vendredi 12 juin 2015

Quand le mariage à l'essai provoquait le courroux des curés

Avant 1792, les registres paroissiaux sont les principales sources connues de l'état civil. Les actes sont répertoriés dans ce qu'on appelle communément les BMS pour Baptêmes, Mariages et Sépultures. J'ai déjà évoqué ici les différences de "styles" entre rédacteurs chargés de la tenue des registres.

Avec les curés, c'est encore plus savoureux quand on sent poindre une certaine désapprobation entre les lignes... Ainsi de l'extrait ci-dessous retrouvé à Aussurucq.   
  
L'an mil sept cent soixante dix neuf et le premier du mois de novembre est née une fille des œuvres illicites d'Arnaud, fils illégitime de Pierre de beheragaray dit Sagardoy et d'Engrâce cadette d'appechetz (sic) d'Ossas - elle a été baptisée le lendemain par moy soussigné - le parrain a été Arnaud de beheragaray dit Goyhen et la marraine Anne d'appechetz d'Ossas, Dame de Bedacarrats de ce lieu ; on lui a donné pour nom Anne. Le parrain et la marraine ont point signé pour ne savoir écrire - Recalt curé.

Pour la petite histoire, le curé Récalt est un lointain parent. Je l'ai déjà évoqué dans l'histoire des deux orphelines et l'église d'Aussurucq. De leur côté, la jeune mère de cette enfants née d’œuvres "illicites" est très probablement la petite-fille de Marie Apeceix d'Ossas, mon aïeule (sosa 149). On notera au passage que le père, Arnaud, est lui même un enfant illégitime quoique reconnu. 

En effet, chez les Basques, le mariage à l’essai était monnaie courante [...]. Ce mariage à l’essai (concubinage) provoquait la colère des curés. Les Basques l'ont pratiqué avant l’heure. Ils ne rédigeaient de contrat de mariage et ne recevaient la bénédiction nuptiale qu’après avoir longtemps vécu avec leurs futures épouses, avoir sondé leurs mœurs et vérifié leur fertilité.*

Ceci n'est bien sûr pas une généralité. J'ai jusqu'à présent trouvé plus d'actes de naissance d'enfants de couples mariés que le contraire. Il arrivait aussi qu'un ou deux enfants nés hors mariage soient reconnus au moment du mariage de leurs parents et mentionnés dans l'acte de mariage. Mais quand on connaît l'influence de la religion catholique et celle des prêtres dans la société basque, on s'amuse rétrospectivement de ces petites entorses à la morale chrétienne...

*In "Matriarcat Basque : la position centrale de la femme chez le plus ancien peuple européen" (auteur non identifié)

Illustration : Enrique  Albizu

dimanche 31 mai 2015

Pierre après Pierre...

Depuis un mois que je suis rentrée du Pays basque, j'ai décidé de concentrer mes recherches sur le berceau de notre famille du côté de mon grand-père paternel Pierre, à savoir Aussurucq dans les Pyrénées Atlantiques (autrefois Basses-Pyrénées) et plus précisément dans la Soule, l'une des trois provinces françaises du Pays basque.

J'ouvre une parenthèse pour dire que ces dernier jours, Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF, a lancé un défi rigolo : retrouver son village dans les cartes de Cassini. Tout le monde y est allé de son hashtag #MonBledDansCassini sur Tweeter et autres réseaux sociaux, moi comprise. Et comme le montre la photo ci-dessus, Aussurucq, orthographié Außuruc, existait bien au 18e siècle.

Mais revenons à mes recherches. L'une de mes branches remonte à Pierre Lohitçun et Marianne Sagardoy, tous deux nés circa 1747. Je n'ai trouvé ni leur actes de baptême ni leur acte de mariage mais ils sont mentionnés dans l'acte de mariage de mes aïeuls Joseph Lohitçun et Marie Etcheber, le 27 mai 1809  à Aussurucq. Marie étant née à Ordiarp, j'ai retrouvé son acte de baptême le 6 juin 1784 mais pas celui de Joseph né à Aussurucq vers 1785, le registre des baptêmes, mariages et sépultures (BMS) de l'époque étant très lacunaire.

