mardi 30 octobre 2018

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage

En généalogie, il arrive parfois que l'on traverse des périodes d'abattement, lorsqu'on bloque sur une branche de son arbre voire de l'arbre tout entier plus celles-ci sont hautes. Au début, le généalogiste amateur est tout feu tout flamme. Feuilleter virtuellement ou concrètement des registres d'état civil le plonge au cœur d'un véritable jardin d'Eden où il butine d'acte en acte, la cueillette est toujours bonne. Et puis, les branches se dégarnissent et, comme les oiseaux l'hiver, il faut gratter sous les couches pour dénicher sa pitance.  

Les BMS* de l'Ancien Régime sont à première vue rébarbatifs, les pattes de mouche de nos curés de campagne rebutent, les yeux picotent, le découragement gagne. Et pourtant, il arrive qu'un seul acte de baptême ouvre une nouvelle voie à des recherches jusque là restées vaines. Prenons un exemple, une triste histoire qui, deux siècles et demi plus tard, a son utilité.

Le 10 avril 1786, le dénommé Hidiart, vicaire de la paroisse de Çaro, en Basse-Navarre, baptise deux fillettes, des jumelles nées la veille du légitime mariage entre Jean Biscaichipy et Marie Indart. Les deux sont prénommées Marie, ce qui peut sembler incongru de nos jours mais dont on comprend vite le choix. En effet, les "petits anges" décèdent dès le lendemain pour la puînée, et le surlendemain pour l'aînée, comme les désignent notre brave curé.

Mais regardons mieux l'acte de baptême. On y apprend le nom des parrains et marraines respectifs des deux petites, avec leur lien de parenté et le nom de leur maison. La marraine d'une des petites Marie est locataire de la maison d'Arretche, celle de l'autre est sa tante paternelle, cadette de la maison Biscaichipy, son parrain étant le "maître" de ladite maison. Les parents, d'une branche cadette, sont quant à eux, maîtres de la maison d'Haiçaberry.

Quand on sait au Pays Basque le rôle des maisons et la prévalence de la primogéniture (l'aîné, garçon ou fille, est celui qui hérite), on mesure combien ce seul acte ouvre des horizons à notre généalogie ! On ne le dira jamais assez mais lire un acte in extenso est primordial si l'on ne veut pas passer à côté d'informations capitales.

J'ajouterai que c'est la lecture des minutes notariales d'une étude du début du 18e siècle à Saint-Jean-le-Vieux (Basses-Pyrénées) qui m'a permis de localiser cette branche, morte jusque là, à Çaro, une paroisse aujourd'hui disparue rattachée depuis 1842 à Estérençuby. Se plonger dans les actes notariés est encore une belle aventure généalogique, idéale pour les longues soirées d'hiver !  

* BMS : Baptêmes, Mariages, Sépultures dans les registres paroissiaux sous l'Ancien Régime.
Illustration : Sisyphe par Titien (1549)

1 commentaire:

  1. Je suis toujours ravie de te lire et de voir que nous pouvons avoir des histoires à partager.
    Une situation semblable : le décès d'un enfant de dix-huit mois a confirmé que mes ancêtres habitaient bien dans la maison qui est la mienne. J'étais triste et contente à la fois, en voyant que l'acte de décès apportait un témoignage essentiel.

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