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mercredi 8 avril 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (VI)

Quel est le rapport entre l'Ecole Normale Supérieure de Fontenay-aux-Roses fondée en 1880 et chantée par Maxime Le Forestier, et Aussurucq ? A mi-chemin entre mon billet sur l'école et celui sur l'église, plusieurs articles de Gallica ont mentionné le nom du village associé à un certain Félix Pécaut. Né Jean Pécaut à Salies-de-Béarn, le 3 juin 1828, Félix Pécaut est le fils de Pierre Pécaut, un fabricant de chocolat béarnais, et de Félice Beigbeder. 

Pasteur, membre du consistoire protestant, Pierre Pécaut est pour le moins un original qui décide d'envoyer son fils premier né âgé de 7 ans à Aussurucq, officiellement pour y apprendre le basque ! Pour ce faire, il logera chez l'instituteur de la commune, Jean Iribarne. A la mi-septembre 1835, l'enfant arrive donc au village avec une mission quasi christique : apporter la bonne nouvelle.

Curieux mélange de genre que cette immersion d'un petit protestant (autant dire hérétique aux yeux des villageois), dûment accrédité par le sous-préfet des Basses-Pyrénées de l'époque, logé chez l'instituteur laïc et qui, très vite, a maille à partir avec le curé avec qui il débat de "choses saintes et de la Bible". Le futur journal de son fils, Elie Pécaut (1854-1912), évoquera même deux "controverses théologiques." Pas moins ! 

Très vite, le scandale éclate et dès le 22 septembre, le Maire d'Aussurucq, Monsieur Sagardoy, écrit à Pierre Pécaut en ces termes : "Lorsque j'appris que votre fils devait venir auprès de notre instituteur, je ne croyais pas qu'on aurait attaché à sa présence ici une si vive importance. Mais aujourd'hui que votre enfant est devenu le sujet de troubles et de divisions dans la commune, je vous prie de nous le retirer." Cependant, Félix y restera au moins jusqu'à janvier 1836 et ne fera aucune allusion à l'hostilité ambiante dans les six lettres qu'il écrira à ses parents. 

Devenu inspecteur général de l'Instruction publique sous Jules Ferry,  Félix Pécaut contribue à la fondation de l'ENS de Fontenay-sous-Bois aux côtés de Ferdinand Buisson. Il sera le premier Directeur de cette école chargée de former entre 40 000 et 50 000 institutrices dont la France avait besoin en cette fin du 19e siècle dans sa marche vers la laïcisation de l'école.

Mais revenons à Aussurucq, ou plutôt empruntons les pas de Félix Pécaut, alors en tournée d'inspection dans le Pays basque où il revient en 1880. Il écrit à sa fille Berthe Pécaut épouse Carrive (1860-1920) : "J'arrive d'Aussurucq, où l'instruction est loin d'avoir bougé depuis que j'y étais à l'école, en 1835. J'ai revu le porche de l'Eglise, où étaient nos bancs, la maison où j'arrivai tout enfant sur une ânesse aveugle, la petite place où, assis sur un quartier de roc, je racontais à un vicaire émerveillé les longues histoires de la Bible." [...] 

Et de conclure de façon lapidaire : "Le pays est très réactionnaire. Comment ne le serait-il pas ? Il ne lit rien ; il n'entend que le prêtre. Il faudrait vingt ans d'efforts suivis pour modifier profondément cette situation. Les pères de famille, mes camarades de 1835, suivent l'exemple de leurs devanciers en fait d'indifférence."

A ce moment-là, mon trisaïeul Dominique Irigoyen est encore en poste et vit une fin de carrière compliquée où rappelons-le, il est chantre à l'église, et en bien meilleurs termes avec le curé qu'avec le maire... On l'a un peu oublié mais à cette époque, l'école était un enjeu crucial entre le Clergé et la République. Vingt -cinq ans plus tard, la question sera en partie réglée avec la Loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat.

A suivre...

Illustrations : ENS Fontenay-aux-Roses : delcampe.net
Portrait de Félix Pécaut : Wikipedia.
Autres sources : AD 64, Gallica Presse et Médias 
Généalogie de Félix Pécaut sur Geneanet
Sur Félix Pécaut : Lucien Carrive, "Un épisode des conflits religieux en 1835 : Félix Pécaut à Aussurucq", Bulletin du CEPB, Pau, Centre d'étude du protestantisme béarnais, série n°18,‎ 

mardi 31 mars 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (IV)

 
En 1884, le Ministère de l'Instruction publique commande une enquête sur la situation des écoles primaires en France. Pour ce faire, un questionnaire est adressé aux instituteurs et institutrices. Les 444 registres qui en ressortent sont conservés aux Archives nationales à Peyrefitte mais font aussi partie de la salle des inventaires virtuelle, classés par département et, à l'intérieur de celui-ci, par canton.

A Aussurucq, Dominique Irigoyen, mon arrière-arrière-grand-père, reçoit le questionnaire alors qu'il effectue sa dernière année d'enseignement en tant que directeur et maître de l'unique classe de garçons. Agé de 55 ans, il a commencé sa carrière en 1848 et n'a exercé qu'à Aussurucq dont il n'est pas originaire puisqu'il vient de Suhare, un village mitoyen. L'école datant de 1847, on peut en déduire qu'il en a été le premier et seul instituteur depuis. Lorsqu'il prendra sa retraite à la fin de l'année, il sera remplacé par Justin Etcheberry*.

Dans son rapport, Dominique indique que 50 garçons de la commune sont inscrits en 1884 dont quatre ont entre 5 et 6 ans et 46 de 6 à 13 ans. Mais 30 seulement sont présents au moment où il remplit le questionnaire. Il faut dire que cette classe unique occupe une salle de 38 m² et qu'il manque donc douze places pour pouvoir accueillir tous les enfants ! (phénomène qu'on retrouvera chez sa collègue institutrice).

L'école se compose de deux niveaux dont le deuxième est réservé à la mairie. Comme c'est souvent le cas alors, l'instituteur fait aussi office de secrétaire de mairie. A noter que dans son dernier rapport sur mon aïeul en 1881, l'inspecteur primaire, M. Urruty, note que ses relations ne sont pas bonnes avec le maire actuel (M. Execolatz) alors qu'elles l'étaient avec ses prédécesseurs. Il s'entend bien en revanche avec le curé, et est chantre à l'église, ceci expliquant peut-être cela...

Si l'école des garçons a un local qui lui est affecté, celle des filles est louée 150 francs par an. En 1884, la classe unique est dirigée par Batilde Joanicot qui a remplacé Adélaïde Lassalle. Mademoiselle Joanicot est née le 3 septembre 1856 à Ogenne-Camptort (canton d'Oloron-Ste-Marie). Native d'une petite commune béarnaise, on peut penser qu'elle ne parle pas le basque, ce qui est l'effet recherché à cette époque où tous les enfants sont censés maîtriser le français.

Batilde est fille d'un instituteur, Thomas-Pierre Joanicot, et sœur cadette d'une institutrice, Marie-Catherine Joanicot. Les dynasties d'instituteurs sont courantes au 19e siècle (rappelons que la fille de Dominique Irigoyen, Engrâce Brisé est alors institutrice à St-Just-Ibarre et que ses deux fils, Jean-Baptiste et Dominique Brisé, embrasseront la carrière à leur tour).

