mercredi 21 février 2018

Un jugement de Salomon

Saint-Just-Ibarre, jeudi 5 janvier 1899
Ma très chère Elisabeth,

Jusqu'à la dernière minute, j'ai espéré que ma Sainte patronne intercéderait pour moi mais si les voies du Seigneur sont impénétrables celles de notre inspecteur d'académie sont hélas prévisibles et immuables ! Ce matin, son dernier courrier m'intimait l'ordre de rejoindre le plus tôt possible mon nouveau poste à Ibarrolle ! 

Ibarrolle ! Gaichoua ! Même pas deux cents habitants, deux fois moins qu'Aussurucq ou Saint-Just ! Voilà comment on me remercie de vingt-cinq ans d'enseignement et seize années à la tête de l'école des filles de Saint-Just ! Mon école était bien tenue, fréquentée par une trentaine d'élèves, un des taux de scolarisation les plus élevés et rentables du canton, et sais-tu quel argument m'oppose cet inspecteur ? 

"Votre nomination à Ibarrolle n'a nullement été provoquée par la plainte dont vous avez été l'objet mais pour des motifs purement scolaires. L'administration désireuse de ramener le calme dans la commune de Saint-Just depuis trop longtemps agitée par la mésintelligence qui régnait entre l'instituteur et l'institutrice, a jugé absolument nécessaire le changement simultané des deux maîtres qui donnaient à leurs élèves et à la population un fâcheux exemple de désaccord." 

Notre cher père* aurait dit : "Un beau jugement de Salomon !" Parlons-en de cette plainte. Elle a été arrachée à de braves pères de famille qui pour certains ne savaient ni lire ni écrire. Mon collègue Monsieur Jauréguy qui avait depuis longtemps perdu la confiance des parents à cause des mauvais traitements infligés à ses élèves, avait fait l'objet d'une première pétition en août dernier demandant son départ. Pour lui, la messe était dite, il allait partir.

Parce que sa classe était déserte et la mienne fréquentée, il nourrissait une profonde jalousie à mon égard, traduite par d'incessantes insultes et tracasseries. Aussi, sa dernière manoeuvre, son "coup de pied de l'âne", fut de m'entraîner dans sa chute en obtenant mon déplacement en même temps que le sien. 

Un jour de novembre, à la sortie de la messe (!), le conseiller municipal Iribarne, ami zélé de l'instituteur, réunit une cinquantaine de parents d'élèves et leur proposa de pétitionner pour empêcher ce dernier d'être déplacé trop loin et dans de trop mauvaises conditions. La plupart ne comprenant pas la teneur du texte, ne se rendit même pas compte qu'ils me condamnaient à partir. Imagine-toi, même le beau-frère de mon mari l'a signée ! 

Pour l'inspecteur, la cause était entendue. Malgré plusieurs courriers du conseiller municipal Etcheverry, mon meilleur avocat dans cette lamentable affaire, l'intervention à deux reprises du sous-préfet et même - paraît-il - un mot du député, il a préféré me sacrifier... 

Le 31 décembre, je lui ai moi-même écrit. Je me suis adressée à lui comme une mère de famille, contrainte de laisser ses deux garçons de neuf et sept ans, comme une épouse dont le mari a depuis longtemps sa clientèle ici et ne peut donc la suivre, comme une enseignante consciencieuse dont le succès aux examens de ses élèves a montré son investissement depuis tant d'années, rien n'y fit.

Voilà ma chère soeur, je n'ai plus d'autre choix que de me rendre à Ibarrolle, un village qui, même s'il n'est pas très loin d'ici, m'est totalement étranger. Mais je ne m'avoue pas vaincue et demanderai très vite ma réintégration à Saint-Just**. 

Vous espérant tous en bonne santé,
Bien à toi.

Ta soeur dévouée,
Engrâce Irigoyen 

*   Dominique Irigoyen, lui-même instituteur, est décédé le 9 juin 1898.
** Madame Brisé restera 9 mois à Ibarrolle. En septembre 1899, elle rejoint son dernier poste à Bunus, commune limitrophe et de même taille que Saint-Just-Ibarre. Elle y passera 12 ans et prendra sa retraite le 1er janvier 1912.

Lexique : Gaichoua : expression qui peut se traduire par "bon sang !"
Illustration : Jose de Almeida Jr, 1899.
Sources : AD64 Dossier d'enseignement d'Engrâce Brisé née Irigoyen (1859-1916) consultable aux Archives départementales de Pau (64).

lundi 19 février 2018

Elisabeth reçoit une lettre

Saint-Just-Ibarre, vendredi 4 mai 1888 
Ma très chère sœur,

Tu as dû apprendre par notre père et notre sœur Marguerite* que j'ai été bien souffrante, ce qui explique mon silence. Nous avons en effet eu mon mari et moi l'immense chagrin de perdre notre premier enfant, une petite fille née le 14 du mois dernier, soit un an pile après notre mariage. Nous l'avons aussitôt baptisée et lui avons donné le prénom de notre chère maman, Marie-Jeanne.