Il manque ainsi tous les actes des années 1781 à 1788. Frustrant d'autant plus que j'ai retrouvé les actes de trois de ses frères nés en 1776, 1778 et 1780 et là surprise, ils s'appelaient tous ... Pierre ! Et devinez comment se prénommait le cadet de Joseph, né probablement en 1789 ? Pierre encore !!! Qui sera suivi d'un Jean, enfin !

J'ai déjà raconté dans un précédent billet avoir retrouvé trois Anne dans la même fratrie mais là, quatre Pierre sur six frères, ça me paraissait carrément ... abusif ! Je m'en suis émue sur Twitter et voilà le message que j'ai reçu de Didier, un généalogiste très pointu, que je remercie pour ses explications :

"Donner un seul prénom permettait de tricher sur l'impôt par capitation, sur les recrutements militaires, et également, après la Révolution qui l'avait aboli, de continuer à pratiquer le droit d'aînesse. Enfin, c'était aussi une forme de désobéissance civile vis-à-vis des autorités qu'on récusait ainsi pour des affaires privées".

Une seule de ces explications m'aurait déjà suffi mais je dois dire que depuis que je m'intéresse à mes ancêtres basques, chacune est éclairante et fort plausible. Pour conclure, dans son acte de mariage, Joseph est présenté comme premier né de la fratrie et Pierre, son cadet, comme le second de la fratrie dans le sien.

D'où j'en déduis que les trois premiers Pierre sont morts en bas âge et ne sont même pas passés à la postérité. Sans ces vieux registres même très incomplets, ils n'auraient eu aucune existence...

mardi 26 mai 2015

Un exemple parmi d'autres de sérendipité

La sérendipité c'est le fait de trouver ce qu'on ne cherche pas. En généalogie, c'est tellement courant que je me fais des petites fiches intitulées "sérendipité" quand par hasard je tombe sur quelque chose que je ne cherchais pas ou plus. Ou bien qui peut s'avérer utile plus tard.

Dans le billet Élisabeth et Marie-Jeanne, je m'attardais un moment sur le mariage d’Élisabeth Lohitçun et d'Antoine Larrive en 1851 à Aussurucq, leur cherchant brièvement une descendance du côté de Licq-Athérey d'où était issu Antoine. Je ne trouvai rien et décidai de laisser tomber dans l'immédiat, cette branche n'étant ni directe ni très importante pour moi. 

En passant, je notai néanmoins dans les tables décennales de la commune de Licq-Athérey (Licq et Athérey ont été réunies en 1843) le mariage d'un Dominique Larrive avec une Marguerite Jauréguy le 12 février 1866. Après avoir passé plusieurs jours à remonter ma lignée directe à Aussurucq jusque avant la Révolution, je décidai hier de m'offrir une petite récréation en revenant à cet acte de mariage. 

Rapidement, je m'aperçois que Dominique Larrive est effectivement un frère cadet d'Antoine (mêmes parents, même maison) né huit ans après son frère, le 1er avril 1822. Mais quelle n'est pas ma surprise de m'apercevoir que son mariage avec Marguerite est en fait un remariage et qu'il est alors veuf d'une certaine ... Annette Eppherre !

Peu d'informations sur cette dernière si ce n'est sa date de décès le 22 juillet 1861 toujours à Licq-Athérey. Son acte de décès m'apprend qu'elle est âgée de 38 ans à sa mort, elle est donc née autour de 1822/1823. Dans mon arbre, il y a bien une Anne Eppherre née le 26 juillet 1822 à Sunharette, fille de Simon Eppherre dit Recalt (ca 1772-1852) et de Marie Iriart ou Inchauspe (ca 1778-1850), mes sosas 32 et 33.