Dans la classe de filles, 40 élèves sont inscrites en cette année 1884 dont six de quatre à cinq ans,
deux de 5 à 6 ans et 32, de 6 à 13 ans. Dans les faits, seules 27 sont présentes parmi lesquelles deux étrangères dont je n'ai pu déterminer l'origine (probablement espagnole). Là encore, avec une salle de 26 m², huit places manquent à l'appel pour accueillir correctement les enfants. A noter que - en dehors des heures de classe, j'imagine - Mademoiselle Joanicot fait la classe à vingt adultes !

Est-ce par ce biais qu'elle rencontre son futur mari ? Toujours est-il que le 4 octobre 1886, l'institutrice de 30 ans, épouse Dominique Elhorry, 22 ans, cordonnier à Aussurucq et natif d'Ossas. J'ignore où elle a poursuivi sa carrière* mais elle l'a terminée fin 1921 après 43 ans de services.

Pour clore sur ce chapitre, j'évoquerai un personnage qui eut son importance en matière scolaire : Jean-Baptiste Archu (ou Arxu), né à Aussurucq le 11 septembre 1811 et décédé à La Réole (Gironde) le 9 juin 1881. Inspecteur des écoles primaires de ce département, on lui doit une Grammaire basque française à l'usage des écoles du pays basque (1853) et plus anecdotique, une traduction en vers basques de quelques Fables de la Fontaine.


A suivre...

*Le dossier d'institutrice de Batilde Joanicot épouse Elhorry est à consulter en salle de lecture aux AD64 à Pau (Série T - cote IT 146). Attention, les dossiers des institutrices sont classés par nom d'épouse !  
La cote du dossier de Pierre Justin Etcheberry est IT 67.

Illustrations : "Mardi leçon de calcul."- Publicité pour la Maison modèle Victor Rouzaud et Rafaillac à Bordeaux (Bibliothèques de Bordeaux).
Croquis de la main des instituteurs Dominique Irigoyen (1829-1898) et Batilde Joanicot épouse Elhorry (1856- ap. 1922) pour l'Enquête sur la situation des écoles primaires en France en 1884.
Choix de Fables de La Fontaine par JB Archu (Galllica).
Sources : liens dans le texte
Je renouvelle mes remerciements à Nicolas Urruty qui en 2018 avait fait des recherches pour moi aux AD 64 (Pau) sur les instituteurs de ma famille. Pour ceux que cela intéresserait, je tiens à leur disposition les listes des dossiers des instituteurs et institutrices des Basses-Pyrénées consultables  en salle de lecture à Pau.
Liens avec les épisodes précédents : http://bit.ly/2UlkR3b,  http://bit.ly/3dnyzey et https://bit.ly/33LITse

jeudi 26 mars 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (III)

Comme je l'ai écrit dans le premier volet de cette tentative de monographie, on trouve des traces de peuplement très tôt à Aussurucq. Cependant, le premier décompte de population officiel n'intervient à ma connaissance qu'en 1793 et fait état de 596 habitants. La courbe de population atteindra un pic en 1846 avec 740 âmes, notamment grâce à la présence d'une brigade de douaniers que j'ai évoquée dans une série de billets sur le sujet. 

Dans la deuxième moitié du 19e siècle, la population va peu fluctuer, autour de 650 habitants, pour s'appauvrir à nouveau après 1886, où l'on commence à mesurer l'effet du départ des "cadets" vers "les Amériques." De 1887 à 1889, le Fonds Vigné fait état du départ d'une dizaine de jeunes gens du village. J'ai raconté sur ce blog l'histoire de la "petite" Marie Serbielle dans "Une mère et ses filles en Argentine" que j'invite à (re) lire tant cette épopée paraît incroyable de nos jours !

Ce phénomène de départ pour l'Argentine, l'Uruguay et le Chili va se poursuivre avant et après la première guerre mondiale. J'ai pu retrouver grâce aux registres des "marchands de palombes" puis à FamilySearch de nombreux cousins qui ont quitté le Pays basque pour l'Amérique du Sud. En octobre 2018, j'ai fait partie du "comité d'accueil" d'Alberto Jaury revenu sur les traces de son arrière-grand-père parti d'Aussurucq. Mes posts sur ce thème sont regroupés sous le libellé "émigration basque".

A présent, entrons un peu plus dans la sociologie de cette petite commune souletine. Les recensements de population ne sont pas en ligne sur le site des AD 64 mais je les avais relevés lors de mon passage en salle de lecture au PAB* de Bayonne en octobre 2018. Ils sont réunis dans une grande liasse qui va de 1831 à 1954 mais quelques feuillets manquent.

J'ai choisi d'étudier le recensement de 1876 car c'est un des plus complets et il offre un panorama détaillé de la commune à ce moment-là. Elle se compose alors de 640 personnes répartis sur quatre quartiers : le Bourg  (83 maisons, 363 habitants), Barricata (16 maisons, 102 habitants), Garraïbie (19 maisons, 18 ménages et 129 habitants) et Utchia (8 maisons et 46 habitants).

La répartition par sexe est de 327 sujets féminins (208 filles, 94 femmes mariées et 25 veuves) pour 313 sujets masculins (201 garçons, 94 hommes mariés et 18 veufs). Le village est jeune : 150 garçons et 141 filles ont moins de 21 ans. Deux hommes et deux femmes ont plus de 80 ans, mais aucun nonagénaire ni centenaire n'y vit.

Sans surprise, le village se compose majoritairement d'agriculteurs et de métayers (au nombre de 6). A Aussurucq en 1876, 616 personnes vivent de l'agriculture ! Les autres sont artisans (cordonnier, sandalière, charpentier...) et l'un est employé des chemins de fer (sans doute à Mauléon-Licharre). 

On notera la présence d'une rentière, Elisabeth de Ruthie, célibataire, propriétaire du château du même nom qui mourra à 82 ans le 26 juin de l'année suivante. Dominique Irigoyen, mon trisaïeul, est l'instituteur des garçons, Adélaïde Lassalle, celle des filles. Côté culte, un curé officie à l'église du village.  

Dans la famille de mes arrière-arrière-grands-parents, sur les quatorze enfants de la fratrie, huit sont présents au foyer de la maison Etcheberria au moment du recensement dont mon arrière-grand-mère, Elisabeth. Née le 12 avril 1858, elle est alors âgée de 18 ans. Trois enfants sont décédés en 1866, 1873 et 1874,  et les deux derniers, Grégoire 9 ans et Michel, 7 ans, sont ceux qui émigrerontt au Chili. Marie-Jeanne Dargain-Laxalt, mon aïeule, sera enceinte l'année suivante d'un dernier enfant, Jean-Pierre, né en octobre 1877.

A suivre...

