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mercredi 8 avril 2020

Monographie d'une commune basque : Aussurucq (VI)

Quel est le rapport entre l'Ecole Normale Supérieure de Fontenay-aux-Roses fondée en 1880 et chantée par Maxime Le Forestier, et Aussurucq ? A mi-chemin entre mon billet sur l'école et celui sur l'église, plusieurs articles de Gallica ont mentionné le nom du village associé à un certain Félix Pécaut. Né Jean Pécaut à Salies-de-Béarn, le 3 juin 1828, Félix Pécaut est le fils de Pierre Pécaut, un fabricant de chocolat béarnais, et de Félice Beigbeder. 

Pasteur, membre du consistoire protestant, Pierre Pécaut est pour le moins un original qui décide d'envoyer son fils premier né âgé de 7 ans à Aussurucq, officiellement pour y apprendre le basque ! Pour ce faire, il logera chez l'instituteur de la commune, Jean Iribarne. A la mi-septembre 1835, l'enfant arrive donc au village avec une mission quasi christique : apporter la bonne nouvelle.

Curieux mélange de genre que cette immersion d'un petit protestant (autant dire hérétique aux yeux des villageois), dûment accrédité par le sous-préfet des Basses-Pyrénées de l'époque, logé chez l'instituteur laïc et qui, très vite, a maille à partir avec le curé avec qui il débat de "choses saintes et de la Bible". Le futur journal de son fils, Elie Pécaut (1854-1912), évoquera même deux "controverses théologiques." Pas moins ! 

Très vite, le scandale éclate et dès le 22 septembre, le Maire d'Aussurucq, Monsieur Sagardoy, écrit à Pierre Pécaut en ces termes : "Lorsque j'appris que votre fils devait venir auprès de notre instituteur, je ne croyais pas qu'on aurait attaché à sa présence ici une si vive importance. Mais aujourd'hui que votre enfant est devenu le sujet de troubles et de divisions dans la commune, je vous prie de nous le retirer." Cependant, Félix y restera au moins jusqu'à janvier 1836 et ne fera aucune allusion à l'hostilité ambiante dans les six lettres qu'il écrira à ses parents. 

Devenu inspecteur général de l'Instruction publique sous Jules Ferry,  Félix Pécaut contribue à la fondation de l'ENS de Fontenay-sous-Bois aux côtés de Ferdinand Buisson. Il sera le premier Directeur de cette école chargée de former entre 40 000 et 50 000 institutrices dont la France avait besoin en cette fin du 19e siècle dans sa marche vers la laïcisation de l'école.

Mais revenons à Aussurucq, ou plutôt empruntons les pas de Félix Pécaut, alors en tournée d'inspection dans le Pays basque où il revient en 1880. Il écrit à sa fille Berthe Pécaut épouse Carrive (1860-1920) : "J'arrive d'Aussurucq, où l'instruction est loin d'avoir bougé depuis que j'y étais à l'école, en 1835. J'ai revu le porche de l'Eglise, où étaient nos bancs, la maison où j'arrivai tout enfant sur une ânesse aveugle, la petite place où, assis sur un quartier de roc, je racontais à un vicaire émerveillé les longues histoires de la Bible." [...] 

Et de conclure de façon lapidaire : "Le pays est très réactionnaire. Comment ne le serait-il pas ? Il ne lit rien ; il n'entend que le prêtre. Il faudrait vingt ans d'efforts suivis pour modifier profondément cette situation. Les pères de famille, mes camarades de 1835, suivent l'exemple de leurs devanciers en fait d'indifférence."

A ce moment-là, mon trisaïeul Dominique Irigoyen est encore en poste et vit une fin de carrière compliquée où rappelons-le, il est chantre à l'église, et en bien meilleurs termes avec le curé qu'avec le maire... On l'a un peu oublié mais à cette époque, l'école était un enjeu crucial entre le Clergé et la République. Vingt -cinq ans plus tard, la question sera en partie réglée avec la Loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat.