Je ne sais rien d'elle si ce n'est qu'en 1846, elle a eu à Sunharette dans la maison familiale de Recalt, une petite fille née de père inconnu. Il ne me reste plus qu'à rechercher son acte de mariage avec Dominique Larrive. Que je trouve, non pas à Sunharette (les mariages se faisaient souvent chez la fiancée) mais à Licq-Athérey, le 23 novembre 1852. Et il s'agit bien de "mon" Anne Eppherre.

Pendant leurs neuf années de mariage, ils auront quatre garçons de 1854 à 1859. A la mort d'Anne (surnommée Annette), Dominique se remarie donc avec Marguerite Jauréguy du village d'Ainharp. Ensemble, ils auront une fille Marie, née en 1869 avant qu'à son tour Marguerite ne décède le 23 décembre 1875, elle aussi à 38 ans. Il la suivra d'un mois puisqu'il meurt le 27 janvier 1876.

Peut-être en saurai-je un peu plus un jour sur la famille d'Antoine Larrive et Élisabeth Lohitçun ? Laissons faire la sérendipité... 

Illustration : Ramiro Arrue y Valle

 

jeudi 21 mai 2015

Où une fille unique ... ne l'a pas toujours été

William Bouguereau
Dans un de mes premiers billets, j'affirmais que mon arrière-arrière-grand-mère était fille unique. Je m'appuyais pour cela sur son contrat de mariage. Moralité, en généalogie, il faut se méfier de tout même des actes de notaire ! Pour dédouaner ce brave officier ministériel, je dirais que Marie-Jeanne Dargain (1833-1907) était en effet fille unique et orpheline de sa mère au moment de son mariage en 1851 avec mon arrière-arrière-grand-père Dominique Irigoyen (1829-1898) ... mais cela n'a pas toujours été le cas.

Presque par hasard, je lui ai trouvé une petite sœur, hélas décédée à l'âge de deux ans. Pourquoi ne l'ai-je pas découverte avant ? Parce que son nom était orthographié différemment de celui de sa sœur aînée et que pour couronner le tout, son prénom avait changé entre son acte de naissance et son acte de décès ! 

Ah, ces maires, secrétaires de mairie et autres scribes de l'état civil que de chausse-trapes nous posent-ils à nous pauvres limiers des archives ! Il en est parmi eux des tatillons, des négligents, des bavards, des laconiques. Il m'est arrivé à deux siècles d'écart de pester contre tel ou au contraire de bénir tel autre qui en un acte me fournissait un tas d'informations importantes !

Quand j'ai commencé, je ne comprenais pas toujours ces généalogistes qui tel Sisyphe et son rocher reprenaient régulièrement leur recherches à la base. Il est pourtant si facile de passer à côté d'un acte, de mal l'interpréter, de commettre la fameuse erreur de soustraction de tout débutant ou de se tromper de branche. Notre vie n'est pas toujours linéaire, celle de nos aïeux pouvait prendre aussi des chemins de traverse...     
 
Pour en revenir à Marie-Jeanne, si son père Pierre (1800-1853) ne s'est pas remarié après le décès de sa femme Marie (1809-1842) et de sa deuxième fille Engrâce ou Marie (1838-1840), ce ne fut pas le cas de son propre père Jean (ca 1768-1838). Veuf de sa première femme Engrace Laborde (ca 1767-1824), mon aïeule donc, il épousa en secondes noces une Marie Jaury de 50 ans. Vu leur âge avancé, ils n'eurent pas d'enfants...

Jean de son côté, avait eu un demi-frère Arnaud (ca 1775-1828) né de son père Luc et de sa belle-mère Marie Aguerreberry (ca 1744-1812). Lequel Arnaud épousa Marie Erretin (ca 1775-1828) et eut avec elle une descendance (au moins cinq enfants recensés à ce jour). Bref, tout ce petit monde s'appelait Argain, nom transformé en D'Argain, puis Dargain à partir de mon arrière-arrière-grand-mère, auquel on accola Laxalt, du nom de leur maison. Et tous de leur vivant habitant le même village !