 * Pôle d'archives de Bayonne et du Pays basque 

Illustrations :
Photo 1 : Ramiro Arrue y Valle (1892-1971) "Baserritarak", 1925
Photo 2 : Diagramme d'évolution de la population d'Aussurucq (Ldh/EHESS, Cassini)
Photo 3 : Extrait du dénombrement de 1876 - Pôle d'archives de Bayonne et du Pays basque (salle de lecture).
Sources : Dans le corps du texte. 
Et sur les conseils de Stanislas, voici les liens avec les épisodes précédents : http://bit.ly/2UlkR3b et http://bit.ly/3dnyzey

vendredi 28 février 2020

100 mots pour une vie : Marie Eppherre-Irigoyen (1888-1918)

Marie voit le jour le 28 janvier 1888 à Aussurucq dans la maison Etxeberria. Elle est la quatrième enfant de Dominique Eppherre et Elisabeth Irigoyen*. Le 18 avril 1912, elle épouse Joseph Hoquigaray, un cultivateur d'Oyherq, de dix ans son aîné. Le couple aura bientôt deux fils, Raymond, en juillet 1913 et Michel en février 1917. Alors que la famille est déjà éprouvée par la mort en février 1916 à Verdun de Michel, son frère cadet, et que ses frères aînés Dominique et Jean-Baptiste ne sont pas encore rentrés de la guerre, Marie s'éteint en novembre 1918 de la grippe espagnole.    
 * Mes arrière-grands-parents

Avec un bilan final compris entre 50 et 100 millions de morts, l’épidémie de grippe espagnole survenue entre 1918 et 1920 coûta la vie à trois à six fois plus de personnes que la Première Guerre mondiale. (RetroNews). 

Voilà ce qu'on peut lire dans "Autour du clocher", le bulletin paroissial de Mauléon, en décembre 1918 : « Tel est le triste bilan des ravages exercés par la grippe dans la paroisse depuis un mois : 24 décès (Juana Asnarez Mendiara, 82 ans, André Méheillalt, 71 ans, Jean-Pierre Berdalle, 32 ans, Pierre Aguer, 66 ans, Grégoria Nadal, Henriette Carricart 21 ans, Marie-Louise Damalenaere, 48 ans, Marie-Anna Bessouat 63 ans…) dont quatre mères de famille (Tomasa Jasa épouse Martin, 28 ans, avec son fils, Marie Epherre Irigoyen épouse Hoquigaray, 30 ans, Catherine Peillen épouse Paillet, 34 ans, après Anne-Marie Paillet, Sylvie-Marie Collet épouse Braconnier et Marianne Harichoury épouse Borde, 32 ans) ; et aussi dix enfants de 6 mois à 7 ans : Albert Martin, 2 ans, Félicien Daviton, 7 ans, Marie Castejon, 6 ans, Pierre-Michel Fourcade, 6 ans, Jean Anso, 5 ans, Joseph Vincente, 6 mois, Jean-Pierre Hoguy, un an, Jean Langlois, 5 ans, Jules Cuyen, 2 ans et Marguerite Indurain, 3 ans)! Nous recommandons aux personnes atteintes la plus rigoureuse prudence hygiénique. » (Ikerzaleak).

Illustration : Active History, Canada

samedi 21 décembre 2019

100 mots pour une (courte) vie : Jeanne-Noéline Eppherre (1896-1899)

Jeanne-Noéline doit sans doute son prénom à sa naissance un 25 décembre. Son père, Dominique Eppherre, 44 ans, agriculteur à Aussurucq, la déclare lui-même en mairie le jour de Noël 1896 à midi. La petite fille est née une heure plus tôt dans la maison d'Etcheberria. Dominique se fait accompagner par Dominique Irigoyen, 67 ans, instituteur en retraite, le père de son épouse Elisabeth.
Noéline est la neuvième d'une fratrie qui comptera onze enfants, mon grand-père Pierre (1901-1970) étant le dernier. Elle n'atteindra pas ses trois ans puisqu'elle décèdera à Pâques de l'année 1899, le 20 avril exactement.

J'ai écrit ce billet pour répondre à la question de Sophie Boudarel de la Gazette des Ancêtres : "Et vous, avez-vous des Noël.le dans votre arbre généalogique ?". A la génération suivante, dans une autre branche d'Eppherre, à Sauguis-Saint-Etienne, un autre village souletin. Jeanne-Noëlie Eppherre a eu plus de chance que sa cousine. Elle est née le 24 décembre 1927 au foyer de Jean Eppherre et Hélène Garicoix de Sauguis et est décédée à 85 ans le 8 novembre 2012 à Orthez, entourée de ses enfants et petits-enfants...

Sources : AD64, Gen&0,  Geneanet (colgnecminsee)
Illustration : Urandia (né en 1932 à Hendaye) "Nativité Eskualdun"
  
  
   

samedi 7 septembre 2019

100 mots pour une vie : Jean-Pierre Irigoyen (1877- ?)


Le quatorzième et dernier enfant de la fratrie Irigoyen, Jean-Pierre, naît le 22 octobre 1877 alors que ses parents sont déjà âgés de 48 et 44 ans et que ses aînés ont plus de 20 ans. Lors du recensement de 1901 à Aussurucq, c’est un jeune homme célibataire qui vit chez sa sœur Elisabeth et son mari Dominique. Sa trace se perd ensuite mais, d'après la mémoire familiale, il serait parti comme berger en Argentine ou peut-être en Uruguay. Si c’est bien lui, il aurait embarqué à bord du « Ceylan » à Bordeaux le 17 octobre 1930. Depuis, rien.

Sources : AD64, Cemla
Illustration : Simeon Oiz Mendiko Artzaina (1937)

jeudi 5 septembre 2019

100 mots pour une vie : Maddie Irigoyen (1853-1871)

Aînée d’une famille de quatorze enfants, Marie dite « Maddie » Irigoyen, aurait pu être l’héritière de la maison Laxalt d’Aussurucq où elle naît le 17 février 1853. Elle va pourtant choisir une autre voie ou plutôt répondre à une voix, celle de son Seigneur. Entrée dans la Congrégation des Filles de la Croix à Bidache en novembre 1869, elle prend le nom en religion de Sœur Marie Nicéphore. 
Elle a à peine le temps de prononcer ses vœux, le 25 septembre 1871, qu'elle meurt brusquement le 23 novembre, à seulement 18 ans. Elle est inhumée au cimetière de Saint-Jean-Pied-de-Port.  

Sources : AD64
Illustration : Gallica.Bnf
Remerciements à Sœur Clotilde Arrambide de la Congrégation des Filles de la Croix à La Puye (86) pour ses précieuses informations sur Sœur Marie Nicéphore.

mardi 15 mai 2018

Quatorze enfants, quatorze destins

En cette Journée Internationale de la Famille*, j'ai choisi dans ma généalogie celle qui me semblait le mieux incarner cette mosaïque de caractères et de destins qui constitue une famille. Sociologiquement parlant, le fait qu'elle ait été issue d'une province "reculée" du Pays basque dans un 19e siècle encore largement rural, et soumise à des traditions très ancrées (primogéniture, rôle de la maison, sort des cadets...), la rendait encore plus intéressante. 

Pour cette fois, je ne m'attacherai ni au père, Dominique Irigoyen (1829-1898), instituteur, dont j'ai souvent parlé ici, ni à la mère, Marie-Jeanne Dargain-Laxalt (1833-1907), propriétaire, elle aussi déjà plusieurs fois mise à l'honneur, mais à la fratrie issue de ce couple. Mariés le 27 novembre 1851 à Aussurucq (Basses Pyrénées), ils auront quatorze enfants entre 1853 et 1877 dont dix parviendront à l'âge adulte. 

L'aînée, Marie dite "Maddie", aurait pu être l'héritière. Née le 17 février 1853 dans la maison Laxalt (ou Laxaltia), elle va pourtant choisir une autre voie ou plutôt répondre à une voix, celle du Seigneur. Entrée dans la Congrégation des Filles de la Croix à Bidache en novembre 1869, elle prend le nom en religion de Sœur Marie Nicéphore. Elle a à peine prononcé ses vœux, le 25 septembre 1871, qu'elle meurt brusquement le 23 novembre suivant, à seulement dix-huit ans.  

