dimanche 19 avril 2015

Les deux orphelines et l'église d'Aussurucq

William Bouguereau
Dans le hors-série du magazine La Vie que je recommande, Guillaume Roehrig, généalogiste successoral dit qu'il y un côté détective privé dans ce métier. Loin de moi l'idée de me comparer à ce professionnel mais j'avoue que résoudre à mon petit niveau quelques mystères familiaux fait partie du plaisir.  

Récemment, je tombe sur un acte notarié daté du 19 mai 1853, déposé chez Maître Cazenave à Mauléon dans lequel Jean-Pierre Eppherre, mon arrière-arrière grand-oncle, reconnaît une vieille dette au nom de ses deux pupilles mineures, Gracieuse et Annette, âgée de 17 et 14 ans. Déjà orphelines très jeunes de leur mère, Marie Etchalus (1808-1841), elles ont perdu leur père Dominique (1805-1848) quatre ans auparavant. L'acte précise que la famille en a confié la tutelle au plus jeune de leurs oncles paternels, Jean-Pierre. Celui-ci, né en 1818, est célibataire au moment des faits (il se mariera en 1856). 

Curieusement, alors que cette branche de la famille est originaire de Sunharette, la dette concerne la "fabrique" de l'église d'Aussurucq. Le capital restant dû s'élève à trois cent francs soit une rente annuelle de quinze francs. Cela doit représenter une somme pour l'époque car l'oncle tuteur se voit contraint d’hypothéquer les biens immeubles de ses pupilles (bâtiments, cour, jardins, terres cultivées, vigne, prairie, bois et forgerie), situés à Sunharette, pour l'honorer.

A ce stade, je ne vois pas bien le rapport entre l'église d'Aussurucq et ces cultivateurs établis à Sunharette, même si les deux villages ne sont distants que d'une quinzaine de kilomètres. De plus, d'après mes recherches, l'église Saint-Martin d'Aussurucq a été édifiée entre le XVe et le XVIIe. Elle ne sera entièrement restaurée que vers la fin du XXe.
       
Je devine que leur père Dominique, en tant qu'aîné de la fratrie, a dû lui-même "hériter" de cette dette laquelle, à sa mort, échoit à ses filles. L'acte de 1853 faisant référence a un précédent acte daté du 21 juin 1823, déposé chez Maître Lagarde également notaire à Mauléon, j'espère que la solution du mystère y sera contenue. La chance est de mon côté car je mets la main sur l'acte en question dans les minutes notariales numérisées des AD64.

Celui-ci apporte en fait plus de questions que de réponses et renvoient à deux actes plus anciens datés du 2 septembre 1793 que je n'ai pas retrouvés. Mais ce que je comprends c'est que la dette est à l'origine celle d'un certain Jean Recalt, natif certainement de Sunharette et ... curé d'Aussurucq à la fin du 18e siècle. Dans son testament daté du 11 juin 1808, hélas uniquement consultable aux archives de Bayonne, il désigne comme ses héritiers un frère, Arnaud, une sœur, Marie et une nièce, également prénommée Marie.

Cette dernière, Marie Inchauspe dite Recalt (1778-1850), mon aïeule, épousera Simon Eppherre (1772-1852). Dominique est leur fils aîné. C'est donc par leur branche maternelle que les Eppherre de Sunharette et nos deux orphelines se sont retrouvés reliés au financement de l'église d'Aussurucq...

6 commentaires:

Anonyme a dit…

le mystère reste entier...tu nous tiens au parfum, je veux savoir ce que va devenir Gracieuse ;-) Bérangère

La petite poule noire a dit…

Bérangère, je peux satisfaire tout de suite ta curiosité. Gracieuse (dont le vrai prénom était Engrace) et sa sœur Anne dite Annette ont épousé deux frères du même village, Dominique et Jean Jargoyen :)

berangere a dit…

"Gracieuse (dont le vrai prénom était Engrace)" Engrace, vraiment ?? là tu casses le rêve ;-)

La petite poule noire a dit…

Pourquoi ? Engrace est un prénom beaucoup donné au Pays Basque et Saint-Engrâce une très beau village de montagne souletin, haut-lieu de pèlerinage sur la route de Compostelle au Moyen-âge. Son nom vient de Santa Grazia, une sainte portugaise...

Denis P a dit…

Sachant que le Conseil de Fabrique d'une paroisse assurait la gestion des fonds nécessaires à l'entretien des biens de l'église et était en charge des recettes : quêtes, location des places de bancs dans l'église, dons, mais également fermages et loyers (certaines paroisses étaient "propriétaires fonciers") c'est peut-être vers une dette de fermage ou de loyer que tu dois orienter ta recherche.
Et, oui le généalogiste, même amateur, est un détective privé et c'est passionnant !
Bonne chasse aux ancêtres !

La petite poule noire a dit…

Effectivement Denis, ma belle-sœur m'a fait passer un document très intéressant qui explique qu'après le Concordat, la fabrique s'est étendue à la "gestion des biens et revenus destinés au bon fonctionnement du culte" et non plus aux seuls "biens temporels de l'église". Cela va m'aider je pense à mieux comprendre l'acte de 1823. Merci pour ton éclairage, toujours aussi pertinent !

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