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dimanche 25 octobre 2020

Quand un ancêtre "invisible" rajoute une branche à notre arbre

Dans un récent webinaire de MyHeritage, la conférencière Elise Lenoble énumérait les nombreuses sources permettant au généalogiste de retracer la vie d'un ancêtre "invisible". Mais d'abord, qu'entend-on par ancêtre invisible ? Juste quelqu'un qui, peut-être comme vous et moi, n'a jamais fait parler de lui de son vivant, que ce soit en bien ou en mal, n'a jamais connu comme le chantait si bien Brassens les "trompettes de la renommée", et dont la vie se résume à trois dates - et encore ! - de notre arbre : naissance, mariage et décès.

Ainsi de Pierre surnommé "Cadet" Apeceix dit Iriart. Dans mon arbre, c'est un collatéral très éloigné. Quand j'ai commencé ma généalogie, je ne m'intéressais pas vraiment à ces branches "secondaires" mais comme je partage mon arbre sur Geneanet, je pars du principe que ce qui ne me sert pas vraiment servira à d'autres. Et inversement.  

Les registres sous l'Ancien Régime étant très lacunaires pour les Pyrénées Atlantiques, je me sers énormément des minutes notariales. Nous, généalogistes basques et béarnais, avons la chance inouïe qu'elles aient été numérisées et accessibles sur le site des AD 64. Les plus anciennes remontent au 16e siècle mais on considère que les minutiers sont assez complets à partir de la moitié du 17e. 
Notre Pierre, donc, naît à Sunharette vers 1788 dans la maison Iriart de ce village de 121 âmes*, berceau d'une partie de ma famille souletine. Comme 90% des habitants, ses parents sont cultivateurs. Son père est son exact homonyme, Pierre Apeceix (son patronyme) dit Iriart (son domonyme). Sa mère, Marie Recalt dite Iriart, est native de Sunharette. Sauf erreur de ma part, ils ont eu sept enfants parvenus à l'âge adulte.
L'aînée, et future héritière de la maison, Marie, est la seule dont j'ai retrouvé l'acte de baptême, lequel indique qu'elle est née un 1er janvier (comme moi !) de l'année 1780. Elle et ses cadets naîtront tous sous le règne de Louis XVI sauf les deux derniers. Les chances pour moi de reconstituer cette fratrie étaient quasi nulles si Pierre n'avait décidé de faire son testament.
Le 10 février 1826, Pierre qui n'a pas 40 ans, est laboureur au Bordar d'Epilune à Alçay, un village voisin (les communes d'Alçay, Alçabehety et Sunharette fusionneront en 1833). Mais c'est dans sa maison natale Iriart de Sunharette que Maître Jean-Baptiste Detchandy (1777-1848), notaire royal (Charles X est au pouvoir) à Abense-de-Haut, se rend au chevet du malade, accompagné de trois témoins. 
Le testament court sur cinq pages dans lesquelles le notaire transcrit les dernières volontés de Pierre.  Les différents legs à ses neveux et nièces, filleul.es, frères et sœurs et à sa mère encore vivante (le père de famille est décédé cinq ans auparavant) vont me permettre de dénouer un à un les fils de cette branche. Pierre dont l'acte de décès mentionne qu'il était marié (ce que je n'ai pu vérifier), n'a vraisemblablement pas eu d'enfants mais s'est montré à la fois généreux et équitable pour sa nombreuse famille !
J'ai donc pu établir qu'il avait eu deux frères, Pierre Iriart dit Sorhondo, marié à Engrace Oxibar, métayer à Suhare puis cultivateur à Camou, dont le fils Pierre était un filleul ... de Pierre. L'autre frère, Jean, domestique à Suhare au moment du testament, était lui marié à une Luce Irigoyen dite Ardoy de Cihigue. La sœur aînée, Marie, s'est mariée avec Jean Etcheto dit Iriart, maire du village de Sunharette, et le couple aura également sept enfants dont l'aînée est la filleule de Pierre.
La cadette Christine épouse en 1807 un Pierre Mendiondo de Menditte et ce couple de métayers donnera naissance à neuf enfants dans toute la Soule avant de se fixer à Roquiague. L'un des fils se prénomme Pierre comme son parrain qui ne l'oublie pas non plus !
Une autre sœur, Thérèse, se marie en 1814 avec un Jean Haritchague dit Curutchet de Sibas. Je ne leur ai trouvé qu'une fille, Magdeleine, autre filleule de Pierre. Enfin, la benjamine, Elisabeth, épouse en 1824 un forgeron de Lacarry, Dominique Carricart. Le couple aura quatre enfants. Les deux sœurs, Thérèse et Elisabeth, décéderont la même année de 1869 à deux mois d'écart. Leur sœur aînée Marie est morte vingt ans plus tôt.  
On le voit, un simple testament d'un ancêtre "invisible" peut nous permettre de débloquer une branche entière pour peu qu'il soit aussi détaillé. Dans d'autres cas, c'est un contrat de mariage qui jouera le même rôle. Quant à Pierre Apeceix dit Iriart, il est décédé dans sa maison natale le 13 février 1826 soit trois jours après avoir dicté son testament. Grâce lui soient rendues !