On comprendra alors la difficulté de "retrouver ces petits" et l'explication de la découverte un peu tardive de cette petite sœur ...  
Tables décennales [1833-1842] à Aussurucq : Dans la colonne de gauche, naissance de D'Argain Marie (ma sosa 19) le 20/05/1833, dans celle du milieu, naissance d'Argain Engrace, le 19/08/1838 et dans la colonne de droite, décès de Argain-Laxalt Marie (en fait Engrace !) le 12/11/1840 et de Argain Pierre le 13/01/1840 (nouveau-né et petit-fils d'Arnaud Argain).  

mardi 12 mai 2015

Elisabeth et Marie-Jeanne

La généalogie offre à qui aime raconter des histoires un terreau inépuisable. Même si elle repose sur des faits avérés et vérifiés, du moins par ceux qui s'y consacrent sérieusement, elle permet de se perdre en conjectures, de se livrer à bon nombre d’interprétations et parfois, de laisser tout simplement courir son imagination. Ainsi de l'histoire que je vais vous raconter.

Marie-Jeanne Dargain-Laxalt, mon arrière-arrière-grand-mère qui décidément m'inspire, était fille unique. Son père Pierre était âgé de 33 ans à sa naissance, sa mère Marie de 24 ans. Comme je l'ai déjà évoqué , ils s’étaient mariés le 22 mai 1833, deux jours après la naissance de Marie-Jeanne ! 

Moins de neuf ans plus tard, Marie décédait. Pierre ne se remaria pas et Marie-Jeanne resta fille unique. Mais dans un petit village, on est rarement seul et on peut envisager sans trop de risque d'erreur qu'elle s'éleva au milieu d'une ribambelle de cousins. Récemment, je me suis intéressée à la nombreuse fratrie de sa mère, Marie Lohitçun (sosa 40), deuxième d'une famille de quatorze enfants. C'est ainsi que je me suis aperçue que la benjamine, Élisabeth, était née le 25 décembre 1829.

Comme c'est souvent le cas, la tante avait donc à peine trois ans et demi de plus que sa nièce. J'ai alors imaginé que les deux fillettes avaient été très proches, voire élevées ensemble quand la mère de Marie-Jeanne mourut prématurément. Un détail me fait penser que je suis dans le vrai. Mon arrière-grand-mère Élisabeth Irigoyen, fille de Marie-Jeanne donc, portait un prénom que je n'avais jamais rencontré auparavant. De là à penser qu'elle était la filleule d’Élisabeth, il n'y a qu'un pas ...

Plus troublant, le père de Marie-Jeanne, Pierre Dargain était sous-lieutenant des douanes françaises ainsi que son propre père Jean avant lui. Or le 14 octobre 1851, quelques semaines avant que Marie-Jeanne ne se marie avec mon arrière-grand-père, Dominique Irigoyen, l'instituteur du village (le 27 novembre 1851) qui Élisabeth Lohitçun épouse-t-elle ? Un certain Antoine Larrive originaire de Licq et sous-brigadier des douanes à Cette, dans l'Hérault !  

Élisabeth a quinze ans de moins que lui quand ils se marient et je suppose que c'est par l'entremise de son beau-frère Pierre Dargain qu'ils se rencontrent. J'aurais aimé vous en dire plus sur ce couple, où ils vécurent et s'ils eurent des enfants mais pour l'instant, je n'ai rien trouvé les concernant ni à Aussurucq ni à Licq, et je cherche toujours du côté de Sète.

Mais je me plais à imaginer qu'ils ont eu une petite fille, prénommée Marie-Jeanne ...