Curieusement, Marguerite dite Mallaïta, la suivante, née le 31 août 1854, ne se mariera pas dans son village natal mais à Saint-Just-Ibarre (Donisti Ibarre), petit village de Basse-Navarre. Couturière, elle épouse un "manech", Bernard Arruyé (ou Arruyer), brigadier-cantonnier de son état, le 12 juillet 1885. Ils n'auront pas d'enfants, et Mallaïta s'éteindra le 26 mars 1938 dans sa maison Antondeguia à l'âge de 83 ans. 

Le premier garçon de la fratrie, né le 9 septembre 1855 se prénomme Pierre. Je ne sais pas grand-chose à son sujet si ce n'est qu'il est gendarme à Lasseube, un gros bourg béarnais de 2200 habitants.  A-t-il été blessé, est-il tombé malade ? Toujours est-il qu'il meurt à trente ans, le 5 octobre 1885, dans la maison familiale "Etcheberria". Son nom figure sur le caveau de famille à Aussurucq.

Joseph, né le 16 mars 1857 à Laxaltia comme ses aînés, ne s'éloignera pas beaucoup de la famille. Le 13 novembre 1883, il épouse à Aussurucq une fille du village, Marie Carricart-Garat mais c'est dans le village voisin de Suhare qu'ils vont s'installer comme cultivateurs. Marie lui donnera huit enfants, autant de filles que de garçons et aura la douleur de perdre un fils à la guerre, tombé à Craonnelle en septembre 1915. Joseph lui, s'était éteint en 1902 dans sa maison Urruty de Suhare.

Cinquième de la fratrie, mon arrière-grand-mère Elisabeth naît le 12 avril 1858. Avec son mari Dominique Eppherre (1851-1928), originaire de Sunharette dans la Soule, ils vont avoir onze enfants dont mon grand-père Pierre, né en 1901, sera le petit dernier. Eux aussi vont perdre un fils en 14-18, Michel, mort à Verdun en 1916. Elisabeth et Dominique vont hériter de l'etxea (maison, dépendances et terres) d'Etcheberria.

Cadette d'Elisabeth de dix-huit mois, Engrâce est la seule qui va suivre les traces de son père et devenir institutrice. Sa vie m'a semblée tellement romanesque que je lui ai consacré plusieurs billets, ainsi qu'à ses deux fils, Jean-Baptiste et Dominique, victimes eux aussi de la folie meurtrière de la Grande Guerre. Comme sa sœur aînée Marguerite, Engrâce avait épousé en 1887 un gars de Saint-Just-Ibarre, Martin Brisé. Malade du coeur, elle décède le 17 avril 1916, à 56 ans.

Marianne dite Mañaña est celle dont j'ai eu le plus de mal à retrouver la trace. Née le 21 avril 1861, elle épousera un cultivateur de Musculdy, Félix Etchebest, de la maison Egnaut avec lequel elle aura trois filles. Elle repose depuis 1952 dans le cimetière de Musculdy où j'ai retrouvé récemment le caveau de la famille Etchebest "Enautenia".

Né le 22 mai 1863 dans la maison Laxalt, un deuxième Pierre y décède le 3 septembre 1873. Ces deux dates encadrent la trop courte vie de ce petit garçon mort à dix ans pour des raisons inconnues. Deux ans plus tard presque jour pour jour, naîtra un petit Martin qui ne vivra que six jours. Entre les deux, Jeanne née le 26 août 1864 aura elle, une longue vie.

La "Tante Jeanna" sera en effet d'abord gouvernante du curé-doyen de Tardets avant de s'installer dans la maison-épicerie-café dite "Zubukota" de sa nièce Julienne Eppherre (1891-1953), fille d'Elisabeth et de Dominique Eppherre. Elle rendra son dernier souffle le 22 juillet 1951 à presque 87 ans, entourée de ses nombreux neveux et nièces.

Les deux suivants, respectivement "numéros" 11 et 12 de la fratrie, Grégoire et Michel, font partie de ces très nombreux cadets partis tenter leur chance en Amérique, ce qui dans leur cas, leur a plutôt réussi. J'ai évoqué l'histoire de "Gregorio et Miguel Irigoyen-Dargain" dans deux précédents billets intitulés "Deux frères partis faire fortune au Chili".

L'avant-dernier, Jean, naît le 23 septembre 1871 à Laxaltia et décède moins de trois ans après, le 25 août 1874, à Etcheberria (la "maison neuve"). C'est donc dans ce laps de temps que mon aïeul Dominique Irigoyen fit l'acquisition-restauration de son etxondoa**. Peut-être est-ce ce pauvre petit qui, si l'on en croit la tradition orale, fit une chute dans l'escalier de la nouvelle maison et perdit ainsi la vie ?

Du quatorzième et dernier enfant, Jean-Pierre, né le 22 octobre 1877 alors que ses parents sont déjà âgés respectivement de 48 et 44 ans et que ses aînés ont plus de vingt ans, on ne sait rien ou presque.  Lors du recensement de 1901, jeune homme, il vit encore au foyer de sa sœur Elisabeth et son mari Dominique. Sa trace se perd ensuite mais d'après la mémoire familiale, il aurait émigré en Argentine. Paradoxalement, celui qui nous est le plus contemporain est celui pour lequel nous disposons du moins d'informations. Peut-être un jour... ?
*Depuis 1993, les Nations unies ont choisi le 15 mai pour marquer la Journée Internationale des Familles. L'occasion de mieux connaître les questions relatives à la famille ainsi que les processus sociaux, économiques et démographiques qui affectent les familles. Sophie Boudarel, généalogiste professionnelle, propose comme Généathème du mois de mai de nous pencher sur une famille de notre généalogie : En connaît-on tous les membres ? Quels ont été leurs parcours ? Sont-ils tous restés au même endroit ? Ont-ils eu la même destinée ?  
**Etxondoa : maison-souche
Illustration : Mauricio Flores Kaperotxipi (1901-1997)
Sources : AD 64 (état civil, actes notariés, fiches matricules, registres d'instituteurs), Gen&O, FamilySearch et mémoire familiale (merci à mon père, mes "tantes" Marie, Thérèse et Georgette, mes cousines Annie et Julienne ainsi que María Isabel et Miguel Hernan au Chili). 
Remerciements à Sœur Clotilde Arrambide de la Congrégation des Filles de la Croix à La Puye (86) pour ses précieuses informations sur Sœur Marie Nicéphore.

mercredi 2 mai 2018

Servantes et domestiques en Soule

Dans "Mémoires souletines", Philippe Etchegoyhen revient sur le fonctionnement de la maison basque, l'etxe, et consacre un passage au rôle du personnel de maison au sein de celle-ci. Les grosses fermes avaient en général mitil eta neskato, un domestique et une servante, critère de référence pour mesurer l'importance de l'etxe. Concernant plus précisément le domestique agricole, il était selon l'auteur une "variable de régulation essentielle".