* Recensement de 1793 (Wikipedia)

Illustration : José Arrue "La sortie de l'église"
Sources : 
Webinaire de MyHeritage 
AD 64 (Etat civil et Minutes notariales)

vendredi 12 février 2016

Dominique Irigoyen, hussard noir de la République (I)

©Archives personnelles Mdep
Quand j'étais enfant, à chacune de nos visites à Aussurucq, nous allions goûter chez Marie. L'etxekandere* nous proposait invariablement du fromage de brebis avec du pain et de la confiture de rhubarbe faits maison. On n'apprécie le brebis qu'en tranches si fines que l'on peut "voir La Madeleine** au travers" nous disait mon père,.. Ce goûter c'est un peu notre madeleine à nous, mon frère et moi... 

La maison s'appelait Etcheberria (ou Etxeberria), littéralement "entre les maisons". Elle se situe en effet au centre du village. C'est une grande bâtisse au toit d'ardoise dont la silhouette massive est adoucie sur son côté par une galerie en bois joliment ouvragé. Ceux qui n'ont du Pays basque que des images de coquettes villas à colombages rouges ou verts, ne sont jamais allés en Navarre espagnole ou en Soule.

Comme son voisin, le Béarn, cette troisième province basque française est plus austère que les pimpants Labourd et Basse-Navarre. Les gens y sont peut-être plus discrets aussi, plus taiseux ... Dans la maison toujours briquée comme un sou neuf, j'étais fascinée par l'inscription gravée sur la plaque de fonte devant la cheminée : Yrigoyen Dominique.

Je savais par mon père que c'était le nom du grand-père maternel de mon grand-père paternel, un instituteur venu du village voisin de Suhare pour, à 22 ans, épouser Marie-Jeanne Dargain-Laxalt, 18 ans, la fille unique d'un sous-lieutenant des douanes d'Aussurucq. A l'époque de leur premier enfant Marie, née en 1853 et jusqu'au treizième, Jean, né en 1871, le couple habitait dans la maison Laxalt.

Le père de Marie-Jeanne, Pierre Dargain dit Laxalt (1800-1853) est décédé de même que deux de ses petits-enfants, Martin, en 1866 à six jours et Pierre en 1873 à dix ans, dans cette maison. Mon arrière-grand-mère, Elisabeth, cinquième de la fratrie, y est elle-même née le 12 avril 1858. En tout, treize des enfants du couple Irigoyen naîtront là, dont Grégoire (en 1867) et Michel (en 1869), partis au Chili comme je l'ai raconté dans mes précédents billets,

On peut donc situer la construction de la maison Etcheberria entre la fin 1873 et le premier semestre 1874. En effet, Pierre décède le 3 septembre 1873 dans la maison Laxalt tandis que Jean, le dernier à y être né le 23 septembre 1871, s'éteint le 25 août 1874 à Etcheberria.

[A suivre...]

*Etxeko andrea : maîtresse de maison en basque
** La Madeleine est une colline souletine de 795 mètres surmontée d'une petite chapelle du XVe s. La vue quand elle est dégagée, est superbe. Des fenêtres d'Etcheberria, où mon père passait toutes ses vacances, on en aperçoit le sommet. 

vendredi 19 juin 2015

Un orphelin couché sur un testament mais non reconnu

Presque une semaine que je fais des recherches pour livrer une histoire complète. Peine perdue. Je vais donc la raconter avec les éléments que j'ai réunis et accepter une fois de plus que la généalogie c'est aussi des questions sans réponses...

