vendredi 13 novembre 2015

Vie et mort de trois poilus nés dans le même village (II)

Le frère aîné de Michel Eppherre, Dominique (1884-1944) avait épousé à Aussurucq le 24 novembre 1909 Jeanne Etchart (1886-1960) de la Maison Larraquia. Ensemble, ils auront onze enfants mais au moment de la mobilisation, ils en ont déjà trois, dont le futur chanoine Guillaume Eppherre (1911-1974) et Mayanna (1913-2014), une centenaire en devenir que j'évoquerai peut-être un jour...  

Jeanne aussi a perdu un petit frère au cours de la Grande Guerre dont le nom figure sur la plaque commémorative de l'église, Né le 20 janvier 1894, Arnaud Etchart est le fils de Guillaume Etchart et d'Engrâce Hidondo du même village d'Aussurucq. Son livret militaire nous apprend qu'il est d'abord réformé le 2 juillet 1914 pour "faiblesse". Mais la guerre éclate et il est finalement incorporé en même temps que Michel Eppherre, frère de son beau-frère donc, le 16 septembre suivant.

Il passe par le 170e régiment d'infanterie en tant que soldat de 2e classe, devient 1ère classe le 27 septembre 1915 et rejoint le 21 janvier 1916 le 42e RI* dit "L'as de carreau". Toujours d'après le site Chtimiste, les casernements de ce régiment sont alors regroupés à Belfort et à Giromagny (Territoire de Belfort). En août 1916, Arnaud Etchart prend part avec ses camarades à la bataille de la Somme. Il décède des suites de ses blessures le 24 août 1916 à 17 heures au Bois de Hem. Il avait 22 ans. 

Le troisième disparu que j'évoquerai est le cousin germain du précédent. Arnaud Hidondo est en effet le fils de Pierre, frère d'Engrâce, la mère de Jeanne et Arnaud Etchart. Il naît le 17 août 1882, dans la maison Althabegoïty, celle de sa mère, Marie Inchauspé. Lui aussi est d'abord dispensé car soutien de famille en tant que fils de veuve et aîné de sept enfants. En 1906, il est réserviste.

Au moment de la déclaration de la guerre, il a 28 ans. Affecté au 58e régiment d'artillerie de Bordeaux, son régiment de rattachement, il servira pendant la "campagne contre l'Allemagne" du 13 août 1914 au 13 juin 1918, date à laquelle, il meurt dans l'ambulance qui le transporte, des suites des ses blessures de guerre. Le lieu de son décès n'est pas mentionné.

Arnaud est le dernier nom de la plaque des morts de 14-18 d'Aussurucq, il allait avoir 36 ans.

* En avril 1917, le 42e RI perdra plus d'un millier d'hommes en une seule semaine au Chemin des Dames.

jeudi 12 novembre 2015

Vie et mort de trois poilus nés dans le même village (I)

Il n'aura échappé à personne que nous étions hier le 11 novembre. Sur le site Mémoire des Hommes, un gros travail d'indexation collaboratif a été entrepris pour annoter les 1,4 millions de fiches que compte actuellement la base des Morts pour la France de la Première Guerre Mondiale. J'ai voulu apporter ma petite pierre à l'édifice en me penchant sur les morts du village souletin d'Aussurucq, au Pays basque.

Je me suis souvenue d'une photo que j'avais prise sous le porche de l'église. Douze noms figurent sur une plaque en marbre. Dans la précipitation ou sous le coup de l'émotion, le graveur s'est trompé dans les dates, il a indiqué 1914-1916 alors que trois poilus du village sont bien tombés en 1917 et un en 1918. Comme quoi, l'expression "gravé dans le marbre" est parfois sujette à caution... 

Après m'être penchée sur le destin de chacun de ces disparus en consultant leurs livrets militaires, j'ai choisi de vous parler de trois d’entre eux. Commençons par celui qui m'est le plus proche puisqu'il s'agit du frère de mon grand-père paternel. Michel Eppherre naît le 14 février 1895 dans la Maison Etcheberria, d'Elisabeth Irigoyen (1858-1942) et de Dominique Eppherre (1851-1928). 

Il est le huitième d'une fratrie de onze enfants dont mon grand-père Pierre né le 30 septembre 1901 est le dernier. Entre eux, un frère et une sœur sont morts en bas âge, ce qui me laisse penser que ce Michel de 6 ans 1/2 son aîné a dû beaucoup compter pour le petit Pierre. A la suite de la mobilisation générale d'août, Michel est incorporé le 16 septembre 1914 comme soldat de 2e classe. Il n'a pas 20 ans. 