Les servantes étaient souvent des "parentes pauvres" de la famille qui aidaient l'etxekandere, la maîtresse de maison, à la ferme, s'occupaient des plus jeunes enfants, et prêtaient main forte pour les travaux des champs. Dans le recensement de 1856 du village d'Aussurucq, j'ai tenté en vain d'identifier la servante de la maison Lohitçun. 

A cette date, vivent dans cette maison du bourg, Joseph Lohitçun et sa femme Marie Etcheber (mes sosas 78 et 79). Septuagénaires tous les deux, ce sont les "maîtres vieux". Ils cohabitent alors avec leur fils Pierre, âgé de 38 ans et sa femme Marie Ihitz, 43 ans, les "maître jeunes", parents de deux garçonnets de cinq et deux ans. Une servante prénommée Catherine, âgée de treize ans, complète le tableau.

Je n'ai trouvé dans les archives de la commune aucune Catherine Lohitçun née autour de 1843 mais il n'était pas rare que le domestique prenne le nom de la maison où il ou elle était placé. Au recensement suivant, 1861, une servante de dix-huit ans est présente au foyer mais cette fois, elle se nomme Engrâce Lohitçun. Sa trace s'est perdue également mais qui sait, Catherine et Engrâce étaient peut-être une seule et même personne ? On n'attachait pas autant d'importance aux prénoms à cette époque qu'aujourd'hui et les erreurs de transcription sont toujours possibles...

Une autre maison emploie une servante mais cette fois, celle-ci a une "identité" plus nette. Mon arrière-arrière-grand-mère, Marie-Jeanne Dargain, 22 ans, petite-fille des précédents, occupe en effet la maison Laxalt, héritée de son père, Pierre Dargain (1800-1853), décédé trois ans auparavant. En 1856, Marie-Jeanne est mariée depuis cinq ans avec Dominique Irigoyen, l'instituteur du village, et ils ont trois enfants, Maddy, trois ans, Marguerite, deux ans et Pierre, un an. Le quatrième, Joseph, est en route !

Marie-Jeanne est épaulée par sa petite cousine, Marianne Argain, treize ans. Orpheline, son père Pierre Argain (1808-1855), cousin germain de Pierre Dargain, était lui-même un cadet et avait été placé comme domestique avant d'être journalier. Sur son acte de décès, il apparaît comme cultivateur ce qui laisse supposer qu'il a acquis un peu de terres à lui. Sa femme, Catherine Oyhamburu Harchoury (1811-1849), était morte un soir de Noël alors que Marianne n'avait que six ans.

Cette année 1856, toujours d'après le recensement, 50 garçons sont inscrits dans l'école publique dirigée par Dominique (20 filles dans l'école des filles). Par ailleurs, mon aïeul fait comme souvent, office de secrétaire de mairie dans une commune qui compte alors 662 habitants et traduit également des textes basques en français. De son côté, Marie-Jeanne est propriétaire de terres héritées du côté paternel comme maternel. L'aide d'une servante n'est donc pas superflue !   

 
Faisons à présent un bond en avant de quarante ans ! Nous sommes en 1896. Les Irigoyen se sont installés à Etcheberria désormais, l'etxondoa ou maison-souche de la famille. En ce 19e siècle finissant, on retrouve Dominique Irigoyen, 69 ans, instituteur retraité, sa femme Marie-Jeanne, 62 ans, leur fille Elisabeth, 38 ans et son mari, Dominique Eppherre, 44 ans, cultivateurs. Ce sont mes arrière-grands-parents.

Ils ont déjà sept enfants, trois filles et quatre garçons, âgés de treize, onze, neuf, huit, six, quatre et un an. Ce petit dernier (pour le moment), Michel, perdra la vie à Verdun en 1916. En plus de cette déjà grande fratrie, deux soeurs aînées d'Elisabeth, non mariées, Marianne, 35 ans et Jeanne, 32 ans et un petit frère, Jean-Pierre, 18 ans, vivent sous le même toit. Ces célibataires adultes encore à la maison sont appelés etxekoseme pour les garçons et etxekalaba pour les filles. Encore une "variable d'ajustement" pour ces familles à géométrie très variable !

Plus de servante désormais, on suppose que les soeurs célibataires et la grand-mère aident Elisabeth à tenir sa maison. En revanche, la quinzième personne recensée en 1896 dans l'etxe est un domestique âgé de 26 ans. Né en 1870 à Garindein, Jacques Urruty, laboureur de son état, épousera en 1911 une fille d'Aussurucq. Pour l'heure, il assiste Dominique Eppherre, déjà aidé de son beau-frère et sûrement encore de son beau-père, à cultiver les terres de la famille et à élever le bétail. Les enfants sont encore petits mais participeront bientôt à l'économie familiale.

A ce propos, dans son ouvrage très instructif (op.cit.), Philippe Etchegoyhen explique que les garçons devenaient domestiques après leur communion, vers douze ou treize ans. Le jeune domestique (eskü makila) était logé, nourri et recevait une paire de sabots et un petit salaire annuel. Toutes les fermes même les plus modestes, pouvaient envisager d'engager un jeune domestique agricole. Il n'était pas rare que quelques années plus tard, la même ferme place ses propres enfants ailleurs dans les mêmes conditions ! 

Le contrat courait pour une durée d'un an et le "mercato" des domestiques se tenait alors à la Saint-Martin, le 11 novembre. Mais certains pouvaient rester des années dans la même maison, ils s'attachaient aux enfants et savaient se rendre indispensables, ce qui parfois n'allait pas sans heurts avec les "maîtres jeunes"...

Illustrations : 1-Servante (anonyme) -  2-Valentin de Zubiaurre (1879-1963)
Sources : AD64 (Etat civil et recensements), Gen&O.
Bibliographie : Mémoires souletines (Vol 1. Villages de la vallée) de Philippe Etchegoyhen, éditions Elkar.  

mercredi 28 février 2018

Destins brisés (II)

Dominique Brisé sort de l'Ecole Normale de Pau le 30 septembre 1911. Le rapport de la sous-commission d'aptitude qui l'inspecte alors qu'il est instituteur-stagiaire à Suhescun, est élogieux. Il a en charge une classe de trois niveaux de 30 élèves, dont 29 assidus, qui ont de "bonnes habitudes". Et leur maître fait des "efforts très sérieux pour les amener à parler français."  

Le rapport d'inspection le juge "sérieux et travailleur, précise "qu'il réussira mieux à la campagne qu'à la ville" et rend un avis favorable pour l'obtention à la prochaine rentrée d'un poste à Bunus, près de Saint-Just. Là même où sa mère Engrâce Irigoyen, a terminé sa carrière.

Cependant, tout comme son aîné, Dominique est rapidement appelé sous les drapeaux et le 1er octobre 1912, il arrive à son tour à la Caserne Bernadotte de Pau pour rejoindre le 18e RI. En février suivant, passé caporal, il suit les cours à l'Ecole Normale de gymnastique et d'escrime de Joinville dont il obtient le diplôme dans l'année 1913. 

Si l'on se fie à leurs registres militaires, les deux frères semblent jumeaux : 1,60 m, cheveux châtains, yeux gris chez Jean-Baptiste et "châtains clairs" chez son cadet. Le front de l'aîné est peut-être plus dégarni ou bien doit-on sa description à un fonctionnaire plus zélé... 