Grâce au remarquable travail de transcriptions d'actes que fait l'association Gen&O, je suis tombée par hasard sur des minutes notariales où il était question d'un inventaire de biens suite au décès d'un certain Pierre Eppherre-Iriart du village d'Abense-de-Haut. Cette lignée me pose problème depuis le début de mes recherches car je n'arrive pas à la relier à ma généalogie alors qu'il s'agit d'Eppherre qui plus est alliés à des Irigoyen de Suhare. Mais passons, là n'est pas mon propos.

Ce que je comprends de cet acte daté du 10 décembre 1855, c'est qu'il fait suite au testament laissé par le défunt et déposé chez Maître Jean Casenave, notaire à Mauléon, le 25 août 1855. Le malheureux décèdera trois jours plus tard dans sa maison de Bertereix d'Abense-de-Haut. Il avait 25 ans. Selon ses dernières volontés, il lègue ses biens à son père Jean Eppherre-Iriart, lui recommandant de faire célébrer 80 messes pour le salut de son âme, de payer vingt francs aux pauvres de la paroisse, sept à ceux de Garindein et de donner cinq francs pour la réparation de l'église d'Abense.

Là où l'affaire devient intéressante c'est qu'il est ensuite question d'un enfant orphelin d'environ cinq mois dont Pierre laisse à son père la charge de le nourrir et de l'entretenir "de dos et de table" et de l'élever comme il convient. Il en fait l'héritier des biens dont "il peut disposer", l'usufruit allant à son père. Il précise que cet enfant vit auprès d'une certaine Marie Ayphassorho dite Eyheressague, sa mère, domiciliée à Chéraute. Aucune mention des liens qui le lient à la mère ou à l'enfant.
  
Après quelques recherches, j'ai trouvé l'acte de naissance de l'enfant, Pierre, né le 13 avril 1855 à Roquiague, de Marie Ayphassorho de la maison Eyheressague, âgée de 30 ans (elle est née le 1er mars 1825) et de père inconnu. La déclaration n'est faite que six mois plus tard à la mairie de Roquiague le 26 octobre 1855 par Jean Ayphassorho, oncle paternel de l'enfant.

Plus étonnant encore, le 1er septembre 1855, donc deux jours après le décès de Pierre Eppherre-Iriart, Marie se rend à l'étude de Maître Casenave pour déclarer qu'elle est bien la mère d'un enfant naturel né le 23 avril 1855 (date différente de celle indiquée en mairie), nommé Pierre Ayphassorho et né de père inconnu. Un peu comme si elle avait voulu être sûre que cet enfant ait un avenir avant de le reconnaître...

Les questions que je me pose à propos de cet enfant sont nombreuses. Pierre était-il son père ? Dans ce cas, pourquoi en avoir fait son héritier sans le reconnaître ? Qu'est-il advenu de lui et de sa mère ? Mes recherches sont rendues très compliquées par le fait que deux des frères de Marie se prénommaient Pierre, comme leur père, et ont à leur tour donné ce prénom à leurs fils...

J'ai même imaginé que l'enfant ait pu être élevé par son grand-père paternel putatif à Abense, mais là non plus, je n'ai rien trouvé dans les archives du village, sinon que Jean Eppherre-Iriart dit Bertereix est décédé à l'âge de 97 ans ! Un peu tard pour que son hypothétique petit-fils puisse hériter de quelque chose. Mais les Eppherre étant gens de parole, je ne doute pas qu'il ait subvenu aux besoins de cet enfant...

Illustration : Mauricio Flores Kaperotxipi

jeudi 12 février 2015

Quelques messieurs qui ont des lettres

Fernando Botero
En avançant dans mes recherches généalogiques, je me suis aperçue que quelques uns de mes ancêtres avaient été amenés à rédiger des actes. Ma famille comme c'est souvent le cas dans une France encore largement rurale au 18e et au 19e siècles, avait donc quelques "lettrés" en son sein. 
Le plus ancien de ces rédacteurs est un certain Grégoire Dapeceix (ou Appeceix) qui officie à Ossas dans les premières années de la première République (1792-1799).

Parmi les actes qu'il a enregistrés, j'ai choisi à dessein celui d'un de ses petits-fils, Pierre, né le 21 Thermidor an II (8 août 1794). Il se peut que cet enfant n'ait pas vécu très longtemps car j'ai trouvé dans les tables décennales 1793-1842 de la commune d'Ossas, un Pierre Apeceix décédé le 15 Brumaire an IV (18 mai 1794). Cependant, n'ayant pas trouvé trace de son acte de décès, j'en suis réduite à des conjectures...