Hélas, la pauvrette était de faible constitution et elle nous a été reprise au bout de quatre petits jours. Martin était dévasté, moi-même victime de fièvres puerpérales, et délirant plusieurs jours après la délivrance, je n'ai pas réalisé tout de suite qu'elle était partie, pauvre petit ange, que Dieu la garde à ses côtés !

Le 27, Monsieur Brisé, mon époux, a écrit à l'inspecteur d'académie demandant pour moi un congé, indiquant que même si j'étais en voie de guérison, je restais encore faible et dans l'incapacité de reprendre mon poste d'institutrice à l'école des filles. Entre temps, comme tu le sais sans doute, notre père s'est proposé de me remplacer au pied levé vu qu'il est à la retraite.

L'inspecteur, jugeant sûrement cet arrangement providentiel, nous a répondu sans tarder et m'a autorisée à prendre un congé du 1er au 19 mai. Je ne te cache pas que faire la classe à mes chères élèves alors que je venais de perdre ma petite fille était au-dessus de mes forces. Je sais qu'elles seront sans doute surprises d'avoir un maître, elles qui n'ont connu que moi, mais le fait qu'il s'agisse de mon aïta devrait être de nature à les rassurer...     

J'espère que mon collègue de l'école des garçons, Monsieur J., avec lequel je ne suis pas dans les meilleurs termes ne lui mettra pas de bâtons dans les roues mais j'ai confiance en l'aménité de notre cher père et imagine que la réputation de ses états de service le préviendra de toute tentation de malveillance. Avoir notre père à la maison m'est aussi un réconfort, il a toujours été si sage !

Voilà ma chère sœur, les tristes nouvelles que j'avais à t'apporter. J'espère que Monsieur Eppherre, mon beau-frère, que tu salueras de ma part, ne se tue pas à la tâche et que toi-même, tu t'en sors avec tes quatre petits. Comment se porte la petite Marie ? Fait-elle ses nuits ? Embrasse-les tous pour moi ainsi que notre chère Maman.

Ta soeur dévouée,
Engrâce Irigoyen   

* Une soeur aînée d'Elisabeth et d'Engrâce, Marguerite âgée alors de 34 ans, est mariée avec le chef cantonnier de St Just-Ibarre, Bernard Arruyé. Le couple n'a pas d'enfant (et ne semble pas en avoir eu par la suite). Elisabeth, 30 ans, mon arrière-grand-mère est mariée avec un cultivateur d'Aussurucq, Dominique Eppherre, et a déjà quatre enfants nés entre 1882 et 1888. Elle vit avec ses parents, Dominique Irigoyen, instituteur public en retraite, et Marie-Jeanne Dargain, propriétaire, dans la maison Etcheberria d'Aussurucq.    

Lexique : Aïta : papa (Ama : maman)
Illustration : Johannes Weiland, 1870
Sources : AD64 Dossiers d'enseignement de Dominique Irigoyen (1829-1898) et Engrâce Brisé née Irigoyen (1859-1916) consultables aux Archives départementales de Pau (64). Un grand "milesker" à Nicolas Urruty !     

samedi 17 février 2018

Fiers et valeureux chasseurs basques

C'est décidé, je retourne voir ma centenaire. Et cette fois, je ne me laisserai pas impressionner par le vicaire général ! D'ailleurs, je vais attendre qu'il retourne auprès de son évêque à Bayonne. Il me faut faire vite car cette fête d'anniversaire a beaucoup fatigué Marie-Jeanne et je sais moi, qu'elle n'en a plus pour très longtemps...

Comme beaucoup de personnes à cet âge canonique, elle "perd un peu la tête" et ne me reconnaîtra sûrement pas. En revanche, ses souvenirs d'enfance sont sans doute encore présents quelque part dans son esprit embrumé et c'est à cette mémoire que je souhaite faire appel. 

"Nola zara, Amama ? Depuis que nous nous sommes vues, j'ai découvert que vous aviez eu un oncle célèbre en son temps. Aimeriez-vous m'en parler ?
- Ah oui, tu veux parler du frère d'ama, Osaba Jean-Pierre ? C'était mon parrain ! Il a eu son heure de gloire en tant que Chef du 4e Bataillon des Chasseurs basques* sous la Révolution et jusqu'au Consultat.    

"Je me souviens de la fois où il nous rendit visite dans notre demeure de Tardets, je devais avoir neuf ou dix ans. Il était en grand uniforme : habit long "bleu France" avec hausse-col, épaulettes d'or, chapeau, et son sabre à lame courte dans son fourreau en cuir qui impressionnait tant mon grand frère Jean-Germain ! Comme j'étais sa préférée, il me fit asseoir sur ses genoux et commença à raconter rien que pour moi :

"Vois-tu, petite, le 4e bataillon basque que je commandais, cantonné à Navarrenx, était toujours resté indépendant. Mais le 4 Pluviôse de l'an IV** tomba l'ordre du ministre de la guerre de faire passer toutes les divisions militaires disponibles dans l'armée d'Italie sauf trois d'entre elles affectées au maintien de l'ordre sur le territoire.