Le 6 août 1914, trois trains quittent Pau pour le front avec à leur bord, trois bataillons, composé chacun d'un état-major et de quatre compagnies, au total 3326 hommes et gradés sous les ordres du colonel Gloxin. Les frères Brisé, âgés de vingt-cinq et vingt-trois ans sont parmi eux. Les 7 et 8 août, le train fait des étapes à Coutras, Orléans et Troyes, où une grosse avarie dans le convoi précédent bloque les voies.

Le baptême du feu a lieu du 21 au 23 août à Charleroi, en Belgique. Le 18e RI se retrouve ensuite aux premières lignes de ce que les historiens appelleront "la première bataille de la Marne". Le 16 septembre, c'est le combat de la Ville-aux-Bois. Au milieu de la nuit, sept compagnies du 18e RI sont rassemblées au nord de Pontavert. 

Au petit matin, quand elles atteignent les premières maisons de la Ville-aux-Bois, l'artillerie allemande arrose le village et le bois, infligeant des pertes "sensibles" au 18e. Ce jour-là, le Caporal Dominique Brisé disparaît au combat. Du 16 au 18 septembre, le régiment va perdre 1477 hommes.

D'après sa fiche matricule, Dominique Brisé est "tué à l'ennemi" avant le 30 octobre 1914, et "inhumé par les soins des autorités allemandes." 

Jean-Baptiste poursuit sa vie et sa guerre sans lui. Mais jusqu'à quand ?     
[A suivre...]

Illustration : Caserne Bernadotte de Pau et Monument "A la gloire du 18e Régiment d'Infanterie", carte postale non datée, Delcampe.net.
Sources : AD64, Registres militaires du 64, Dossiers d'enseignement de Dominique Irigoyen consultable aux Archives départementales de Pau (64). Mémoire de l'Amicale Royale Auvergne "Sur les lieux de combats du 18e RI de 1914 à 1918".

Destins brisés (I)

Il m'était impossible après avoir pris la plume au nom de mon arrière-grand-tante Engrâce Irigoyen de ne pas évoquer ses deux fils Jean-Baptiste et Dominique Brisé, instituteurs comme elle, avant d'être broyés comme tant d'autres par la Grande Guerre...

Quelques mois après la mort de sa petite fille Marie-Jeanne, l'institutrice de l'école des filles de Saint-Just-Ibarre attend un autre enfant. Le 7 août 1889, naît dans la Maison Irigoin, un garçon prénommé Jean-Baptiste que l'on surnommera, j'imagine, Battitta. Deux ans après, jour pour jour, le 7 août 1891, il est suivi d'un frère auquel on donne le prénom de son grand-père maternel, Dominique.

Je suppose que l'enfance des deux frères se passe tranquillement dans le petit village de Saint-Just, entre l'école, l'atelier de leur père, menuisier-charpentier, sans oublier l'église où leur instituteur les conduit pour les leçons de catéchisme. Peut-être ont-ils parfois le droit d'entrer dans le café que tient leur tante paternelle aidée de leur père, mais rien n'est moins sûr...

Comment vivent-ils la mise à l'écart de leur mère en 1899, contrainte de quitter Saint-Just pour Ibarrolle ? Ont-ils la "boule au ventre" au moment de quitter le cocon familial pour l'école normale de Pau-Lescar, que Jean-Baptiste rejoint le 1er octobre 1906 et Dominique à la rentrée 1908 ? Ils en ressortent l'un et l'autre au bout de trois ans munis de leurs brevets élémentaire et supérieur ainsi que d'un certificat d'aptitude à enseigner.

Jean-Baptiste est évalué pendant l'année scolaire 1909/10 alors qu'il est en poste à l'école publique de garçons de Tardets en tant qu'instituteur adjoint. L'appréciation est très laconique... De toute façon, très vite, il est mis en congés pour cause de service militaire qu'il effectuera au 18e Régiment d'Infanterie de Pau puis à Paris. Il est renvoyé dans ses foyers en septembre 1912 avec un certificat de bonne conduite.

Une passion anime désormais "Battitta", le rugby à XV, qu'il pratique d'abord avec le Sport athlétique mauléonais puis au Scuf* pendant son service. C'est sous ce maillot qu'il dispute le 20 avril 1913 la finale du championnat de France** contre l'Aviron Bayonnais. Les Basques l'emportent 38 à 10 contre les Parisiens, ce qui dût être pour lui une petite consolation...  

A-t-il vraiment la vocation d'instituteur ? En dehors de ses exploits sportifs, on le retrouve à la fin de l'année 1913 pendant au moins quatre mois à Cañete au Chili où il rend visite aux deux frères de sa mère, Grégoire et Michel Irigoyen. Dans son dossier d'instituteur est également conservée une demande acceptée de congés pour convenance personnelle du 1er novembre 1913 au 30 septembre 1914. A-t-il songé à émigrer à son tour ? Ou à poursuivre sa carrière rugbystique ?

Le 1er août 1914, l'ordre de Mobilisation Générale le rattrape et le 2, il rejoint son régiment à Pau...
[A suivre]
* Sporting Club Universitaire de France
** Actuel Top 14

Illustration : Ecole normale d'instituteurs de Pau-Lescar, carte postale non datée, archives départementales des Pyrénées-Atlantiques.
Sources : AD64, Registres militaires du 64, Dossiers d'enseignement de Jean-Baptiste et Dominique Irigoyen consultables aux Archives départementales de Pau (64). Wikipedia et Scuf (pour la partie rugby)

samedi 24 février 2018

Les dernières prières d'Engrâce

Saint-Just-Ibarre, lundi 20 mars 1916
Ma très chère Elisabeth,

C'est avec un immense chagrin que j'ai appris que ton fils Michel était porté disparu à Verdun. Avec trois fils à la guerre, je sais qu'on ne vit plus, on survit dans l'attente de la mauvaise nouvelle qui viendra nous crucifier. Nous-mêmes, comme tu le sais, avons perdu notre Dominique dès septembre 1914 et je me bats depuis pour qu'on nous rende son corps mais j'ai bien peur de ne plus être là pour l'accueillir.

Ma santé décline de jour en jour, je me sens tout le temps oppressée, j'ai parfois l'impression d'étouffer, et mes pauvres jambes sont tellement percluses d'oedèmes qu'elles ne me portent plus. Je suis retournée consulter à Mauléon ce cher Docteur Casamayor de Planta mais il ne s'est pas montré très optimiste. Je ne me m'accroche que dans l'espoir d'une prochaine permission de Battitta*.

Quelle horreur cette guerre ! Je n'ose plus sortir de peur de croiser une de mes anciennes élèves endeuillée par la perte d'un frère ou d'un fiancé. J'évite notre maire même si je le plains sincèrement de la cruelle mission qui est la sienne.  Je ne vais même plus à la messe, je reste recluse dans ma chambre à prier. 

Je prie, ma chère soeur, pour que ton Michel soit prisonnier quelque part et qu'il te revienne. Je prie pour que le corps de mon fils repose enfin dans la terre qui l'a vu naître. Je prie pour que les trois fils de notre frère Joseph qui a déjà connu la douleur d'en perdre un, soient épargnés. Je prie pour que tous mes neveux et mon fils bien-aimés rentrent sains et saufs. Je prie pour tous ces jeunes de nos villages si loin de leur pays, et pour que cessent les larmes de leurs mères...

S'il faut donner ma vie en échange de la leur, alors je la donne volontiers.

Avec toute mon affection.

