mardi 13 juin 2017

Qui paie ses dettes s'enrichit


Au premier plan, le Cornélie 
Le 23 avril 1861, c'est une jeune femme d'à peine vingt-deux ans qui se présente à l'étude de Maître Dalgalarrondo, notaire à Mauléon. Elle a rendez-vous avec Augustin Necol, propriétaire à Trois-Villes. Celui-ci est vraisemblablement un agent d'émigration, un de ces "marchands de palombes" déjà évoqué.

En effet, Marie s'apprête à lui signer une reconnaissance de dette d'un montant de 300 francs pour prix du passage de sa petite soeur mineure Marianne dans l'entrepont du "Cornélie" qui mettra très prochainement à la voile (sic) pour Buenos Ayres au port de Bayonne. Le Cornélie [photo] est une corvette-aviso de dix-huit canons qui à l'époque reliait la France à l'Argentine en trois mois.

La future passagère est âgée d'à peine dix-sept ans. Elle est la fille cadette de Pierre Argain, d'abord domestique puis cultivateur à Aussurucq, et de Catherine Oyhamburu dite Harchoury. Tous deux quinquagénaires au moment de la transaction, ils laissent pourtant à leur fille aînée et héritière, le soin d'hypothéquer pour garantir la dette leurs biens immeubles en nature (bâtiments, cours, jardins, terres cultivées, vignes (!), bois et fougeraies", situés sur la commune d'Aussurucq.

Marie Argain s'engage ce jour-là à rembourser au Sieur Necol la somme empruntée de trois cent francs sans intérêt dans un délai d'un an puis passé ce terme, avec l'intérêt "légal", non précisé dans l'acte. Lequel acte est signé par Augustin Necol, le notaire et deux témoins mais pas par Marie qui ne sait pas écrire.

Le 27 mai 1862, soit un peu plus d'un plus tard, Augustin Necol retourne voir Maître Dalgalarrondo. Il a reçu entre temps la somme de trois cent francs de la part de Marianne Argain depuis Buenos Ayres. Il donne donc quittance aux soeurs Argain de leur dette et "consent la main levée et la radiation entière et définitive" de l'hypothèque.

Comme toujours, lorsque l'on se trouve en présence d'une telle histoire, on aimerait savoir ce qu'en sont devenus les protagonistes... De Marie, je n'ai trouvé trace ni de mariage ni de descendance ni d'acte de décès, du moins à Aussurucq. A vrai dire, j'avais déjà eu des difficultés à trouver son acte de naissance car elle a d'abord été déclarée née de père inconnu par son grand-père maternel avant d'être reconnue par ses parents dans leur acte de mariage (et à ce moment, Catherine est déjà bien enceinte de Marianne !)

Marianne, si c'est bien elle, apparaît dans les registres de Buenos Aires en 1895. Elle est mentionnée lors du mariage de sa "fille naturelle" Norberta Argain à San Jose Gualegaychu, Entre Rios, Argentina. Là, s'arrête ma "piste argentine" à ce jour. Quant à Augustin Necol, je retrouverai plusieurs autres actes similaires signés par lui dans les archives notariales de Maître Dalgalarrondo.

En effet, de très nombreux jeunes gens embarquèrent dans ces années-là à destination de Buenos Aires ou Montevideo : 200 000 basques entre 1857 et 1864 selon l'association Euskal Argentina. Notons qu'en 1862, la traversée avait subi une légère inflation, elle s'élevait alors à 320 francs...

Sources : Delcampe.net (pour la photo), AD 64 (état civil et actes notariés), Généalogie 64, FamilySearch, euskal-argentina.com et emigration-pyrenees.fr

2 commentaires:

alain a dit…

je m'en vais faire une visite des actes de Maitre Dalgalarrondo
je trouverais ça sur le site des archives départementales ? je penses merci

La petite poule noire a dit…

@ Alain, il faut beaucoup de patience pour se plonger directement dans les actes notariés des AD. Je vous conseille de passer par l'association Gen&O (http://www.geneoweb.org/) qui a déjà fait un énorme travail de recensement d'actes mais mieux vaut avoir une idée de ce que l'on cherche avant de commencer.
Bonne chasse aux ancêtres !

Enregistrer un commentaire