C'est là que notre chef, le Général Moncey qui commandait les quatre bataillons basques cantonnés sur la frontière depuis le début de la guerre contre ces royalistes d'espagnols, intervint pour empêcher notre départ. Il plaida notre cause dans une lettre au citoyen-ministre en mettant en avant le caractère du Basque :

"Fier, indépendant, aimant son pays jusqu'au fanatisme, s'il perd de vue les vallées qu'il habite, les montagnes qui les couronnent, il languit, perd son énergie...". Mais il lui rappela aussi qu'au moment de la déclaration de guerre, "au bruit des premiers échecs essuyés par les Français, le Pays basque tout entier avait couru aux armes, se formant en bataillons et en compagnies franches pour combattre l'ennemi".

"C'est ainsi que nous sommes restés pour défendre le Sud-Ouest. L'année suivante, avec cent de mes hommes, nous sommes remontés jusqu'à Bordeaux qui connaissait de graves troubles. Moncey, toujours lui, écrivit au ministre : "La bonne conduite des chasseurs basques a contribué à prévenir toute effusion de sang."

Cette longue tirade avait épuisé mon aïeule, je le voyais bien. Cette fois, il me fallait l'abandonner pour de bon, laisser la petite fille qui sommeillait en elle à ses rêves auréolés de gloire ...

* Les bataillons des chasseurs basques sont créés lors de la Révolution française pour défendre la frontière contre les assauts espagnols lors de la guerre entre l’Espagne des Bourbons et la France de la Convention. En 1795, la paix est signée mais les chasseurs basques restent cantonnés sur leurs bases. En septembre 1798, les quatre bataillons sont réduits à un. En 1800, les chasseurs basques sont déployés sur Libourne, et un deuxième bataillon est reformé. Les deux bataillons feront la campagne de 1800 dans l’armée de réserve de seconde ligne dite « Armée des Grisons ». Ce qui leur fera finalement "voir du pays"... Ils seront dissous le 21 avril 1801 à Berne. 
 ** 23 janvier 1796
Lexique :
Nola Zara Amama : Comment allez-vous Grand-mère ?
Ama : Maman, Osaba : oncle
Illustration : Gravure représentant un chasseur basque (Wikipedia)
Sources : "Le chef de brigade Harispe et les chasseurs basques" par M. Labouche in "Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau" - 1892-1894 (GallicaAD64AD40Genealogie64Geneanet,

vendredi 2 février 2018

Mariages croisés

Pour comprendre le droit coutumier basque, il faut se souvenir que la plupart des fermes comprenaient des domaines de moins d'un hectare*. Il était donc vital de sauvegarder à tout prix le patrimoine familial qui devait être indivisible et transmis à un héritier unique. Bien que le droit d'aînesse ait longtemps prévalu, que le premier né soit un garçon ou une fille d'ailleurs, le maître ou la maîtresse de maison pouvait "faire un aîné" en choisissant lequel de ses enfants était le plus apte à lui succéder. 

Après la Révolution, les lois successorales dites égalitaires du 7 mars 1794** tenteront de casser cette coutume mais elles seront allègrement contournées devant les tribunaux ! Dans un précédent billet, j'évoquais le rôle des maisons dans lesquelles cohabitaient "maîtres vieux" et "maîtres jeunes" et d'où les cadets étaient exclus s'ils ne voulaient pas y rester en tant que domestiques toute leur vie...

Autre conséquence de cet "arrangement" ancestral, l'aîné d'une maison ne pouvait pas épouser sa voisine si elle-même était l'aînée ou l'héritière de sa propre maison. On assistait souvent à l'intérieur d'un même village ou dans deux villages voisins à des mariages croisés : un frère aîné épousait une cadette ce qui permettait au frère ou à la soeur qui le suivait de convoler avec l'aîné(e) de celle-ci.

Récemment, je suis tombée sur un contrat de mariage datant du 23 avril 1787 qui m'a permis de m'y retrouver dans un imbroglio d'alliances que l'usage du nom des maisons venait compliquer. Il s'agissait de conventions matrimoniales passées entre deux familles dont les maîtres étaient tous mes sosa !

Je m'explique : dans le village de Sunhar, Pierre Iriart, fils aîné de Raymond Inchauspé dit Iriart (sosa 132) et de Marie Iriart (sosa 133) se trouve promis à Anne Recalt du village de Sunharette, fille de Raymond Iriart dit Recalt et d'Engrâce Recalt (mes sosas 134 et 135). Notons au passage la disparition des noms patronymiques des pères au profit du nom de la maison des deux mères héritières ! 

Or Pierre, le futur marié est le frère aîné de Raymond Iriart dit Recalt (mon sosa 66) marié à Engrâce Recalt (ma sosa 67), l'héritière de la maison Recalt de Sunharette ! Là, ce sont deux frères qui ont épousé deux soeurs mais il arrive souvent que ce soit un mariage croisé frères-soeurs. 