Ta soeur dévouée,
Engrâce Irigoyen   

Epilogue : Engrâce Brisé meurt le 17 avril suivant dans sa cinquante-septième année, probablement des suites de son hyposystolie diagnostiquée en 1911. Elisabeth l'apprendra (peut-être) dans une lettre de son beau-frère Martin, ce que j'ai raconté dans mon premier rendez-vous ancestral. 
Martin Brisé se remarie le 23 décembre 1918 à Saint-Just-Ibarre avec une certaine Charlotte Haramburu de 40 ans sa cadette. J'ignore s'ils ont eu des enfants. 
Le sous-lieutenant Jean-Baptiste Brisé* est "tué à l'ennemi" à Craonne le 4 juin 1917. De cette génération, neuf cousins germains ont combattu pendant la première guerre mondiale, trois sont décédés, deux ont été grièvement blessés, quatre sont revenus indemnes mais sûrement marqués à vie... 

Illustration : Henri Lerolle, La Lettre, 1890.
Sources : AD64 ; Livrets militaires du 64 ; Dossier d'enseignement d'Engrâce Brisé née Irigoyen (1859-1916) consultable aux Archives départementales de Pau (64) ; sur l'hyposystolie : Dictionnaire médical ; Biographie du Dr Auguste Casamayor Dufaur de Planta (1872-1921) : Réseau des Médiathèques de l'agglomération de Pau

mercredi 21 février 2018

Un jugement de Salomon

Saint-Just-Ibarre, jeudi 5 janvier 1899
Ma très chère Elisabeth,

Jusqu'à la dernière minute, j'ai espéré que ma Sainte patronne intercéderait pour moi mais si les voies du Seigneur sont impénétrables celles de notre inspecteur d'académie sont hélas prévisibles et immuables ! Ce matin, son dernier courrier m'intimait l'ordre de rejoindre le plus tôt possible mon nouveau poste à Ibarrolle ! 

Ibarrolle ! Gaichoua ! Même pas deux cents habitants, deux fois moins qu'Aussurucq ou Saint-Just ! Voilà comment on me remercie de vingt-cinq ans d'enseignement et seize années à la tête de l'école des filles de Saint-Just ! Mon école était bien tenue, fréquentée par une trentaine d'élèves, un des taux de scolarisation les plus élevés et rentables du canton, et sais-tu quel argument m'oppose cet inspecteur ? 

"Votre nomination à Ibarrolle n'a nullement été provoquée par la plainte dont vous avez été l'objet mais pour des motifs purement scolaires. L'administration désireuse de ramener le calme dans la commune de Saint-Just depuis trop longtemps agitée par la mésintelligence qui régnait entre l'instituteur et l'institutrice, a jugé absolument nécessaire le changement simultané des deux maîtres qui donnaient à leurs élèves et à la population un fâcheux exemple de désaccord." 

Notre cher père* aurait dit : "Un beau jugement de Salomon !" Parlons-en de cette plainte. Elle a été arrachée à de braves pères de famille qui pour certains ne savaient ni lire ni écrire. Mon collègue Monsieur Jauréguy qui avait depuis longtemps perdu la confiance des parents à cause des mauvais traitements infligés à ses élèves, avait fait l'objet d'une première pétition en août dernier demandant son départ. Pour lui, la messe était dite, il allait partir.

Parce que sa classe était déserte et la mienne fréquentée, il nourrissait une profonde jalousie à mon égard, traduite par d'incessantes insultes et tracasseries. Aussi, sa dernière manoeuvre, son "coup de pied de l'âne", fut de m'entraîner dans sa chute en obtenant mon déplacement en même temps que le sien. 

Un jour de novembre, à la sortie de la messe (!), le conseiller municipal Iribarne, ami zélé de l'instituteur, réunit une cinquantaine de parents d'élèves et leur proposa de pétitionner pour empêcher ce dernier d'être déplacé trop loin et dans de trop mauvaises conditions. La plupart ne comprenant pas la teneur du texte, ne se rendit même pas compte qu'ils me condamnaient à partir. Imagine-toi, même le beau-frère de mon mari l'a signée ! 

Pour l'inspecteur, la cause était entendue. Malgré plusieurs courriers du conseiller municipal Etcheverry, mon meilleur avocat dans cette lamentable affaire, l'intervention à deux reprises du sous-préfet et même - paraît-il - un mot du député, il a préféré me sacrifier... 

Le 31 décembre, je lui ai moi-même écrit. Je me suis adressée à lui comme une mère de famille, contrainte de laisser ses deux garçons de neuf et sept ans, comme une épouse dont le mari a depuis longtemps sa clientèle ici et ne peut donc la suivre, comme une enseignante consciencieuse dont le succès aux examens de ses élèves a montré son investissement depuis tant d'années, rien n'y fit.

Voilà ma chère soeur, je n'ai plus d'autre choix que de me rendre à Ibarrolle, un village qui, même s'il n'est pas très loin d'ici, m'est totalement étranger. Mais je ne m'avoue pas vaincue et demanderai très vite ma réintégration à Saint-Just**. 

Vous espérant tous en bonne santé,
Bien à toi.

Ta soeur dévouée,
Engrâce Irigoyen 

*   Dominique Irigoyen, lui-même instituteur, est décédé le 9 juin 1898.
** Madame Brisé restera 9 mois à Ibarrolle. En septembre 1899, elle rejoint son dernier poste à Bunus, commune limitrophe et de même taille que Saint-Just-Ibarre. Elle y passera 12 ans et prendra sa retraite le 1er janvier 1912.

Lexique : Gaichoua : expression qui peut se traduire par "bon sang !"
Illustration : Jose de Almeida Jr, 1899.
Sources : AD64 Dossier d'enseignement d'Engrâce Brisé née Irigoyen (1859-1916) consultable aux Archives départementales de Pau (64).

lundi 19 février 2018

Elisabeth reçoit une lettre

Saint-Just-Ibarre, vendredi 4 mai 1888 
Ma très chère sœur,

Tu as dû apprendre par notre père et notre sœur Marguerite* que j'ai été bien souffrante, ce qui explique mon silence. Nous avons en effet eu mon mari et moi l'immense chagrin de perdre notre premier enfant, une petite fille née le 14 du mois dernier, soit un an pile après notre mariage. Nous l'avons aussitôt baptisée et lui avons donné le prénom de notre chère maman, Marie-Jeanne.

Hélas, la pauvrette était de faible constitution et elle nous a été reprise au bout de quatre petits jours. Martin était dévasté, moi-même victime de fièvres puerpérales, et délirant plusieurs jours après la délivrance, je n'ai pas réalisé tout de suite qu'elle était partie, pauvre petit ange, que Dieu la garde à ses côtés !

Le 27, Monsieur Brisé, mon époux, a écrit à l'inspecteur d'académie demandant pour moi un congé, indiquant que même si j'étais en voie de guérison, je restais encore faible et dans l'incapacité de reprendre mon poste d'institutrice à l'école des filles. Entre temps, comme tu le sais sans doute, notre père s'est proposé de me remplacer au pied levé vu qu'il est à la retraite.

L'inspecteur, jugeant sûrement cet arrangement providentiel, nous a répondu sans tarder et m'a autorisée à prendre un congé du 1er au 19 mai. Je ne te cache pas que faire la classe à mes chères élèves alors que je venais de perdre ma petite fille était au-dessus de mes forces. Je sais qu'elles seront sans doute surprises d'avoir un maître, elles qui n'ont connu que moi, mais le fait qu'il s'agisse de mon aïta devrait être de nature à les rassurer...     