A suivre...

Illustrations : ENS Fontenay-aux-Roses : delcampe.net
Portrait de Félix Pécaut : Wikipedia.
Autres sources : AD 64, Gallica Presse et Médias 
Généalogie de Félix Pécaut sur Geneanet
Sur Félix Pécaut : Lucien Carrive, "Un épisode des conflits religieux en 1835 : Félix Pécaut à Aussurucq", Bulletin du CEPB, Pau, Centre d'étude du protestantisme béarnais, série n°18,‎ 

vendredi 4 décembre 2015

Cousines à la mode ... du Pays Basque

Pastorale à Alçay -  Ed. Ichoureguy
En 2010, je vivais dans un pays lointain et, à peu près à la même époque, je m'étais inscrite sur un réseau social connu. Comme le font nombre d'entre nous, je recherchais aussitôt les personnes portant le même nom de famille que moi, d'autant que le mien est plutôt rare. C'est ainsi que commença mon amitié "virtuelle" avec Noëlle.

Quand j'ai commencé la généalogie, je lui ai posé quelques questions sur ses origines, persuadée peut-être de façon présomptueuse que j'arriverais à établir que nous étions "cousines". Mais de même que mon arrière-grand-père était une "pièce rapportée" à Aussurucq, le grand-père de Noëlle avait fait souche à Sauguis en épousant une aînée Garicoix. Dans un de mes premiers billets, je m'autorisais à traiter mes ancêtres de "coucous" bien que notre nom signifie "perdrix" mais il est vrai que les cadets basques n'avaient pas beaucoup de choix...

Une fois de plus, ma bonne fortune passa par les livrets militaires. Je trouvai celui d'un Jean Eppherre, né le 17 janvier 1893 à Alçay, fils de Jean Eppherre et de Marie-Anne Iribarne. Jean, nous apprend son livret, a été pendant la grande guerre affecté au service auxiliaire pour cause de forte myopie. Dans la marge, je notais la mention d'une adresse en 1939 chez Garicoit (sic) à Sauguis. Noëlle se renseigna auprès de ses tantes qui confirmèrent qu'il s'agissait bien du grand-père.

Sachant que ma propre branche venait d'Alçay et de Sunharette (les deux villages ont été regroupés avec un troisième en 1833 et forment depuis la commune souletine d'Alçay-Alçabehety-Sunharette*) reconstituer notre parenté n'était plus qu'affaire de patience. Je retrouvai d'abord  l'acte de mariage des parents de Jean et l'acte de naissance de son père prénommé Jean aussi, et exerçant la profession de meunier.

Jean Eppherre, l'arrière-grand-père de Noëlle donc, est né le 15 septembre 1861 dans la "maisonnette" de Methola. Il se marie le 26 janvier 1891 avec Marie-Anne Iribarne, d'Alçay elle aussi. Outre Jean, la fratrie comptera Raymond (1892-1980), marié à Marguerite Onnainty, Sébastien (1898-1936) marié à Marie Houret, et Magdeleine (1900-1928), mariée à Jean-Pierre Lartigue. Peut-être d'autres que je n'ai pas trouvés... 

Et le lien avec moi me direz-vous ? J'y viens. Ce Jean était le fils de Jean-Pierre Eppherre dit Recalt (Sunharette,1818-Alçay,1888) et d'Engrâce Jauréguiberrry dite Luherry (Lacarry,1824-Alçay,1878). Lequel Jean-Pierre (ou Pierre selon son acte de naissance le 6 novembre 1818) est le frère cadet de Raymond Eppherre dit Harismendy (Sunharette, 1817-1896), mon arrière-arrière-grand-père (sosa 16).

Noëlle et moi sommes donc cousines parce que nos arrière-arrière-grands-pères étaient frères. Cousines lointaines, certes, mais cousines !

* Je m'y suis rendue en avril dernier, chacune a son église et son cimetière. L'église d'Alçay est ravissante !