Epilogue : Aucune petite Marie-Jeanne n'est venue égayer le foyer d'Elisabeth et d'Antoine. Je n'ai pas retrouvé le dossier de douanier de ce dernier à Bordeaux, juste une indication dans le Bulletin des Lois (pensions civiles) précisant qu'il avait pris sa retraite en 1872 à Bayonne comme chef douanier.
En revanche, les hasards de la sérendipité m'ont fait retrouver le testament du couple (chaque conjoint léguant son héritage à l'autre) chez Maître Charles Diligo, notaire à Mauléon, le 2 octobre 1893, dans lequel ne figure aucune mention d'enfants.
Antoine et Elisabeth se sont établis à la fin de leur vie à Sauguis dans la maison Elichagaray où Antoine décédera le 5 janvier 1895 à 80 ans. Elisabeth, quant à elle, a dû s'éteindre après 1905 (date limite des tables de décès en ligne). Rappelons-nous qu'elle était beaucoup plus jeune que son mari. Pourquoi Sauguis qui finalement n'est qu'à un jet de pierre d'Aussurucq ? A la fin de sa vie, la benjamine s'est peut-être rapprochée de sa sœur la plus proche, Marie. Mariée à Arnaud Ihits, natif de ce village, le couple a eu une nombreuse progéniture. Peut-être une manière pour Elisabeth de retrouver l'ambiance de famille nombreuse de son enfance ? Quant aux deux "cousines", Marie-Jeanne étant décédée en 1907, je me plais à les imaginer se rendant souvent visite l'une l'autre au crépuscule d'une vie bien remplie...
(Février 2019)
IllustrationKnud Erik Edsberg

mercredi 6 mai 2015

Où ma généalogie grandit de façon exponentielle


Valentin de Zubiaurre
La semaine dernière, je suis partie à la chasse aux ancêtres ... sur le terrain. Finies les longues veillées à m'esquinter les yeux sur mon écran, en essayant de déchiffrer les hiéroglyphes des archives départementales. Vive le contact humain des secrétariats de mairie et l'air vivifiant des cimetières ! Je ne sais pas vous mais moi, j'adore les cimetières.

Du coup, je suis revenue avec ma besace pleine d'actes à saisir et une généalogie qui s'est étoffée  pour dépasser les 400 membres. Il faut dire qu'à Aussurucq, berceau de ma famille, mes aïeux étaient spécialistes des familles nombreuses. Mon grand-père, Pierre, dont j'ai trouvé l'acte de naissance le 30 septembre 1901 - un grand moment d'émotion ! - était le dernier d’une fratrie de 11 enfants.

D'ailleurs, à quoi ça tient d'être en vie quand on y réfléchit, les trois frères et sœurs qui l'ont précédé sont décédés en bas âge. Quant à Michel, le huitième de la fratrie (1895-1916), il est tombé au champ d'honneur à Verdun, à 21 ans... Parmi les aînés de mon grand-père, l'un, Dominique (1884-1944) a eu à son tour 11 enfants. 

J'en ai bien connu quelques-uns, deux d'entre eux sont encore de ce monde, et j'ai eu la chance d'en revoir une la semaine dernière. Une belle amatxi de 90 ans qui s'excusait presque de ne pouvoir partager plus de souvenirs. Sa sœur aînée aurait su, elle, mais elle est partie l'an dernier quelques jours avant ses 101 ans !

A la génération d'avant, celle que j'ai déjà évoquée , mon arrière-arrière-grand-mère, Marie-Jeanne Dargain-Laxalt (1833-1907), fille unique, avait eu 13 enfants avec son mari Dominique Irigoyen (1829-1898). Sa maman, Marie Lohitçun (1809-1842), morte prématurément, était elle-même issue d'une fratrie de 14 enfants. Tous ne sont pas arrivés à l'âge adulte et peu d’entre eux en fin de compte se sont mariés et ont assuré une descendance. 

Même si le travail de recherche, de saisie dans l'arbre généalogique, de transcription des actes, peut parfois s'avérer fastidieux, je ressens toujours beaucoup d'émotion en pensant à toutes ces vies passées, ponctuées de moments de bonheur et de drames.

A tous ces aïeux qui font que je suis là aujourd'hui, maillon d'une chaîne ininterrompue depuis plusieurs siècles, j'ai envie ce soir de dire tout simplement : merci.

mercredi 22 avril 2015

Où je fais la connaissance de ma première centenaire

Pablo Tillac
Voilà, ça devait bien arriver un jour : j'ai trouvé la première centenaire de mon arbre ! Cerise sur le gâteau (basque), je suis sa descendante directe. Elle est ma Sosa n°35 comme disent les pros de la généalogie. 