L'avantage de tomber sur un tel contrat de mariage c'est la mention des "collatéraux" qui viennent témoigner de la notoriété des deux familles ! Le notaire précise aimablement à l'intention des généalogistes des futures générations, quels liens de parenté unissent tous ces braves gens entre eux, permettant du même coup de vérifier ou d'augmenter certaines branches !

* D'après Serge Pacaud in "Il y a 100 ans, les gens du Pays basque", éd. PyréMonde
** 17 Ventôse an II de la République     

Note : Pour les non initiés à la généalogie, la numérotation dite de Sosa-Stradonitz est une méthode de numérotation des individus permettant d'identifier par un numéro unique chaque ancêtre dans une généalogie ascendante.  
Illustration : Ramiro Arrue (1892-1971)
Sources : Minutes notariales des AD 64
Bibliographie : La vie d'autrefois en Pays Basque de Marie-France Chauvirey, Ed. Sud-Ouest

lundi 29 janvier 2018

Retour sur une vie

Avoir partagé le dîner d'Engrâce E. à laquelle j'avais rendu visite sans y avoir vraiment été invitée ne m'autorisait pas à "plomber l'ambiance" en dévoilant à une assistance médusée ce que je savais d'elle. Ainsi aurait-il été parfaitement inconvenant de révéler à mon hôtesse que ce bébé joufflu qu'elle nourrissait au sein n'atteindrait jamais ses six ans. Ni qu'après lui, elle aurait une fillette qui mourrait à sept ans.

Pénétrer dans l'intimité de nos ancêtres fussent-ils morts depuis plus de cent ans demande un minimum d'empathie et de discrétion, tous les généalogistes vous le diront. A l'aune d'une vie de 83 ans, commencée au début du 19e siècle et terminée à l'aube du 20e, je trouve personnellement que celle d'Engrâce, la soeur aînée de mon arrière-arrière-grand-père Raymond, fut plutôt bien remplie.

Sur ses huit enfants, six parvinrent à l'âge adulte, quatre se marièrent et elle eut en tout dix-neuf petits-enfants - en admettant qu'un ou deux n'aient pas échappé à ma vigilance - qu'elle connut tous de son vivant. A sa grande fierté, Jean Arhanegoïty, l'aîné de ses petits-fils, fils de sa fille Marie, devint instituteur à Garindein.

Le second, Dominique Irigaray, fils aîné de Pierre, prit un temps le métier de son père, charpentier, avant de devenir brigadier des douanes et de se marier sur le tard dans les Landes. Tous ses petits-enfants restèrent auprès d'elle en Soule, à Lichans-Sunhar, Sibas ou Haux. Tous sauf les quatre garçons que lui donna sa fille cadette Anna qui suivit son douanier de mari d'abord à Anhaux puis à Bidarray, du côté de Saint-Jean-Pied-de-Port, autant dire au bout du monde.

Disparue en 1893, presque quatre ans après son mari Dominique Irigaray, Engrâce n'eut pas à souffrir des ravages de la première guerre mondiale qui lui prendra trois de ses petits-fils sans qu'elle le sache. Sa vie fut comme pour beaucoup, une succession de petits bonheurs et de grandes peines, une vie de labeur aussi, rythmée par les saisons et les exigences d'une terre nourricière rude.

Une vie d'etxeko andere, avec pour prérogatives, l'entretien de la maison et l'éducation des enfants. Première levée, dernière couchée, préparant les repas, confectionnant les miches de pain, astiquant les meubles et les cuivres, régnant sur le potager et le poulailler, puis filant rejoindre son mari et ses aînés aux champs pour sarcler ou faner, s'arrêtant à l'église au retour pour les vêpres sans oublier d'honorer les morts de la famille...

Peut-être au moment de rendre son dernier souffle, Engrâce a-t-elle vu défiler sa vie, ses huit accouchements à la maison, les jours de marché à la foire de Tardets avec son mari pour vendre leurs agneaux, les parties de mus sur le pas de la porte avec les autres femmes du village quand elles prenaient le temps de souffler, son mariage et celui de sa fille Marie, les jours de procession ou de mascarade au son du txistu et des ttun-ttun. Une vie.

Lexique :
Etcheko andere : maîtresse de maison
Mus : dérivé de l'ancien tarot, jeu de cartes figurant des épées, bâtons et coupes d'écus  
Mascarade : de janvier au mercredi des Cendres en Soule, sorte de Carnaval réunissant les meilleurs danseurs du pays
Txistu : flûte à bec à trois trous au son aigrelet. qui se joue de la main gauche, la droite étant occupée par le ttun-ttun, tambourin à cordes basque   
Illustrations : Mauricio Flores Kaperotxipi, jour de fête
Ramiro Arrue : joueur de ttun-ttun et kantiniersa (cantinière) de la mascarade souletine
Sources : AD64, AD40, Registres militaires 64 Genealogie64, Geneanet, Wikipedia
Bibliographie : La vie d'autrefois en Pays Basque de Marie-France Chauvirey, Ed. Sud-Ouest

mardi 23 janvier 2018

En finir avec Scholastique ?