Le 5 octobre 1915, il rejoint le 60e Régiment d'infanterie dit "l'as de cœur" regroupé à Besançon. [Sources : Chtimiste.com]. De février à mars 1916, le 60e RI livre la terrible bataille de Verdun. C'est là que le 22 février, Michel disparaît au lieu-dit le Bois des Caures. Il faudra attendre le 4 mai 1921 pour que son décès soit acté et reporté sur le registre d'état civil d'Aussurucq. 

Dans leur sécheresse ces dates encadrent le triste destin de ce jeune homme de 21 ans, à la silhouette trapue comme souvent chez les Basques : 1,64 m, des yeux gris (ceux de mon grand-père étaient bleus) et des cheveux noirs. Un jeune agriculteur qui ne connaîtra jamais la joie d'être père et laissera dans la peine ses parents, ses trois sœurs et trois frères aînés, et bien sûr un petit frère inconsolable ...

[A suivre]

mardi 3 novembre 2015

Les registres de Guillaume Apheça, "marchand de palombes"

Le Niger - Collection  P. Ramona
Mon dernier billet sur les Lohitçun originaires d'Aussurucq, berceau d'une partie de ma famille paternelle, faisait état de quatre sœurs aux destins différents mais qui toutes avaient été mères un jour. Une fois de plus, il me faut revoir ma généalogie. En effet, en transcrivant l'acte de mariage de la petite dernière, Elisabeth, daté du 14 octobre 1851, je me suis aperçue qu'un des témoins était son beau-frère, un certain Arnaud Ihitz, de Sauguis.

Histoire de brouiller les pistes, une cinquième sœur, Marie, née le 15 septembre 1827 (oui, je sais encore une Marie !) s'était en effet mariée dans le village de son promis, Sauguis. Ce 19 février 1849, elle avait uni sa destinée à celle d'Arnaud Ihitz, frère cadet de sa belle-sœur Marie laquelle venait d'épouser à Aussurucq son frère Pierre le ... 13 février, soit moins d'une semaine auparavant. J'imagine que chaque famille partageait ainsi la charge de deux mariages "croisés" et rapprochés.

Une fois cette découverte faite, il ne me restait plus qu'à établir la descendance de cette nouvelle branche grâce aux registres numérisés de Sauguis-Saint-Etienne. Arnaud et Marie ont eu neuf enfants entre 1849 et 1863 avec comme toujours, leur lot de décès en bas âge, trois bébés et une fillette de 13 ans. Ma surprise fut néanmoins de ne trouver aucun mariage ni descendance chez les cinq survivants. En tout cas, pas dans leur village natal, ni dans les environs.

Et c'est là que j'ai eu l'idée d'aller faire un tour du côté des registres de Guillaume Apheça. Souletin lui aussi, né à Domezain-Berraute en 1828, c'était un agent d'émigration de l'agence Colson à Bordeaux. Avec son frère Jean, il organisa le voyage de quelque 15000 émigrants basques entre 1856 et 1913. Guillaume supervisait leur départ depuis Saint-Palais tandis que Jean, installé à Buenos Aires, les accueillait dans ce qu'on appelait alors le pays de La Plata (les territoires d'Uruguay, Paraguay et Argentine autour de ce fleuve).

Guillaume Apheça, dont les registres ont été retrouvés par hasard dans une maison de Béhasque, était ce qu'on appelait un "uso martxanta", un "marchand de palombes", en référence à cet oiseau migrateur bien connu des Basques. En 1892, un rapport parlementaire fait état de 79 000 départs de France  au cours des cinquante dernières années pour Montevideo et Buenos Aires. Parmis eux, les deux tiers sont des Basques.

Mais revenons à nos enfants Ihitz. Le 5 février 1874, le dénommé Pierre Ihits (sic), originaire de Sauguis, embarque sur le Niger de la Cie des Messageries Maritimes en partance vers l'Amérique du Sud. Il est accompagné par une de ses sœurs dont on ne connaît pas le prénom. L'année suivante, une certaine Marie Ihitz, âgée de 21 ans, elle aussi native de Sauguis, quitte la France le 5 octobre 1875. Le registre ne mentionne ni le nom du bateau ni la destination.