Acte de naissance de Pierre Oxoaix dit Apeceix
Aujourd'hui vingt et deuxième jour de thermidor an second de la république unE et indivisible a catre (sic) heures du soir par devent (sic) moy Grégoire Dapeceix membre du conseil général de la commune d'Ossas élu le neuf ventose dernier du présent an pour dresser les actes destinés à constater les nessences (sic), mariages, décès des citoyens, est comparu Pierre Oxoaix dit Apeceix laboureur âgé de trente quatre ans domicilié dans la municipalité d'Ossas lequel assisté de Joseph Horviscay instituteur de la présente commune d'Ossas âgé de cinquante ans et Pierre Vidart maçon âgé de trente ans les deux demeurant dans le département des Basses Pyrénées et dans la dite municipalité d'Ossas a déclaré à moi Grégoire Dapeceix que Marie Apeceix son épouse en légitime mariage est accouchée hier à a catre (sic) heures du matin le vingt huitième jour du présent mois de thermidor dans la maison D'apeceix d'un enfant male qu'il m'a présenté et auquel il a donné le prénom de Pierre d'après cette déclaration que les citoyens Joseph Horviscay et Pierre Vidart ont certifié conforme à la vérité et [ill] j'ai rédigé un acte que Joseph Horviscay et Pierre Vidart et Pierre Apeceix père de l'enfant et les deux premiers témoins ont signé avec moy. 
Fait dans la maison commune dans les jour moy (sic) et an que dessus.
Apeceix officier publiq (sic)

Dans cet acte de naissance, Grégoire Dapeceix se présente lui-même comme "membre du conseil général de la commune d'Ossas élu le neuf ventôse dernier du présent an (27 février 1794) pour dresser les actes destinés à constater les nessences (sic), mariages, [et] décès des citoyens". A la fin de l'acte, il signe d'ailleurs Apeceix, officier publiq (sic). On notera au passage les changements d'orthographe du même nom (par son auteur de surcroît !), un vrai cauchemar pour les généalogistes ! 
La sagesse populaire ne dit-elle pas que les noms propres n'ont pas d'orthographe ? Je pense à tous ceux qui comme moi, ont dû trimballer leurs deux "p", deux "r" plus le "h" du milieu qui ne se prononce pas mais est bien là ! Je pense aussi à mon frère obligé d'entreprendre des démarches compliquées pour récupérer à l'âge adulte un "p" oublié à sa naissance ... 

Plus tard, autour de 1820, un Simon Epherre dit Recalt (ca 1772-1852), maire de Sunharette et officier de l'état civil en tant que tel, enregistrera et signera également des actes. De janvier 1834 à 1843, Pierre Irigoyen (1786-1858) apparaîtra dans les registres de la commune de Suhare également comme maire. 

De son côté, en sa qualité d'instituteur, mon arrière grand-père Dominique Irigoyen sera cité en tant que témoin de nombreux documents d'état civil de sa commune d'Aussurucq, dans les années 1850 à 1890. Une remarque pour conclure, si les femmes jouissaient au Pays Basque du droit d'aînesse, elles n'avaient aucun droit de cité dans les actes de l'état civil...

vendredi 6 février 2015

Où un Eppherre peut en cacher un autre !

Tobeen
J'ai déjà expliqué ici que j'avais débuté ma généalogie à Aussurucq à partir du mariage de mes arrière-grands-parents, Dominique Eppherre (1851-1928) et Élisabeth Irigoyen (1858-1942). Si vous avez bien suivi, Dominique Eppherre, fils de Raymond Eppherre (1818-1897) et d'Anne Inchauspé (1812-1896), venait de Sunharette.
De son coté, son beau-père, Dominique Irigoyen (1829-1898 ?), le père d’Élisabeth donc, instituteur à Aussurucq était né à Suhare (voir ici), de Pierre Irigoyen (ca. 1786-1858) et de Marie Appeceix (1786-1858), tous deux également natifs de Suhare. 
Quelle ne fut pas me surprise de découvrir des documents dans lesquels le dit Pierre Irigoyen était en fait ... un Eppherre ! En effet, dans l'acte de décès de son père Jean, né vers 1763 et décédé le 24 juin 1828 en sa maison d'Irigoyen de Suhare, il est présenté comme Jean Epherre dit Irigoyen :