Ah les vertus de la sérendipité ! Ce petit miracle de la généalogie qui fait tomber par hasard sur des actes longtemps recherchés au moment où l'on ne s'y attend plus. Pour les besoins de mon dernier "rendez-vous ancestral", je consultais récemment les registres des communes réunifiées de Lichans-Sunhar lorsqu'un nom m'interpella : Bernard Sabalgoïty. Et si ...?

Je me mis à parcourir l'acte dans lequel le susnommé déclarait la naissance de son fils François le 4 décembre 1824 dans la maison où il était métayer, né de lui et de son épouse légitime, Marie Epperre (sic). Tout concorde : "ma" Scholastique qui je le sais, se fait désormais appeler Marie, s'est mariée à Barcus le 3 mars 1821 avec un certain Bernard Chabalgoïty, nom que j'avais parfois vu écrit avec un "ç" mais jamais encore avec un "s". 

Les âges correspondent et le père de Scholastique étant lui-même un François, elle a pu vouloir donner son prénom à son fils comme elle avait donné le prénom de sa mère à sa petite Engrâce. En effet, cette pauvre Scholastique n'avait eu qu'un seul enfant, une malheureuse petite fille, née de son premier mariage en 1814 avec Pierre Heguitchoussy à Barcus, et décédée le 17 décembre 1815 à l'âge de trois mois. 

J'avais cherché en vain d'autres enfants du côté de Barcus et avais fini par me résigner. Scholastique dite Marie, déjà âgée de 37 ans lors de son deuxième mariage n'aurait pas de descendance. Le fait qu'elle et son mari Bernard aient été métayers les aura amenés à se déplacer et c'est probablement la raison pour laquelle leur fils François est né à Lichans.

Plus tard, ils finiront leur vie à Etchebar, le village natal de Bernard. L'autre bonne nouvelle c'est que non seulement mon "héroïne" a eu un fils mais elle a eu le temps de connaître ses deux petits-fils, Bernard, né le 12 novembre 1853 à Lacarry où son père, François, était bordier* et Jean, né lui à Abense-de-Haut le 17 novembre 1861.

J'ai retrouvé les livrets militaires des deux frères et l'acte de mariage de l'aîné. Scholastique-Marie a bien eu une descendance au moins jusqu'au 20e siècle. En revanche, une "épine" demeure : je n'ai jamais retrouvé l'acte de décès de son premier mari que j'ai vainement cherché entre décembre 1815, date de la mort de la petite Engrâce et mars 1821 quand Scholastique se remarie. D'ailleurs dans cet acte de mariage, il n'est nulle part précisé qu'elle était veuve... 

Les registres étant très lacunaires durant cette période, il est fort probable que je ne sache jamais ce qu'il est advenu de Pierre Heguitchoussy.
A moins que la sérendipité ...
.
Pour retrouver tous les billets consacrés à Scholastique, suivre le libellé "Scholastique"

* Un bordier était un fermier ou laboureur à bras qui exploitait une borderie (borda en basque) et payait une rente annuelle au propriétaire. Les bordas étaient plus petites que les métairies. (d'après Vieux métiers)  

Illustration : Aquarelle de Petitdidier (Delcampe.net)
Sources : AD64Genealogie64, Registres Militaires 64

dimanche 21 janvier 2018

Un prénom rare mais classique


Il n'aura pas échappé à la sagacité du lecteur qu'un prénom revient souvent dans ma généalogie, celui d'Engrâce. Comme la soeur de mon arrière-grand-mère Elisabeth Irigoyen ou, avec ses variantes, Gracieuse, Gracie mais aussi Gratianne comme mon autre arrière-grand-mère Gratianne Urritzaga. Parfois écrit Gracianne, il devient Graciana en Pays basque espagnol ou en Amérique du Sud.

L'équivalent masculin - plus rare - est Gratien ou Grat. J'avoue que la première fois que je suis tombée sur un Grat, sans mauvais jeu de mots, je me suis gratté la tête...  
Engrâce - avec ou sans accent circonflexe - est typiquement basque. Normal, d'après Junes Casenave-Harigile, de l'Institut culturel basque eke-icb, Sainte Engrâce, née à Saragosse, était une jeune noble probablement d'origine basque. Selon d'autres sources, elle serait portugaise, va savoir. 

Là où s'accordent les spécialistes, c'est qu'elle fut martyrisée à Saragosse en 304 du temps des persécutions des chrétiens sous l'empereur Maximien "Hercule" à Rome. Alors qu'elle se rendait en Gaule pour épouser un duc de la région de Narbonne, elle fut arrêtée par les gardes du proconsul Dacien avec dix-huit de ses compagnons.

