre (1772-1852). Dominique est leur fils aîné. C'est donc par leur branche maternelle que les Eppherre de Sunharette et nos deux orphelines se sont retrouvés liés au financement de l'église d'Aussurucq...

Illustration : William Bouguereau
Sources : AD 64 (BMS, état civil et minutes notariales).

lundi 30 mars 2015

Le destin contrarié de François E., poilu de 1914

Lorsqu'il débarque le 19 juin 1914 à Ellis Island, François Eppherre, 37 ans, marié, natif de Géronce (Basses-Pyrénées), est sans doute loin de s'imaginer que son voyage en Amérique va tourner court. Il a embarqué au Havre à bord du paquebot France, deuxième du nom (sorti en 1912 des chantiers de Penhoët), une semaine auparavant après avoir traversé toute la France.

Une fois accomplies les formalités d'entrée aux États-Unis, il est certainement pressé de mettre cap sur l'Ouest où il se placera comme berger. En tout cas, à Ellis Island, il donne comme contact celui de Jean Mendiondo, un "pays" qui l'a précédé en 1905, lui aussi parti retrouver son frère Pierre à Reno (Nevada). Il faut compter alors cinq jours de train pour rallier New York à la côte Ouest.

L'émigration aux Amériques est un phénomène qui touche de nombreux cadets au Pays basque à partir du 19e siècle (François est le sixième d'une fratrie de dix). De 1832 à 1891, sur les 112 000 habitants que compte le Pays basque français, 80 000 ont émigré, soit une moyenne de 1330 par an ! On sait que François est marié, et peut-être père de famille, mais il a dû faire ce choix justement pour faire vivre les siens...

C'est là que son livret militaire nous réserve une surprise. Rappelé suite à la mobilisation générale du 2 août 1914, il rejoint son régiment à Pau le ... 4 août, soit à peine deux mois après être parti ! Ce soldat que l'armée décrit petit (1,57 m), yeux et cheveux châtain foncé et nez retroussé, est de la classe 1897. Ce qui veut dire qu'il a déjà effectué trois ans de service militaire (son livret précise qu'il est réserviste depuis le 1er novembre 1901). Oui mais voilà, la patrie est en danger et notre François revient au pays dare-dare pour la servir.

La campagne contre l'Allemagne (bel euphémisme !) durera pour lui du 4 août 1914 au 6 février 1919. Le 7, il est démobilisé définitivement et se retire à Géronce, son village natal. Il décèdera le 1er mars 1960 à Billère, près de Pau, à l'âge de 83 ans.

Il aura passé près de huit ans sous les drapeaux, et vu son rêve américain s'envoler ...

vendredi 27 mars 2015

Où les prénoms suivent la tradition ... ou pas

Ramiro Arrue y Valle
Généalogistes sérieux, passez votre chemin, ce billet n'est pas pour vous...
Aujourd'hui, dernier jour d'une semaine bien remplie, notamment passée à retranscrire de nombreux actes de mes lointains cousins de Barcus et de Lanne, j'ai envie de vous parler d'un sujet plus léger : le choix des prénoms.

Très tôt, j'ai su que je devais le mien à une longue tradition familiale. En commençant cette généalogie, je me suis vite aperçue que celle-ci remontait au 18e siècle. Les aînés, du moins "mâles" de la famille Eppherre, s'appellent tous ou presque Dominique depuis 1725. C'est le cas de mon père et d'une bonne  douzaine de ses devanciers. Jean (le prénom de mon oncle) tient la corde. Pour les filles, la gagnante est sans conteste Marie mais ce n'est pas le propre de ma famille. En tournant les pages des AD du 64, j'ai pu constater qu'environ deux filles sur trois le portaient au 19e siècle. En somme, je suis une bonne synthèse...

Néanmoins, j'ai déjà évoqué ici ma rencontre avec une Scholastique dont le prénom m'avait intriguée. Depuis, j'ai trouvé une Euphrosine, dont la sainte patronne est une jeune chrétienne d'Alexandrie au 5e siècle qui choisit Dieu plutôt que le vieux mari imposé par son père (je résume).

Mais la palme des prénoms originaux dans mon arbre revient à ceux donnés par Thérèse Curutchet dite Eppherre (1798-1844) de Barcus. Petite dernière d'une fratrie de dix enfants dont six auront une descendance, elle épouse le 19 novembre 1822 un Jean Etchandy de Barcus du même âge qu'elle. Sur leur acte de mariage, il est dit marchand de laine. Les affaires ont dû être florissantes car sur les actes de naissance de leurs enfants, très vite il sont mentionnés comme rentiers...

Ensemble, ils auront sept enfants dont les prénoms dénotent une certaine originalité comparés à ceux de leurs nombreux cousins. Jugez-en plutôt : Bathilde (1823), Jean Marcel (1824), François Ildephonse (1826), Marie Julie (1827), Marianne Adélaïde (1829), Philippine (1831) et enfin Jean-Baptiste (1835).   