Marie Lohitçun, sœur cadette d'une autre Marie, mon AAAGM, et Arnaud Ihitz avaient eu un fils, Pierre, né le 19 août 1851 et une fille, Marie, née le 29 septembre 1854 (donc bien âgée de 21 ans en 1875). Je n'ai aucune certitude mais il me plaît de penser que, telles les palombes de leurs montagnes, ils se sont envolés vers d'autres horizons... 

vendredi 30 octobre 2015

Quatre sœurs, quatre destins de mères

Félix Arnaudin
Chaque généalogiste se retrouve au moins une fois confronté à des naissances hors mariage, reconnues ou pas. Le cas basque se complique un peu du fait de la relative tolérance des mariages dits "à l'essai" comme je l'ai déjà expliqué ici, Prenons le cas de la famille de mon arrière-arrière-arrière-grand-mère, Marie Lohitçun (sosa 39), née le 1er novembre 1809 à Aussurucq.

Marie est la seconde d'une fratrie de quatorze enfants dont quatre mourront en bas âge et quatre seulement auront une descendance. Elle est la première à se marier, son frère aîné Jean (1808-1829) étant décédé à l’âge de 21 ans quatre ans auparavant. Le 22 mai 1833, à 23 ans, elle épouse Pierre Dargain-Laxalt, de neuf ans son aîné. Il est sous-lieutenant des douanes et ils n'auront que deux filles, Marie-Jeanne (1833-1907), mon arrière-arrière-grand-mère (sosa 19) que j'ai longtemps crue fille unique (lire ) et sa petite sœur (1838-1840). Première suspicion de mariage à l'essai, Marie-Jeanne est née deux jours avant le mariage de ses parents !

Engrâce, sixième de la famille, voit le jour le 31 octobre 1815 à la suite de trois enfants morts bébés. A son tour, elle aura deux enfants mais sans père. Le 3 avril 1840, c'est sa mère Marie (ma sosa 79) qui annonce la naissance à la maison Lohitçun d'une petite Marie née de père inconnu. La petite décède le 30 mars 1842. Un mois plus tard, cette fois c'est le père d'Engrâce, Joseph, qui vient déclarer Pierre, né le 30 avril 1842 toujours de père inconnu. Le sort s’acharne sur la pauvre Engrâce puisque le petit Pierre ne vivra que 17 mois...

Le seul garçon de cette branche à perpétuer le nom de Lohitçun, est aussi un Pierre né juste après Engrâce, le 29 mai 1817. Le 13 février 1849, il épouse Marie Ihitz de Sauguis. Ensemble, ils auront quatre enfants. Mais intéressons-nous à présent à Marguerite, le numéro 12 de la fratrie. Elle aussi a d'abord un enfant né de père inconnu, Là encore c'est Joseph qui se déplace en mairie pour déclarer la naissance de ... Joseph, le 27 mars 1847. Mais cette fois, le père n'est pas si inconnu que ça...

En effet, le 29 juin 1848, Marguerite Lohitçun, 31 ans convole avec un garçon de son village, Pierre Serbielle dit Etchatz, 33 ans. Le couple s'empresse alors de reconnaître Joseph, leur premier né. Sur l'acte de son propre mariage, le 25 novembre 1875 avec Marie Chalde-Lago, Joseph né Lohitçun est entre temps devenu Joseph Serbielle-Etchatz. J'ignore si le mariage était à l'essai ou si il y a eu "réparation" après une première grossesse surprise mais en tout cas, le couple sera prolifique. Je vous fais grâce des huit frères et sœurs suivants (dont trois autres Joseph !) mais Marguerite aura sa petite dernière à 45 ans !

J'ai déjà évoqué l'histoire d'Elisabeth, sœur cadette de mon AAAGM Marie. Née, le 25 décembre 1829, vingt ans après celle-ci, elle épousera Antoine Larrive le 14 octobre 1851. A ce jour, j'ai perdu sa trace et celle de son douanier de mari. J'ignore donc si elle a eu des enfants mais si c'est le cas, ils étaient parfaitement légitimes...

vendredi 16 octobre 2015

Le chaînon manquant


©Archives familiales
Lorsque je me suis lancée dans cette dévorante aventure qu'est la généalogie, j'ai commencé par la branche qui me paraissait la plus simple, à savoir celle de ma famille paternelle. Si les Eppherre ne m'ont pas posé trop de problèmes, en revanche, pour les Etchemendy, la quête s'est avérée plus ardue.