Je vous passe le détail des supplices qui lui furent infligés - on connaît la créativité des bourreaux romains dans le domaine - mais son corps fut conservé dans la cathédrale de Saragosse. C'est là que la légende devient intéressante, son bras serti de pierres précieuses aurait été dérobé par des voleurs qui le cachèrent dans le creux d'un arbre dans le petit village d'Urdats en Haute Soule.

Des bergers du coin remarquèrent alors qu'un boeuf passant près de l'arbre s'agenouillait (!) devant et que ses cornes s'illuminaient. Devant le miracle, les bergers fouillèrent le tronc et trouvèrent la relique enfouie de la sainte et à cet endroit, une église fut édifiée. Urdats fut rebaptisé Sancta Engratia de Sumopuerto (Sainte-Engrâce du sommet du port*) puis plus simplement Sainte-Engrâce ou Santa Grazi en basque.

L'historienne spécialiste d'art médiéval Maritchu (variante du prénom Marie) Etcheverry, nous dit que l'église fondée en 1085 est un "témoin exceptionnel de l'art roman". Bâtie sur le chemin de Compostelle, on lui adossa un hôpital pour les pèlerins. En 1841, elle fut classée Monument Historique par Prosper Mérimée.

Très en vogue aux 19e et 20e siècles, le prénom Engrâce tend à disparaître aujourd'hui. Ou plutôt à revenir sous des formes de basque moderne comme Engrazia, Grazi ou Grazia.

Sainte Engrâce est célébrée le 16 avril.

* Port signifie ici col, lieu de passage comme dans Saint-Jean-Pied-de-Port.

Illustration : Delcampe.net "Sainte-Engrâce - La sortie de la messe" (non daté)
Sources : Diocèse de Bayonne, La République des Pyrénées (article du 26/12/2011), Office de tourisme de Sainte-Engrâce (64) 

samedi 20 janvier 2018

Petite leçon de sociologie basque

Nous sommes le 20 janvier 1838. Vous avez bien lu, 1838, car c'est aujourd'hui que j'ai mon "rendez-vous ancestral". Pour l'honorer, je me rends dans un hameau de moins de cent âmes*, Sunhar, en Haute-Soule, canton de Tardets, Basses-Pyrénées (actuellement Pyrénées-Atlantiques) dans le Royaume de France.

En effet, depuis juillet 1830, la France est redevenue une monarchie même si celle-ci n'a plus grand chose à voir avec celle de l'Ancien Régime. Je doute par ailleurs que les soubresauts de la grande histoire ne soient venus troubler mes ancêtres souletins du 19e siècle, paysans à 90%.

Me voici donc sur le seuil de la maison Iriart, la maison-souche ou etxondoa de la branche qui m'intéresse et je m'apprête à rendre visite à la soeur de mon arrière-arrière-grand-père Raymond Eppherre dit Harismendy (sosa 16). C'est elle-même qui m'ouvre la porte, deux enfants accrochés à ses basques et un nourrisson dans les bras. 

"Madame Irigaray ?
- Dia, qui m'appelle ainsi ?" s'exclame-t-elle en partant d'un grand rire franc. 
- Vous êtes bien Engrâce Eppherre mariée à Dominique Irigaray ?
- Oui mais pour tout le monde ici, je suis Engrâce Iriart et quand je vivais encore chez mes parents, à Sunharette, j'étais Engrâce Recalt. Mais entrez donc, il fait un froid de gueux, venez donc près de l'âtre."

Elle s'écarte pour me laisser passer et me désigne le zuzulu sur lequel elle s'assied à son tour et sans façon, dégrafe sa blouse et commence à nourrir le bébé au sein.
"Un goulu celui-là, il est né une semaine avant la Noël et s'agit pas de lui faire sauter un repas, ah ça non !" et me montrant ses deux aînés avec tendresse de poursuivre : "Elle c'est ma grande, Marie, elle aura quatre ans en mars, et lui, Pierre, il fera trois ans aux moissons".

Je profite de ces présentations pour lui demander quelles autres personnes vivent sous ce toit.
"Ouille, ouille Ama, voyons : mon beau-père Dominique Irigaray, la maison était à ma belle-mère, Justine Iriart mais je ne l'ai jamais connue, elle est morte avant nos fiançailles ; mon mari qui s'appelle comme son père, et moi. Ah et j'oubliais, son frère Osaba Pierre. Lui, il s'appelle vraiment Iriart ! (rires). Et puis, il y a les cadets de mon mari pas encore mariés et bien sûr nos enfants, et on compte pas s'arrêter là !
- Et tout ce petit monde s'appelle Iriart ?
- Bai, même les domestiques ! Dia, c'est plus simple comme ça".