Acte de decès de Jean Irigoyen
L'an mil huit cent vingt huit et le vingt cinq du mois de juin par devant nous maire officier de l'état civil de la commune de Suhare, canton de Tardets, Département des Basses-Pyrénées, sont comparus Pierre Epherre dit Irigoyen, fils de Jean Epherre dit Irigoien (sic) et Jean-Pierre Orbicay, son voisin, tous deux laboureurs domiciliés dans la présente commune, section Suhare, lesquels nous ont déclaré que le jour d'hier vers quatre heures du matin, Epherre dit Irigoyen Jean, âgé de soixante cinq ans, cultivateur domicilié dans la présente commune, veuf de Marie Irigoien (sic) est décédé dans ladite maison de Irigoien de Suhare, ainsi que nous et les déclarants ont signé avec nous le présent acte après que lecture leur en a été faite, le premier laboureur et le second instituteur.

Pour corroborer cette troublante découverte, j'ai aussi le contrat de mariage entre Dominique Irigoyen et Marie-Jeanne Dargain-Laxalt dont j'ai déjà fait mention ici, et où il est bien présenté comme Dominique Epherre dit Irigoyen (du nom de la maison natale à Suhare). Il est signalé à la sixième ligne que Dominique Epherre dit Irigoyen, [est] fils quatrième (sic) né du mariage de Pierre Irigoyen et de Marie Appeceix décédée, cultivateurs de Suhare [...]     


Reste donc à établir la parenté entre ce Dominique Epherre dit Irigoyen de Suhare et le Dominique Epherre dit Harismendy de Sunharette qui viendra épouser sa fille Élisabeth à Aussurucq ! Pour l'instant, je n'y suis pas parvenue mais je ne désespère pas ...

mercredi 4 février 2015

Où une fille unique donne naissance à quatorze enfants

Ramiro Arrue y Valle
Comme je crois l'avoir mentionné, mon arrière grand-père Dominique Eppherre est venu du village voisin de Sunharette pour épouser Élisabeth Irigoyen. Le père de celle-ci, Dominique Irigoyen (1829-1898), l'instituteur, n'était pas non plus originaire d'Aussurucq. Il était né le 21 janvier 1829 à  Suhare, comme l'atteste l'acte de naissance ci-dessous et sa transcrition :
Acte de naissance de Dominique Irigoyen
L'an mil huit cent vingt-neuf, et le vingt deux du mois de janvier, à dix heures du matin, par-devant nous maire et officer de l'état civil de la commune de Suhare, Canton de Tardetz, Département des Basses-Pyrénees est comparu Irigoyen Pierre, âgé de quarante deux ans, cultivateur, domicilié au présent lieu, lequel nous a présenté un enfant du sexe fem masculin né hier au soir à dix heures dans ladite maison de Irigoien, de lui déclarant et de Marie Appeceix, son épouse, et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de Dominique ; desdites présentation et déclaration faites en présence de Hilarion Althabe, âgé de vingt sept ans et de Jean Althabe dit Iriart, âgé de trente six ans, les deux cultivateurs et domiciliés au présent lieu, et ont les père et témoins signé avec nous le présent acte de naissance après qu'il leur en a été fait lecture approuvant la rature de la sixième ligne du présent acte. 

Chose rare pour l'époque, il a épousé une fille unique : Marie-Jeanne Dargain-Laxalt d'Aussurucq. Je lui ai longtemps cherché des frères et sœurs avant de tomber sur son contrat de mariage déposé chez Maître Cazenave, notaire à Mauléon, dans lequel il est stipulé qu'elle est la fille unique de Pierre Dargain, retraité des douanes, et de feue Marie Lohitçun. Autre curiosité, ses parents se sont mariés le 22 mai 1833, soit deux jours après sa naissance le 20 mai 1833 ! Sa maman décède le 20 mars 1842 alors qu'elle n'a que neuf ans. Son père Pierre Dargain (1800-1853) dit Laxalt (du nom de la maison Laxalt) et son grand-père Jean (ca 1766-1838) étaient tous deux douaniers. Son père était même sous-lieutenant des douanes comme indiqué dans l'acte de naissance de sa fille (voir ci-dessous).