Reprenons au début. Le couple sur la photo, ce sont mes grands-parents paternels, Pierre Eppherre (1901-1970) et Marie-Anne Etchemendy (1912-1977), le jour de leur mariage à Saint-Jean-le-Vieux (Pyrénées Atlantiques) le 4 février 1932. Voici quelques temps déjà que j'ai une alerte sur Geneanet, mais les Etchemendy (nom qui signifie "la maison située dans la montagne" : etxe maison et mendy montagne, en basque), sont nombreux. 

J'ai déjà expliqué ici comment, à la faveur d'une discussion avec mon père et une de ses cousines, j'avais réussi enfin à "localiser" Jean Etchemendy, le père de Marie-Anne, mon arrière-grand-père donc, à Mendive. Le 30 septembre 1908, il épouse Gratianne Urritzaga.

La mairie de Saint-Jean-le-Vieux m'a gentiment fait parvenir leur acte de mariage ainsi que l'acte de naissance de Gratianne, née dans cette commune et non pas en Espagne comme je le pensais. On y apprend qu'elle naît le 19 septembre 1883 et est déclarée par son père sous le prénom de Gracieuse. Ses parents sont Martin Urritzaga et Dominica Biscaïtchipy.

Je sais que les Urritzaga sont de Valcarlos mais mes recherches sont au point mort de ce côté-là de la frontière. En revanche, je décide de me pencher sur les Biscaïtchipy, originaires je le suppose de Basse-Navarre (Pays basque, côté français). A Saint-Jean-le-Vieux, dans les archives numérisées des Pyrénées-Atlantiques (AD64), je trouve la trace d'un mariage le 19 février 1871, d'un Jean Biscaïtchipy et d'une Marianne Saroïberry ou Sallaberry.

Mais les dates posent problème car si l'on se fie à l'acte de mariage de sa fille Gratianne, Dominica est née autour de 1861. D'où l'importance de lire un acte jusqu'au bout, celui que je regarde précise à la troisième page que le couple Biscaïtchipy/Sallaberry reconnaît deux enfants nés hors mariage dont une fille prénommée Dominica et née le 19 octobre* 1861 ... à Buenos Aires, en Argentine

Mon intuition me souffle qu'il s'agit bien de mon arrière-arrière-grand-mère mais comment en être sûre ? Il faudrait que je mette la main sur son propre acte de mariage avec Martin Urritzaga qui a dû intervenir entre 1880 et 1883. Pas de chance la numérisation de la commune s'arrête à 1879 et je ne peux pas encore solliciter la commune sans date précise ni même la preuve qu'ils se sont bien mariés là...

Et c'est là qu'intervient l'association Gen&O qui fait un travail remarquable dans le département. J'envoie une sorte de SOS via Twitter et reçois le lendemain dans ma boîte mail l'acte recherché, daté du 23 novembre 1882. Le chaînon manquant.

Dominica est bien née en Argentine avant que ses parents ne reviennent "au pays". Avec son acte de mariage et celui de ses parents, ce n'est pas une mais deux générations que je peux rajouter à mon arbre ! A ce jour, la généalogie de cette branche remonte à avant la Révolution et ouvre des pistes sur trois pays, la France, l'Espagne et l'Argentine !

Moralité : la généalogie, c'est un peu de flair, beaucoup de persévérance et surtout de l'entraide...    

* En fait, elle est née le 17 et a été baptisée le 19 ce que j'apprendrai beaucoup plus tard grâce à son acte de baptême argentin !  

mardi 13 octobre 2015

Où Gallica livre deux archives de choix

Guillaume Eppherre (à gauche) en 1971
J'ai déjà évoqué ici Guillaume Eppherre, cousin germain de mon père, prêtre, écrivain et membre de l'académie de la langue basque (Euskaltzaindia). Une récente recherche dans le site de la Bnf, Gallica, m'a amené à m'intéresser à ce parent que j'ai eu la chance de croiser dans mon enfance.

Guillaume naît à Aussurucq le 19 octobre 1911 dans la maison Etcheberria. Il est le second d'une fratrie qui comptera onze enfants. Son père, Dominique (1884-1944) est un frère aîné de mon grand-père Pierre (1901-1970) qui de fait, n'a que dix ans de plus que ce neveu. Sa mère, Jeanne Etchart (1886-1960), est également native d'Aussurucq (maison Larraquia).