Je n'ose pas lui dire quel casse-tête représentera pour les généalogistes futurs ce va-et-vient permanent entre le nom patronymique et le nom de la maison ! Elle par exemple dans mon arbre, se nomme Engrâce Eppherre dite Recalt dite Iriart. Dans les actes de naissance de ses enfants (elle en aura huit en tout) elle est parfois appelée Engrâce Eppherre de Sunharette, Engrâce Recalt, Engrâce Iriart (jamais Irigaray !). Et dans son acte de décès (elle vivra 88 ans), elle redevient Engrâce Eppherre de Sunhar, veuve de Dominique Irigaray, née de parents inconnus à Lichans-Sunhar (!). 

Pour l'heure, l'etcheko andrere réajuste son corsage et m'annonce gaiement : "C'est pas tout ça, mais je dois aller surveiller ce qui se passe en cuisine. Ma garbure mijote depuis des heures. Vous allez bien rester souper ?"

*Sunhar compte 86 hts au recensement de 1836. En 1842, la commune fusionne avec Lichans et devient Lichans-Sunhar.

Lexique :
Dia : Exclamation qui ponctue souvent les débuts de phrase en basque
Zuzulu : banc-coffre
Ama : Mère, maman (ouille, ouille ama peut se traduire par Bonne mère !)
Osaba : Oncle 
Bai : oui (ez : non) 
Etcheko andrere : maîtresse de maison
Garbure : soupe traditionnelle basco-béarnaise aux légumes et haricots secs, servie avec du pain et du lard 
Illustration : Mauricio Flores Kaperotxipi
Sources : AD64Genealogie64, Wikipedia, Geneanet

samedi 16 décembre 2017

Le retour du Poilu

Nous sommes à l'été de mes 20 ans et je passe quelques jours de vacances avec ma cousine Jeanne chez ses parents à Aussurucq. Ce village rural des Arbailles, dans la province basque de la Soule, compte moins de trois-cents âmes, essentiellement des agriculteurs comme Jean-Pierre et Marie E., les parents de Jeanne. Ce sont eux qui occupent désormais la maison familiale d'Etcheberria.

C'est l'heure méridienne. Allongée pour la sieste dans mon petit lit en bois surmonté d'un énorme crucifix, je laisse mes pensées vagabonder. Où sont passées ma cousine et son amie anglaise Tricia ? Jean-Pierre est-il reparti aux champs faner ?  Non, il fait trop chaud. Irons-nous demain au cayolar voir Battitta ? La maison est silencieuse, seule Marie s'active en bas. En bonne etcheko andere, elle doit déjà s'atteler au dîner de ce soir.

Soudain, une cavalcade dans l'escalier. Et des cris d'enfants. Bizarre, il n'y a plus - ou pas encore - d'enfants dans cette maison depuis des années.
- "Osaba Battitta est de retour ! Il est de retour !" hurle un gamin d'une dizaine d'années. Une jeune femme portant dans ses bras un bébé de quelques mois, attirée comme moi par tout ce raffut, sort d'une chambre voisine à la mienne.

Nous nous penchons en même temps par-dessus la rambarde pour apercevoir sur le pas de la porte un soldat trapu encore vêtu de sa vareuse malgré la chaleur*, de taille moyenne, visiblement harassé. Il me semble le reconnaître. C'est Jean-Baptiste, un frère aîné de mon grand-père Pierre, le seul en dehors de lui que j'aie connu dans cette fratrie de onze enfants.

Mais voilà qu'attirée par cette animation inattendue, sort à son tour une petite femme aux cheveux grisonnants qui se jette dans les bras du soldat et le serre, le serre à lui faire perdre haleine contre son coeur de mère. Elisabeth, mon arrière-grand-mère, murmure à l'oreille de ce grand fils qui lui est revenu un chapelet de mots doux en basque. Je ne comprends pas ce qu'ils se disent mais l'émotion me submerge.

Tous à présent sont assis autour de la grande table de la salle à manger et entourent le héros. Je me cale dans l'encoignure de la porte, et j'écoute. Je comprends qu'il est question de Michel, le petit frère disparu à Verdun. A la question de son ama, Battitta confirme, oui, il est au courant... Mieux, il se battait lui-même pas très loin au même moment...

"On pense que Michel est tombé le 21 février 1916 au Bois des Caures. Dès 6h30 ce matin-là, les Boches ont déclenché un déluge de feu d'une violence inouïe. Une pluie d'obus s'est abattue sur les positions des première et deuxième lignes tenues par les 1200 vaillants chasseurs du Colonel Driant, mais aussi sur les routes, les carrefours et les cantonnements environnants.

J'ignore où se trouvait Michel mais nous qui étions à l'arrière, nous avons senti la terre trembler ! Plus tard, on nous a dit que pendant ces deux jours meurtriers des 21 et 22 février, plus de 70 000 obus s'étaient abattus sur cette bande de terre d'à peine 1,3 km sur 800 mètres ! Le Colonel Briand et 90% de ses hommes y auraient perdu la vie même si leur résistance a contribué à repousser l'avance allemande sur Verdun... Dia, Michel n'avait aucune chance d'en réchapper."

La voix du soldat s'éteint, la mère et sa belle-fille écrasent une larme, les enfants semblent pétrifiés. Le coeur gros, je m'en retourne doucement vers ma chambre...

