jeudi 5 février 2015

Anne ma soeur Anne ne vois-tu rien venir ?

Aurelio Arteta
L'un des travers lorsqu'on se lance dans la généalogie c'est de ne voir les choses qu'à l'aune de son époque. Ainsi, de nos jours ou du moins, dans nos sociétés occidentales, il ne viendrait à personne l'idée de donner deux fois le même prénom dans une même fratrie. Très vite, on s'aperçoit que cette notion est battue en brèche chez nos ancêtres. Il n'est pas rare de trouver deux Pierre ou deux Marie, par exemple. L'explication la plus simple est que, comme on donnait souvent au nouveau-né le prénom de son parrain ou de sa marraine, lequel était souvent un grand-parent ou bien un frère ou une sœur aîné (e), on assiste à une répétition à l'envi de certains prénoms...
Le risque est grand alors de se tromper de personne. Ce fut le cas pour moi avec la mère de Dominique Eppherre (1851-1928) laquelle, d'après l'acte de naissance de celui-ci, s'appelait Anne Inchauspé. J'avais bien retrouvé des Inchauspé natifs de Sunharette et non pas une mais deux Anne, l'une née le 13 avril 1818 et l'autre le 5 novembre 1819. 
Malgré cela, les dates ne collaient pas. Celle que je cherchais devait être née en 1812 puisque l'acte de mariage de son fils daté du 15 novembre 1881, stipulait qu'elle était alors âgée de 69 ans. Cette énigme m'a donné du fil à retordre jusqu'à ce que je retrouve son propre acte de mariage avec Raymond Eppherre et que je comprenne qu'elle était née non pas à Sunharette comme le reste de la fratrie mais à Abense-de-Haut. Et qu'il y avait bien trois Anne dans la maison Harismendy de Sunharette !
 
Acte de mariage de Anne Inchauspé et Raymond Eppherre
L'an mil huit cent quarante et un et le trois du mois d'août à six heures du matin, par devant nous Pierre Bassaber, adjoint au maire délégué pour remplir les fonctions d'officier de l'état civil de la commune d'Alçay, canton de Tardets, département des Basses Pyrénées, sont comparus Raymond Eppherre, âgé de vingt-trois ans ainsi qu'il résulte de son acte de notoriété dressé à Tardets par le juge de paix, le douze juillet dernier, homologué par le tribunal de premier instance séant à St Palais, le vingt quatre du dit mois de juillet, natif de la présente commune section de Sunharette y domicilié, fils légitime de Simon Eppherre et de Marie Iriart dit Recalt, cultivateurs domiciliés au dit lieu, ci présents et consentants, et Anne Inchauspe âgée de vingt-neuf ans, cultivatrice native de la commune d'Abense de Haut, domiciliée dans la présente section de Sunharette, veuve de Pierre Etchegoren, cultivateur décédé à Licq le onze octobre mil huit cent trente huit, fille légitime de Jean-Baptiste Inchauspe et de Marie-Jeanne Duthurburu, cultivateurs, domiciliés au dit présent lieu, ici présents et consentants,  lesquels nous ont requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux et dont les publications ont été faites devant la porte de notre maison commune, savoir la première le dimanche dix-huit du mois dernier à l'heure de midi et et la seconde le dimanche vingt-cinq du dit mois à l'heure de midi. Aucune opposition de ne nous ayant été signifiée, faisant droit à leur réquisition, après avoir donné lecture de toutes les pièces ci-dessus et du chapitre six du code civil intitulé du mariage, avons demandé au futur époux et à la future épouse s'ils veulent se prendre pour mari et femme, chacun d'eux ayant répondu séparément et affirmativement, déclarons au nom de la loi que Eppherre Raymond et Inchauspe Anne sont unis par les liens du mariage. De quoi avons dressé acte en présence de Dominique Eppherre, âgé de trente-six ans cultivateur, frère de l'époux, de Fabien Etchalus dit Etchart, âgé de quarante deux ans, cultivateur, de Pierre Etchalus dit Elichalt, âgé de trente cinq ans, taillandier (?) et de Bernard Biscay âgé de quarante ans, instituteur, tous les quatre domiciliés au présent lieu d'Alçay lesquels, après que leur en a été aussi donné lecture ont signé avec nous les pères des époux. Les parties contractantes et leurs mères n'ont signé pour ne savoir le faire. Fait en notre mairie à Alçay, le jour, mois et an que dessus. Approuvant trois mots interlignés entre vingt-huitième et vingt-neuvième ligne.

Mieux, on y apprenait qu'avant d'épouser Raymond Eppherre, de six ans son cadet, elle était veuve de Pierre Etchegoren (1811-1838) de Licq, avec lequel elle s'était mariée le 17 mai 1838 et dont elle avait eu un fils, Jean-Baptiste, né le 16 mai 1839. Ce dernier n'aura pas connu son père, décédé quelques mois seulement après son mariage. C'est son grand-père maternel, Jean-Baptiste Inchauspé dit Harismendy, qui le déclarera à la mairie d'Alçay (section de Sunharette).

Avec Raymond, Anne Inchauspé aura huit autres enfants, André (1842), Marie-Jeanne (1844), Julienne (1846), Adrien (1848), Marie-Anne (1849), Dominique (1851) (mon arrière grand-père), Marie-Anne (1854) et Jean-Pierre (1856).

Elle décède à l'âge de 84 ans et est alors déclarée sous le prénom ... d'Aimée. (voir ci-dessous). Il est vrai que lors de son premier mariage, elle apparaissait comme Anne-Maytène or Mayté veut dire Aimée en basque...
Acte de décès d'Anne (ou Aimée) Inchauspé
L'an mil huit cent quatre-vingt seize le quatre juin à sept heures du soir, devant nous, Maire Officier de l’État civil de la Commune d'Alçay, canton de Tardets, département des Basses-Pyrénées, sont comparus Michel-Germain Carriquiry âgé de trente-cinq ans, instituteur et Jean Onagoïty, propriétaire, âgé de cinquante-deux ans, domiciliés à Alçay, amis de la défunte, lesquels nous ont déclaré que ce soir à trois heures, Inchauspé Aimée, cultivatrice, âgée de quatre-vingt quatre ans, épouse de Eppherre Raymond, est décédée en sa maison de Harismendy de ce lieu, ainsi que nous nous en sommes assuré et les déclarants ont signé avec nous le présent acte après que lecture leur en a été faite.  

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