Chose rare pour la période, du moins pour les archives des Pyrénées Atlantiques, souvent très lacunaires pendant la Révolution française, j'ai retrouvé son acte de baptême. Mais j'allais oublier de faire les présentations...

Marie-Jeanne est née le 8 mars 1789, troisième enfant (sauf omission de ma part) de Jean Duthurburu, praticien exerçant à Tardets et d'Anne Darhampé dite Appeceix. Pour son frère aîné, Jean-Germain, né en 1787, et qui à l'âge adulte sera huissier public, je n'ai pas retrouvé d'acte de baptême ni d'acte de décès, juste un acte de mariage avec une demoiselle Henriette Cazenave.

En revanche, les actes de baptême de deux de ses sœurs indiquent qu'Engrace est née le 24 janvier 1788 et Anne, le 7 mars 1790. Ses parents ont respectivement 35 et 37 ans quand Marie-Jeanne naît, et auront après Anne encore une fille, prénommée Marianne, née en décembre 1793. Celle-ci, restera célibataire et vivra dans la maison Duthurburu jusqu'à 96 ans ! 

Le 19 juillet 1811, Marie-Jeanne s'unit à Jean-Baptiste Inchauspe dit Harismendy du village d'Abense-de-Haut. Il est cultivateur. Ensemble, ils auront dix enfants, dont mon arrière-arrière-grand-mère, Anne Inchauspe, que j'ai eu l'occasion d'évoquer ici.

A ce jour, j'étudie toujours sa descendance donc je serais bien en peine de dire combien elle a eu de petits et arrière-petits-enfants ! Ce que je sais en revanche avec certitude, c'est qu'elle est morte quelques jours après son centième anniversaire, le 29 mars 1889, dans la maison Etchecoparia d'Abense. J'ai eu quelques difficultés à retrouver son acte de décès que je cherchais plutôt à Sunharette, là où son mari et elle ont longtemps vécu et ont eu la plupart de leur enfants (à l'exception des trois aînées).

Notre centenaire aura survécu vingt ans à son mari, décédé lui le 9 octobre 1869 à l'âge de 82 ans.  

dimanche 19 avril 2015

Les deux orphelines et l'église d'Aussurucq

William Bouguereau
Dans le hors-série du magazine La Vie que je recommande, Guillaume Roehrig, généalogiste successoral dit qu'il y un côté détective privé dans ce métier. Loin de moi l'idée de me comparer à ce professionnel mais j'avoue que résoudre à mon petit niveau quelques mystères familiaux fait partie du plaisir.  

Récemment, je tombe sur un acte notarié daté du 19 mai 1853, déposé chez Maître Cazenave à Mauléon dans lequel Jean-Pierre Eppherre, mon arrière-arrière grand-oncle, reconnaît une vieille dette au nom de ses deux pupilles mineures, Gracieuse et Annette, âgée de 17 et 14 ans. Déjà orphelines très jeunes de leur mère, Marie Etchalus (1808-1841), elles ont perdu leur père Dominique (1805-1848) quatre ans auparavant. L'acte précise que la famille en a confié la tutelle au plus jeune de leurs oncles paternels, Jean-Pierre. Celui-ci, né en 1818, est célibataire au moment des faits (il se mariera en 1856). 

Curieusement, alors que cette branche de la famille est originaire de Sunharette, la dette concerne la "fabrique" de l'église d'Aussurucq. Le capital restant dû s'élève à trois cent francs soit une rente annuelle de quinze francs. Cela doit représenter une somme pour l'époque car l'oncle tuteur se voit contraint d’hypothéquer les biens immeubles de ses pupilles (bâtiments, cour, jardins, terres cultivées, vigne, prairie, bois et forgerie), situés à Sunharette, pour l'honorer.