Destiné à la prêtrise, il fait sa scolarité au collège Saint-François de Mauléon-Licharre, des études de philosophie au Petit séminaire d'Ustaritz, de théologie au séminaire de Bayonne et enfin, de mathématiques à la faculté de Toulouse. (Sources familiales et Wikipedia)

C'est là qu'il entre au service de l’évêque de Bayonne, Monseigneur Houbaut, comme le rapporte cette coupure de presse du journal La Croix en date du 14 juillet 1937. Deux ans après, la guerre éclate et il est mobilisé.
La Croix du 14 juillet 1937
L'autre archive de Gallica nous apprend qu'il est sergent au 18e RI lorsqu'il est fait prisonnier. On retrouve son nom dans la liste transmise par les autorités allemandes au centre national d'information sur les prisonniers de guerre (j'ignorais qu'un tel service existait !)
Toujours d'après Wikipédia, après la guerre, Guillaume Eppherre devient chanoine honoraire de Bayonne et aumônier au collège Saint-Bernard de la même ville. Ses écrits contribueront largement au rayonnement de la langue basque à travers l’académie dont il devient membre en 1957. Il y siégera en tant que représentant de la province de la Soule jusqu'à sa mort, le 17 octobre 1974.

Celle-ci intervient deux jours avant son 63e anniversaire et douze jours après le décès de son petit frère Grégoire (1929-1974), prêtre comme lui... 

Sources photo : Euskomedia.org

jeudi 1 octobre 2015

Quand mes ancêtres habitaient sur une frontière

"Les accords frontaliers passés au 18e siècle entre la France et l'Espagne ont définitivement séparé Valcarlos de la Basse-Navarre et de l'évêché bayonnais auxquels cette paroisse était rattachée depuis sa création" écrit Jean-Baptiste Orpustan dans sa Nouvelle Toponymie Basque, et de préciser : "C'est sans doute le pèlerinage compostellien et le rôle du monastère de Roncevaux qui ont fait le destin de cette "vallée de Charlemagne".

Quand avec mes parents nous passions nos vacances au Pays basque, nous faisions toujours une étape de "ravitaillement" dans les ventas d'Arnéguy sur la frontière. Si mes souvenirs sont bons, seul un pont sur la Nive marquait la limite entre la France et l'Espagne. L'architecture changeait un peu d'un côté à l'autre mais c'est tout. Je savais qu'une partie de ma famille venait de Valcarlos mais je n'avais jamais réalisé avant de me lancer dans la généalogie à quel point les deux villages étaient proches.

De fait, longtemps Arnéguy fut un quartier de Luzaide, le nom basque de Valcarlos. Dans l'acte de mariage de mes arrière-grands-parents, il est précisé que les parents de Martin, Pierre ou Pedro Etchemendy (ca 1811-1891) et Marie Auzquy (ca 1812-1872), sont domiciliés à Arnéguy mais que lui est né à Valcarlos, côté espagnol et elle à Mendive, un village plus à l'ouest distant d'une vingtaine de kilomètres à peine. Sur l'acte de naissance d'un de ses enfants, il est également précisé que Pierre est sujet espagnol. 

Pour cette branche, j'ai eu de la chance, j'en ai retrouvé de nombreuses traces dans les AD64, à Arnéguy, Mendive, Béhorléguy et plus tard, à Saint-Jean-le-Vieux. En revanche, mon arrière-grand-mère, Gratianne Urritzaga, est également originaire de Valcarlos mais je suppose que son acte de naissance est resté en Espagne. J'ai trouvé une famille Urritzaga à Arnéguy mais hélas, pas elle. Je suis un peu coincée d'autant qu'autour de moi, personne ne peut me donner sa date de naissance.

Je ne crois pas que de leur vivant, le fait d'habiter d'un côté ou l'autre de la frontière au gré des traités, changeait grand chose au quotidien de mes ancêtres. A 95%, ils étaient laboureurs, parlaient le basque, allaient à la messe, faisaient de nombreux enfants, et pour la plupart, n'auront probablement jamais traîné leurs espadrilles du côté de Bayonne ou Pampelune...        

samedi 19 septembre 2015

Où je m'attaque à la branche Etchemendy

Il aura fallu une soirée avec mon père et une de ses cousines germaines pour que je puisse enfin trouver le fil qui me reliait à une nouvelle branche de mes ancêtres basques. De leur grand-père maternel commun, Dominique et Jeanne ne savaient pas grand chose. Qu'il se prénommait Jean, était né du côté de Saint-Jean-le-Vieux, et s'était marié avec Gratianne Urritzaga, native de Valcarlos, de l'autre côté de la frontière (aujourd'hui on dirait Pays basque sud).