Et vous, votre "top list" des prénoms les plus surprenants ? 

vendredi 6 mars 2015

Où le premier voisin joue un rôle primordial


Une autre découverte que j'ai faite quand j'ai commencé à fouiller dans les actes numérisés des archives départementales des Pyrénées Atlantiques, c'est que lors d'une naissance ou d'un décès, ce n'étaient pas les membres de la famille qui en faisaient la déclaration mais les plus proches voisins.

Il m'est arrivé au début de m'agacer de ce que l'on mentionne leur âge dont je n'avais que faire alors que je n'avais même pas celui de la mère lorsqu'il s'agissait d'un nouveau né (quand elle était seulement mentionnée !).

Depuis, je vois mieux l’intérêt d'en savoir un peu plus sur les voisins de mes ancêtres (dis-moi qui tu hantes, je te dirais qui tu es ...) lorsque mention est faite de leur profession par exemple. Ainsi, alors qu'à Aussurucq ou Alçay, on trouve surtout des laboureurs ou agriculteurs, à Barcus, plus gros bourg, il est question de menuisiers, armuriers ou autres cabaretiers.

J'ignore si dans d'autres régions de France ce phénomène se retrouve mais voilà ce qu'écrit Marie-France Chauvirey (in La vie d'autrefois en Pays Basque - Ed. Sud Ouest) : "Le premier voisin n'habite pas toujours le plus près ni même très près. L'usage veut que sa maison soit entre la vôtre et celle de l'église [...]

C'est lui, averti avant tout autre que la mort vient de frapper, qui accourt avec sa famille pour prendre en charge les tâches domestiques et rurales afin que la famille ne soit pas distraite de son chagrin et de ses prières, ainsi que pour présider au rituel des funérailles. Protecteur et garant dans les événements importants (fiançailles, mariage, ouverture de testament), le premier voisin ne saurait, fût-il fâché à mort, faillir à son rôle." 

Illustration : Mauricio Flores Kaperotxipi

samedi 7 février 2015

Dis-moi où tu habites, je te dirai qui tu es


Raymond Virac
Dans sa "Monographie de la commune de Saint-Jean-Le-Vieux, publiée en 1898, Louis Etcheverry révèle que "dans les vieux registres du XVIIe siècle, on ne voit apparaître que le nom des maisons. Il a fallu attendre les livrets militaires et les appels sous les drapeaux pour révéler à une foule de jeunes gens leur nom patronymique qui gisait caché dans des actes civils et notariés mais n'étaient pas d'un usage courant".

Les noms basques nous dit Philippe Oyhamburu "sont issus dans leur grande majorité de la maison souche (etxondoa) qui elle-même est le plus souvent déterminée par les détails du lieu où elle est érigée. Quelques exemples : Etchemendy (comme notre grand-mère) la maison sur la montagne, Irigoyen, le "domaine le plus haut", Lizarazu, la (maison) dans la vallée des frênes, etc. 

Dans "Les gens du Pays Basque", Serge Pacaud explique : "Au centre de la société basque, la Maison représente l'originale entité de chaque famille. La préoccupation majeure de la famille est de conserver le patrimoine, la maison et ses dépendances, qui ne doivent ni se diviser ni se désagréger. Ce patrimoine constitue un tout, propriété de la famille et dont nul ne peut disposer pas même le maître de Maison (etxeko jaun).

Le bien est toujours transmis à l'aîné des enfants, garçon ou fille ! Le nom de la maison est donné au gendre qui épouse l'héritière de la maison. Même les domestiques, lorsqu'ils ont passé de nombreuses années au service d'une famille, sont appelés par leur prénom suivi du nom de la maison où ils travaillent.

Cette explication sommaire me paraît nécessaire à ce stade pour expliquer les Inchauspé dit Harismendy, les Epherre dit Irigoyen, les Dargain dit Laxalt, etc, rencontrés jusque là. Toujours Serge Pacaud : "Le gendre est une espèce de "prince consort" qui règne mais ne gouverne pas. Le mariage entre un héritier et une héritière est inenvisageable. La règle est qu'un héritier épouse une cadette et qu'une héritière épouse un cadet. Dès lors, celui qui entre dans la maison-souche y apporte sa dot, lui consacre toute son activité et ne tarde pas à fondre son individualité dans la maison dont il prend le nom."

Cette tradition qui perdurera jusqu'à la Révolution française et au-delà, (les lois dites égalitaires du 7 mars 1793 seront allègrement contournées devant les tribunaux !), scellera aussi le sort de nombreux cadets. "Condamné au célibat, le cadet travaille comme ouvrier agricole ou berger. Beaucoup n'auront d'autres choix que de devenir contrebandiers ou de s'exiler...

Sans parler des sœurs qui ne se marieront pas et feront office de servantes dans leur maison natale ou chez d'autres". En effet, seuls deux couples, celui des "maîtres vieux" et des "maîtres jeunes" peuvent vivre sous le même toit, chacun avec sa propre cuisine, selon certains manuels ... On ne mélange pas les torchons et les serviettes !