A ce stade, je ne vois pas bien le rapport entre l'église d'Aussurucq et ces cultivateurs établis à Sunharette, même si les deux villages ne sont distants que d'une quinzaine de kilomètres. Je devine que leur père Dominique, en tant qu'aîné de la fratrie, a dû lui-même "hériter" de cette dette laquelle, à sa mort, échoit à ses filles. L'acte de 1853 faisant référence a un précédent acte daté du 21 juin 1823, déposé chez Maître Lagarde également notaire à Mauléon, j'espère que la solution du mystère y sera contenue. La chance est de mon côté car je mets la main sur l'acte en question dans les minutes notariales numérisées des AD64.

Celui-ci apporte en fait plus de questions que de réponses et renvoient à deux actes plus anciens datés du 2 septembre 1793 que je n'ai pas retrouvés. Mais ce que je comprends c'est que la dette est à l'origine celle d'un certain Jean Recalt, natif certainement de Sunharette et ... curé d'Aussurucq à la fin du 18e siècle. Dans son testament daté du 11 juin 1808, déposé chez M° Detchandy d'Abense-de-Haut, il désigne comme héritiers un frère, Arnaud, une sœur, Marie et une nièce, également prénommée Marie.

Cette dernière, Marie Inchauspe dite Recalt (1778-1850), mon aïeule, épousera Simon Eppherre (1772-1852). Dominique est leur fils aîné. C'est donc par leur branche maternelle que les Eppherre de Sunharette et nos deux orphelines se sont retrouvés liés au financement de l'église d'Aussurucq...

Illustration : William Bouguereau
Sources : AD 64 (BMS, état civil et minutes notariales).

lundi 13 avril 2015

Quand un Souletin faisait souche en Argentine (II)

La généalogie est souvent affaire de partage. Ainsi pour la branche argentine de ma famille ai-je bénéficié de l'aide de ma belle-sœur Nathalie (D'ors et d'arts), laquelle est aussi méticuleuse dans le soin apporté à ses créations que dans ses recherches généalogiques !

Bref, elle de son côté et moi du mien, sommes parvenues à restituer à peu près l'histoire de mon "oncle d'Argentine", André. D'abord, grâce à Family Search, lui avons nous trouvé une épouse. Elle s'appelait Gabrielle Arcurux (nom aussi si ce n'est plus compliqué qu'Eppherre, et repris outre atlantique sous des orthographes plus fantaisistes les unes que les autres !).

Elle naît à Abense-de-Haut le 24 juillet 1839. Orpheline de père, elle est âgée de 27 ans et exerce la profession de tisserande quand elle embarque le 8 juillet 1867 sur l'Africaine. Eh oui, le même bateau que celui d'André ! Nos cœurs de midinette nous ont fait imaginer un temps qu'ils aient pu se rencontrer à bord (comme dans Titanic...), il n'en était rien.

Ce qui me fait penser qu'ils se connaissaient avant ? Dans les registres de Guillaume Apheça, agent d'émigration qui a recensé 15000 émigrés basques de 1828 à 1919 et que je recommande chaudement à tous ceux qui s'intéressent à la diaspora Basque, il est dit qu'André Eppherre (né à Sunharette le 1er juin 1842) est domicilié à Abense. Il y a fort à parier qu'il connaissait déjà Gabrielle.

D'après le census de 1895 déjà évoqué , il est précisé que Gabrielle et André sont mariés depuis 26 ans, donc vers 1869 soit deux ans après leur arrivée à Buenos Aires. Dans le même document, on apprend qu'ils auraient eu en tout treize enfants !

A ce jour, nous en avons retrouvé onze dont huit grâce à leur acte de baptême : Maria ou Mariana (ca 1870), Graciana (ca 1870) (jumelles ?), Juan (27/07/1871), Julian (29/08/1872), Maria (21/12/1873), Juan Antonio (15/06/1875), Pedro (20/09/1876), Cayetano (03/08/1881), Bernardo (10/01/1884) et Martin (03/09/1885). 