Et puis après quelques échanges, Papa s'est exclamé : "tu devrais regarder du côté de Behorleguy ou de Mendive". Aussitôt dit, aussitôt fait, l’insomniaque que je suis se relève la nuit suivante pour s'attaquer aux archives de ces deux villages. Des Etchemendy en pagaille (c'est un nom très courant, je m'en étais déjà aperçue à travers une alerte sur Geneanet), et déjà quelques Jean Etchemendy. Mais lequel était le mien ? 

Et bien sûr, pas de tables décennales dans ces communes qui m'auraient fait gagner du temps. Les généalogistes amateurs ont heureusement de l'intuition, je resserre ma recherche sur une période donnée et sur Mendive, et repère trois familles Etchemendy potentielles. Puis je vais me recoucher...

Le lendemain, je reprends ma quête et trouve à deux mois d'intervalle, deux actes de naissance de deux Jean Etchemendy dont un qui m'avait échappé la veille. Et béni soit le scrupuleux officier d'état civil de Mendive qui a eu la bonne idée d'indiquer dans la marge les dates de mariages de ses concitoyens ! Le "mien", mon arrière-grand-père donc, est né le 12 mars 1877 dans la maison Cubiatia, et s'est marié le 30 septembre 1908 à Saint-Jean-le Vieux avec Gratianne Urritzaga.

La vraie surprise, y compris pour mon père, est que le père de Jean, Martin Etchemendy (né ca 1842) était espagnol, natif lui aussi de Valcarlos ! J'ai en effet trouvé son acte de mariage à Mendive le 4 février 1873 avec une certaine Izabelle Esponda. Ainsi donc, mes racines ibériques (mes quatre arrière-grand-parents du côté de ma mère sont d'origine espagnole) sont encore plus marquées que je ne le pensais ! La généalogie c'est génial, à travers ses racines, on fait des découvertes sur soi-même...

Illustration : Ramiro Arrue y Valle

dimanche 21 juin 2015

Où je lis un ouvrage écrit par ... mon arrière-arrière-grand-oncle !

A la recherche de documents sur le Pays basque, je feuillette un ouvrage sur Gallica intitulé "Le peuple basque, sa langue, son origine" écrit par le Chanoine Inchauspé et publié par l'Association française pour l'avancement des sciences, à l'occasion du Congrès de Pau de 1892. Comme ce livret d'une trentaine de pages est passé dans le domaine public, je le télécharge et l'imprime pour le lire tranquillement plus tard.

Mue cependant par la curiosité, je fais une recherche sur Wikipedia sur l'auteur et quelle n'est pas ma surprise de m'apercevoir que le Chanoine Emmanuel Inchauspé est en fait mon arrière-arrière-grand-oncle ! C'est le petit frère d'Anne (sosa 17) que j'ai déjà évoquée plusieurs fois et le fils de Marie-Jeanne Duthurburu (sosa 35), ma "centenaire" ! (lire "Anne, ma sœur Anne" ... et "Où je fais la connaissance de ma première centenaire").

Emmanuel (Sunharette, 1815-Abense, 1902) est déjà dans mon arbre généalogique sauf que pour moi, conformément à son acte de naissance du 12 novembre 1815, il s'appelle Manuel. Encore plus fort, je m'aperçois que lors de ma visite des cimetières "familiaux" au mois d'avril, j'ai pris en photo un tombeau à Abense-de-Haut, sur lequel figurent deux Eppherre, une Marie Jeanne (1844-1925) et une Marie Anne (1854-1923), me promettant de faire des recherches plus tard à leur sujet.

Au milieu de ce tombeau, une épitaphe en basque avait bien attiré mon attention mais comme je ne le parle pas, j'avais deviné plus que traduit. A la lueur de l'article de Wikipedia, je comprends qu'il s'agit bien d'Emmanuel, abbé (apheza), vicaire général du diocèse de Bayonne, linguiste et écrivain !