J'espère que mon collègue de l'école des garçons, Monsieur J., avec lequel je ne suis pas dans les meilleurs termes ne lui mettra pas de bâtons dans les roues mais j'ai confiance en l'aménité de notre cher père et imagine que la réputation de ses états de service le préviendra de toute tentation de malveillance. Avoir notre père à la maison m'est aussi un réconfort, il a toujours été si sage !

Voilà ma chère sœur, les tristes nouvelles que j'avais à t'apporter. J'espère que Monsieur Eppherre, mon beau-frère, que tu salueras de ma part, ne se tue pas à la tâche et que toi-même, tu t'en sors avec tes quatre petits. Comment se porte la petite Marie ? Fait-elle ses nuits ? Embrasse-les tous pour moi ainsi que notre chère Maman.

Ta soeur dévouée,
Engrâce Irigoyen   

* Une soeur aînée d'Elisabeth et d'Engrâce, Marguerite âgée alors de 34 ans, est mariée avec le chef cantonnier de St Just-Ibarre, Bernard Arruyé. Le couple n'a pas d'enfant (et ne semble pas en avoir eu par la suite). Elisabeth, 30 ans, mon arrière-grand-mère est mariée avec un cultivateur d'Aussurucq, Dominique Eppherre, et a déjà quatre enfants nés entre 1882 et 1888. Elle vit avec ses parents, Dominique Irigoyen, instituteur public en retraite, et Marie-Jeanne Dargain, propriétaire, dans la maison Etcheberria d'Aussurucq.    

Lexique : Aïta : papa (Ama : maman)
Illustration : Johannes Weiland, 1870
Sources : AD64 Dossiers d'enseignement de Dominique Irigoyen (1829-1898) et Engrâce Brisé née Irigoyen (1859-1916) consultables aux Archives départementales de Pau (64). Un grand "milesker" à Nicolas Urruty !     

samedi 20 mai 2017

Histoire d'un rendez-vous manqué

Carte postale ancienne Delcampe.net
Bientôt deux heures que je suis seule dans cette petite salle du Château de Ruthie. Devant moi, étalés sur la table, une douzaine de registres reliés en cuir rouge que m'a apportés la secrétaire de la mairie d'Aussurucq. Deux heures que je déchiffre des écritures des siècles passés et qui, mis bout à bout, résument une vie : on naît, on se marie, on a des enfants, on meurt. 

J'ai un peu chaud, ma vue se brouille, mes pensées vagabondent de plus en plus... Soudain, des bruits de voix dans la pièce d'à côté :
"Mais enfin, mon Père, vous pensez qu'ils vont bientôt arriver ? C'est que je n'ai pas que ça à faire moi, on m'attend à l'étude !
- Ne vous inquiétez pas, Maître, Monsieur l'instituteur est homme de parole".   

Je glisse un œil par la porte entrebâillée. J'ai beau savoir que le château servait de presbytère avant d'abriter la mairie, qu'elle n'est pas ma surprise de voir un curé en soutane devisant avec un gentilhomme en habit semblant tout droit sorti d'un roman de Balzac ! De plus en plus irrité, celui-ci se saisit d'un porte-plume et commence à écrire tout en énonçant pour l'auditoire :

"Aujourd'hui, 6 octobre 1856, par devant nous Jean Casenave, notaire à la résidence de Mauléon, chef-lieu du troisième arrondissement des Basses Pyrénées furent présents la dame Engrace Iribarne appelée aussi Sorçaburu ou Sagaspe, travaillant au métier de tisserante (sic) résidant en ladite commune d'Aussurucq et..."

A ce moment, j'aperçois une femme que je n'avais pas vue, la quarantaine, coiffée d'un mouchoir de tête blanc et chaussée de sabots de travail. A ses côtés, un homme du même âge vêtu de la traditionnelle chamarra* noire et le béret posé sur l'occiput. 

"Ah les voilà ! s'écrie l'homme d'église, je vous l'avais bien dit, Maître." Il n'a pas l'air en forme notre brave curé, sa mine est grise et son souffle court quand il accueille ses ouailles, un jeune couple que je reconnais aussitôt sans les avoir jamais vus : mes arrière-arrière-grands-parents, Dominique Irigoyen, instituteur du village, 27 ans, présente ses excuses au notaire, sa jeune femme Marie-Jeanne Dargain-Laxalt s'est sentie soudain souffrante.  

J'ai bien envie d'aller les saluer mais je ne pense pas que ce soit du goût de l'homme de loi. Je devine la raison de l'indisposition de ma chère aïeule, je sais qu'elle est enceinte de quatre mois, un petit Joseph s'annonce pour le printemps prochain. Et qu'elle est déjà fatiguée par ses petites Marie, 3 ans, Marguerite, 2 ans et le bébé Pierre, un an, alors qu'elle-même n'a que 22 ans. Ce qu'elle ignore, c'est que ce ne sont que les premiers de ses quatorze enfants, elle une fille unique !

Sa présence s'explique car c'est elle l'héritière des terres dont parle le notaire en poursuivant maintenant que tous les protagonistes sont là : les deux témoins, le Père Pierre Etchegoyhen-Etcheverry, desservant de la paroisse, et le sieur Dominique Necol dit Jaureguiberry, charpentier, les vendeurs et l'acheteuse. La transaction porte sur une pièce de terre labourable de dix-huit ares vingt centiares (1820 mètres²) appelée "Guessaltia" cédée pour la somme de trois cents francs.

Tous signent l'acte de vente à la suite du notaire, sauf l'acquéreuse qui ne sait pas écrire, et chacun repart vaquer à ses occupations. Je ferais bien un bout de chemin avec mes aïeux mais malgré son jeune âge, Dominique m'impressionne, quant à Marie-Jeanne, elle a l'âge d'être ma fille. Alors, je les regarde prendre la direction de la maison Laxalt en traversant le terrain devant le château qui bientôt abritera un fronton où leurs descendants joueront des années durant à la pelote.

La porte s'ouvre soudain sur la secrétaire de mairie qui m'annonce que celle-ci va bientôt fermer et me demande si j'en ai encore pour longtemps. Un doute me gagne : me serais-je assoupie ?

Epilogue : Mon intuition était bonne, deux jours après cette scène, deux voisins sont venus en mairie signaler que le "pasteur de brebis" du village, le Père Etchegoyhen, s'était envolé au Royaume des Cieux. Quant à mes ancêtres, ils seraient sans doute surpris d'apprendre que sur cette terre de Guessalia, l'un de leurs arrière-arrière-petits-enfants, mon cousin Dominique, a bâti sa maison...

Sources : AD64 (état civil et archives notariales de l'Etude IV de Mauléon, Pyrénées Atlantiques), association Ikarzaleak pour l'histoire du château de Ruthie et mémoire paternelle. 
Lexique : *Chamarra : veste courte noire à une ou deux fermetures portée autrefois en Soule et Basse Navarre.
Ce billet a été réalisé dans le cadre du RDV Ancestral, un projet d'écriture mêlant littérature et généalogie. La règle du jeu est la suivante: je me transporte dans une époque et je rencontre un aïeul. Pour retrouver mes précédents billets sur ce thème, suivre le libellé #RDVAncestral.