Tout aussi intéressant, dans l'acte de baptême de l'aînée Maria daté du 3 janvier 1874, à Morón où la famille s'est établie avant de s'installer à Capitán Sarmiento, toujours dans la province de Buenos Aires, il est indiqué que son parrain est un certain Adrian Eppherre âgé de 26 ans.

Or, pour avoir déjà étudié cette branche (les enfants de mes trisaïeuls Anne Inchauspé et Raymond Eppherre), je sais que leur deuxième garçon après André était né le 28 mars 1848 et se prénommait... Adrien. On peut en déduire sans trop de risque d'erreurs, qu'il est venu rejoindre son frère et sa belle-sœur en Argentine, et est tout naturellement devenu parrain d'un de leurs enfants...

[A suivre ... ou pas]
Illustration Valentin de Zubiaurre
Sources :   AD64Gen&OFamilySearchGeneanet 

mardi 7 avril 2015

Quand un Souletin faisait souche en Argentine (I)

Après François, candidat malheureux au départ aux États-Unis comme évoqué dans le précédent billet, je vous propose aujourd'hui de suivre les traces de mon lointain oncle d'Alçay, André, parti faire souche en Argentine.

Commençons par les présentations. André Eppherre est né le 1er juin 1842 à Sunharette (commune d'Alçay-Alçabehety-Sunharette) dans la maison d'Harismendy. C'est le premier né du couple formé par Anne Inchauspé (1812-1896) et Raymond Eppherre (1817-1897), mes trisaïeuls, dont j'ai déjà parlé.

Ayant trouvé un Andrès Eppherre âgé de 53 ans dans le census de Buenos Aires datant de 1895, j'avais deviné assez vite qu'il avait émigré. Ce que je ne m'expliquais pas c'était pourquoi lui puisqu’il était selon mes premières recherches l’aîné de la fratrie or traditionnellement, c'était plutôt le lot des cadets. L'explication est venue quand j'ai trouvé l'acte de mariage de ses parents et compris qu'Anne, héritière Harismendy, avait déjà eu un fils d'un premier mariage (lire ici).

Pour en savoir davantage sur les circonstances de son départ, je me suis aidée du site Visas en Bordelais qui rend fidèlement compte de l’émigration au départ de Bordeaux au cours du 19e siècle. On y découvre que le dénommé André Eppherre âgé de 25 ans, laboureur, né et domicilié à Alçay, Basses Pyrénées, a obtenu son passeport à Mauléon le 2  juillet 1867 et son visa, accordé par le préfet de la Gironde, le 5 juillet 1867.

André a embarqué sur le navire Africaine, armé au port de Bordeaux le 4 juillet 1867 (la date d'armement précédait de quelques jours celle de son départ effectif) à destination de Buenos Aires. C'était un trois mâts de 385 tonneaux, commandé par le capitaine Pitel secondé par quinze hommes d'équipage et dont l'armateur était la société de négoce bordelaise Beyssac & Gautier.   

Tout me porte à croire qu'il a embarqué seul encore que je n'ai pas trouvé d'information autre que sa demande de visa sur le site Visas en Bordelais (avec un peu de chance, on a parfois accès à la liste des passagers). Par ailleurs, je n'ai pas trouvé trace d'un éventuel mariage avant son départ.

En revanche dans le recensement de Buenos Aires, on note le nom et l'âge de sept enfants présents à ses côtés, trois filles et quatre garçons : Maria, 24 ans, Graciana, 24 ans (des jumelles ?), Juan, 22 ans, Pedro, 19 ans, Margarita, 17 ans, Cayetano, 12 ans et Bernardo, 10 ans. 

D'après ce même census, la famille habitait à Capitán Sarmiento dans la province de Buenos Aires à 145 km de la capitale argentine. Un jour, je ferai des recherches du côté de ces cousins argentins mais ceci est une autre histoire ...
[A suivre] 

Illustration : Angel Cabanas Oteiza
SourcesAD64Gen&OFamilySearch