Quant aux deux Eppherre voisines sur la pierre tombale, il s'agit très probablement de ses nièces maternelles, fille de Anne Inchauspé et de Raymond Eppherre dit Harismendy, mes AAGP (sosas 16 et 17). Les prénoms et dates de naissance collent mais seule une visite à la mairie d'Abense me le confirmerait avec les actes de décès.

Jusque là dans notre famille, il y avait un écrivain et académicien basque, également chanoine, Guillaume Eppherre (Aussurucq, 1911-Bayonne, 1974), un cousin germain de mon père que j'ai connu. Il me plaît de penser qu'aujourd'hui j'en ai découvert un autre...

vendredi 19 juin 2015

Un orphelin couché sur un testament mais non reconnu

Presque une semaine que je fais des recherches pour livrer une histoire complète. Peine perdue. Je vais donc la raconter avec les éléments que j'ai réunis et accepter une fois de plus que la généalogie c'est aussi des questions sans réponses...

Grâce au remarquable travail de transcriptions d'actes que fait l'association Gen&O, je suis tombée par hasard sur des minutes notariales où il était question d'un inventaire de biens suite au décès d'un certain Pierre Eppherre-Iriart du village d'Abense-de-Haut. Cette lignée me pose problème depuis le début de mes recherches car je n'arrive pas à la relier à ma généalogie alors qu'il s'agit d'Eppherre qui plus est alliés à des Irigoyen de Suhare. Mais passons, là n'est pas mon propos.

Ce que je comprends de cet acte daté du 10 décembre 1855, c'est qu'il fait suite au testament laissé par le défunt et déposé chez Maître Jean Casenave, notaire à Mauléon, le 25 août 1855. Le malheureux décèdera trois jours plus tard dans sa maison de Bertereix d'Abense-de-Haut. Il avait 25 ans. Selon ses dernières volontés, il lègue ses biens à son père Jean Eppherre-Iriart, lui recommandant de faire célébrer 80 messes pour le salut de son âme, de payer vingt francs aux pauvres de la paroisse, sept à ceux de Garindein et de donner cinq francs pour la réparation de l'église d'Abense.

Là où l'affaire devient intéressante c'est qu'il est ensuite question d'un enfant orphelin d'environ cinq mois dont Pierre laisse à son père la charge de le nourrir et de l'entretenir "de dos et de table" et de l'élever comme il convient. Il en fait l'héritier des biens dont "il peut disposer", l'usufruit allant à son père. Il précise que cet enfant vit auprès d'une certaine Marie Ayphassorho dite Eyheressague, sa mère, domiciliée à Chéraute. Aucune mention des liens qui le lient à la mère ou à l'enfant.
  
Après quelques recherches, j'ai trouvé l'acte de naissance de l'enfant, Pierre, né le 13 avril 1855 à Roquiague, de Marie Ayphassorho de la maison Eyheressague, âgée de 30 ans (elle est née le 1er mars 1825) et de père inconnu. La déclaration n'est faite que six mois plus tard à la mairie de Roquiague le 26 octobre 1855 par Jean Ayphassorho, oncle paternel de l'enfant.

Plus étonnant encore, le 1er septembre 1855, donc deux jours après le décès de Pierre Eppherre-Iriart, Marie se rend à l'étude de Maître Casenave pour déclarer qu'elle est bien la mère d'un enfant naturel né le 23 avril 1855 (date différente de celle indiquée en mairie), nommé Pierre Ayphassorho et né de père inconnu. Un peu comme si elle avait voulu être sûre que cet enfant ait un avenir avant de le reconnaître...

Les questions que je me pose à propos de cet enfant sont nombreuses. Pierre était-il son père ? Dans ce cas, pourquoi en avoir fait son héritier sans le reconnaître ? Qu'est-il advenu de lui et de sa mère ? Mes recherches sont rendues très compliquées par le fait que deux des frères de Marie se prénommaient Pierre, comme leur père, et ont à leur tour donné ce prénom à leurs fils...

J'ai même imaginé que l'enfant ait pu être élevé par son grand-père paternel putatif à Abense, mais là non plus, je n'ai rien trouvé dans les archives du village, sinon que Jean Eppherre-Iriart dit Bertereix est décédé à l'âge de 97 ans ! Un peu tard pour que son hypothétique petit-fils puisse hériter de quelque chose. Mais les Eppherre étant gens de parole, je ne doute pas qu'il ait subvenu aux besoins de cet enfant...

Illustration : Mauricio Flores Kaperotxipi