* Jean-Baptiste Eppherre (1889-1973) était, pendant la guerre de 14-18 2e canonnier-conducteur au sein du 24° régiment d'artillerie. D'après son Livret militaire, il est renvoyé dans ses foyers (chez ses parents à Aussurucq) en juillet 1919. Il avait alors 30 ans. Plus tard, il fera une carrière dans les PTT. 

Lexique :
Cayolar : Cabane du berger utilisée pendant l'estive
Etcheko andere : Maîtresse de maison
Osaba Battitta : Oncle Jean-Baptiste 
Ama : Mère, maman
Dia : Exclamation qui ponctue souvent les débuts de phrase en basque

Illustration : Chtimiste.com "Quatre poilus du 60° RI", celui auquel appartenait Michel Eppherre (1895-1916)
Sources : Mémoire des Hommes, Livrets militaires des Pyrénées-Atlantiques, AD64, Chtimiste.com, Wikipedia, Geneanet : Nos ancêtres dans la Grande Guerre

Pour en savoir plus sur la Bataille du Bois des Caures : Chemins de Mémoire 

mardi 28 novembre 2017

Deux frères dans la Grande Guerre

Récemment, j'ai rejoint l'équipe de bénévoles qui se relaient pour annoter les fiches des soldats "Morts pour la France" au cours de la Première Guerre mondiale. Je me suis décidée quand j'ai constaté que le département des Pyrénées Atlantiques (ex Basses Pyrénées), berceau de ma famille paternelle, était à la traîne de ce vaste chantier d'indexation.

A partir du 11 novembre, soit un an avant la date butoir du Centenaire de l'Armistice, j'ai donc repris les Livres d'or des communes du département en commençant par la Soule, et entrepris de compléter à mon tour les fiches individuelles contenues dans la base Mémoire des Hommes.

La première chose qui m'a frappée c'est le nombre de frères tombés au champ d'honneur. Sur les Monuments aux Morts, les mêmes noms reviennent souvent deux fois. On parle là de villages qui au moment de la guerre ne comptaient guère plus de 200 habitants et en moyenne, ont perdu une douzaine d'hommes sur une période de moins de cinq ans. 

Mon coeur se serre en pensant à ces pauvres parents à qui l'on annonçait par deux fois la perte d'un enfant. Pour leur rendre hommage, je citerai les noms des frères Inchauspé à Camou-Cihigue, Etchetto à Menditte, Mendicouague à Sauguis-Saint-Etienne, Nicigar et Palacios à Tardets, Sagaspé à Trois-Villes, et je pourrais continuer longtemps la litanie ...

Parce qu'ils descendent d'un de mes lointains aïeux, Grégoire Appeceix, j'ai choisi d'évoquer le destin de deux frères originaires d'Ossas-Suhare, Jean-Baptiste et Arnaud Oxoaix. Le premier naît le 5 juillet 1881 dans la maison maternelle Elissagaray. Plus tard, on le retrouve à Saint-Pierre-et-Miquelon, souvent surnommée la "Huitième province basque" tant elle attira de jeunes du pays tentés par l'aventure de la pêche à la morue.

Soldat de la classe 1901, sa conscription est d'abord ajournée en 1902 puis en 1903, il est exempté pour cause de faiblesse de poitrine (est-ce congénital ou suite à la dure vie à bord des chalutiers ?). Quand la guerre éclate, Jean-Baptiste a 33 ans et il est affecté à la 10e section d'Infirmiers militaires de Rennes. C'est donc comme soignant qu'il participera à l'effort de guerre. Hélas, le 16 octobre 1918, il décède de la grippe à l'Hôpital auxiliaire 991 de Saint-Servan (Saint-Malo, Ille-et-Vilaine). 

Son petit frère Arnaud voit le jour le 1er août 1884 à Ossas-Suhare, toujours dans la maison familiale. A 20 ans, il s'engage à Bayonne pour une période de trois ans et rejoint le 49e Régiment d'Infanterie. En juin 1905, il passe caporal puis sergent en octobre 1906. Rendu à la vie civile en juillet 1907, il poursuit des études d'architecte et travaille pour un cabinet d'Orthez (Basses-Pyrénées).

Au moment de la mobilisation générale, il est versé au 218e régiment d'infanterie, régiment de réserve où il a le grade d'adjudant, et prend part à la fameuse bataille du Chemin des Dames. Sa guerre sera de courte durée, commencée le 5 août 1914, elle s'achève le 24 septembre à Beaurieux (Aisne) où Arnaud meurt des suites de ses blessures. Il venait d'avoir 30 ans.

Illustration : Carte postale Delcampe, la 12e section d'infirmiers militaires
Sources : Mémoire des Hommes, Registres militaires du 64, AD 64, Généalogie64, Chtimiste.com

En savoir plus sur les Basques à Saint-Pierre-et-Miquelon : ici et sur la vie des Infirmiers militaires : .