Acte de naissance de Marie D'Argain
L'an mil huit cent trente-trois, et vingt trois du mois de mai, à dix heures du matin, par-devant nous Caldun Maire et officier de l'état civil de la commune d'Aussurucq, canton et arrondissement de Mauléon, Département des Basses-Pyrénees, est comparu Pierre D'Argain, âgé de trente deux ans, sous-lieutenant des Douanes, domicilié à Abense-de-Haut, lequel nous a présenté un enfant du sexe  féminin née le vingt de ce mois à onze heures du soir dans la maison de Lohitçun du présent lieu, de lui déclarant et de Marie Lohitçun, son épouse, et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de Marie ; desdites déclaration et présentation faites en présence de Jean Carrique dit Baratchegaray, âgé de quarante huit ans, cultivateur, et de Arnaud Inchauspé, âgé de trente cinq ans, charpentier, et les deux domiciliés à Aussurucq. Après avoir donner lecture du présent acte, les témoins et le déclarant ont signé avec moi.

 

Lors de son mariage avec Dominique Irigoyen (voir acte ci-dessous), elle n'a que 18 ans et est d'ailleurs mentionnée comme fille légitime mineure, représentée par son père.


Acte de mariage de Dominique Irigoyen et de Marie-Jeanne Dargain-Laxalt
L'an mil huit cent cinquante-un, le vingt-sept novembre à huit heures du matin, par devant nous, Maire, officier de l'état civil de la commune d'Aussurucq, canton de Mauléon, département des Basses Pyrénées, sont comparus Irigoyen Dominique, instituteur de la présente commune, âgé de vingt-trois ans, fils légitime majeur de Irigoyen Pierre, propriétaire à Suhare, âgé de soixante-sept ans, ici présent et consentant et de feue Marie Appeceix ; et Demoiselle Marie Jeanne Dargain dite Laxalt, âgée de dix-huit ans domiciliée au présent lieu, fille légitime mineure de Pierre Dargain, préposé retraité, âgé de cinquante-un ans, demeurant au présent lieu, ici présent et consentant et feue Marie Lohitçun, lesquels nous ont requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux et dont les publications ont été faites devant la principale porte de la maison commune, la première le seize novembre courant à l'heure de midi, la seconde le vingt-trois novembre suivant aux mêmes lieux et heure ; nous avons demandé conformément à la loi du 18 juillet 1850 aux futurs époux et aux personnes qui autorisent le mariage s'il a été fait un contrat de mariage destiné à en régler les conventions civiles. Les parties nous ont déclaré qu'un contrat de mariage a été passé le vingt-six novembre courant  devant Maître Cazenave, notaire à la résidence de Mauléon et ils nous ont en conséquence remis, à l'appui de leur déclaration, le certificat qui leur a été délivré par le notaire détenteur de leur contrat, suivant la prescription de la susdite loi du 18 juillet 1850, lequel certificat sera joint aux pièces annexées. Aucune opposition au mariage ne nous ayant été signifiée, faisant droit à la réquisition qui nous est faite après avoir donné lecture de toutes les pièces ci-dessus mentionnées et du chapitre VI du Code civil, intitulé du mariage, avons demandé au futur époux et à la future épouse s'ils veulent se prendre pour mari et pour femme ; chacun d'eux ayant affirmé séparément et affirmativement, déclarons au nom de la loi que Dominique Irigoyen et Marie Jeanne Dargain sont unis par le mariage. De tout quoi dit et fait publiquement avons dressé acte en présence de Pierre Irigoyen, cultivateur de Suhare, frère du futur époux, de Lohitçun Joseph, cultivateur à Aussurucq, grand-père de la future, âgé de soixante-sept ans, de Campané Pierre, âgé de cinquante huit ans,  cultivateur à Aussurucq, de Latchéré Arnaud, âgé de trente sept ans, lesquels ont signé avec nous le présent acte de mariage après que lecture leur en a été faite, ainsi que les futurs époux et leurs pères.    

Cette toute jeune fille, fille unique et probablement choyée, aura quatorze enfants ! Marie (1853), Marguerite (1854), Pierre (1855), Joseph (1857), Élisabeth (1858) (mon arrière-grand-mère), Engrace (1859), Marianne (1861), Pierre (1863), Jeanne (1864), Martin (1866), Grégoire (1867), Michel (1869),  Jean (1871) et Jean-Pierre (1877). Trois d'entre eux décèderont avant l'âge de dix ans.
Marie-Jeanne, cultivatrice, vivra jusqu'à l'âge de 72 ans. Elle décède dans la maison Etcheverria le jour de Noël 1907.