vendredi 12 février 2016

Dominique Irigoyen, hussard noir de la République (I)

©Archives personnelles Mdep
Quand j'étais enfant, à chacune de nos visites à Aussurucq, nous allions goûter chez Marie. L'etxeko andrea* nous proposait invariablement du fromage de brebis avec du pain et de la confiture de rhubarbe faits maison. On n'apprécie le brebis qu'en tranches si fines que l'on peut "voir La Madeleine** au travers" nous disait mon père,.. Ce goûter c'est un peu notre madeleine à nous, mon frère et moi... 

La maison s'appelait Etcheberria (ou Etxeberria), littéralement "entre les maisons". Elle se situe en effet au centre du village. C'est une grande bâtisse au toit d'ardoise dont la silhouette massive est adoucie sur son côté par une galerie en bois joliment ouvragé. Ceux qui n'ont du Pays basque que des images de coquettes villas à colombages rouges ou verts, ne sont jamais allés en Navarre espagnole ou en Soule.

Comme son voisin, le Béarn, cette troisième province basque française est plus austère que les pimpants Labourd et Basse-Navarre. Les gens y sont peut-être plus discrets aussi, plus taiseux ... Dans la maison toujours briquée comme un sou neuf, j'étais fascinée par l'inscription gravée sur la plaque de fonte devant la cheminée : Yrigoyen Dominique.

Je savais par mon père que c'était le nom du grand-père maternel de mon grand-père paternel, un instituteur venu du village voisin de Suhare pour, à 22 ans, épouser Marie-Jeanne Dargain-Laxalt, 18 ans, la fille unique d'un sous-lieutenant des douanes d'Aussurucq. A l'époque de leur premier enfant Marie, née en 1853 et jusqu'au treizième, Jean, né en 1871, le couple habitait dans la maison Laxalt.

Le père de Marie-Jeanne, Pierre Dargain dit Laxalt (1800-1853) est décédé de même que deux de ses petits-enfants, Martin, en 1866 à six jours et Pierre en 1873 à dix ans, dans cette maison. Mon arrière-grand-mère, Elisabeth, cinquième de la fratrie, y est née le 12 avril 1858, et ne l'a quittée que le 15 novembre 1881 pour se marier avec mon arrière-grand-père, Dominique Eppherre.

En tout, treize des enfants du couple Irigoyen naîtront là, dont Grégoire (en 1867) et Michel (en 1869), partis au Chili comme je l'ai raconté dans mes précédents billets, On peut donc situer la construction de la maison Etcheberria entre la fin 1873 et le premier semestre 1874. En effet, Pierre décède le 3 septembre 1873 dans la maison Laxalt tandis que Jean, le dernier à y être né le 23 septembre 1871, s'éteint le 25 août 1874 à Etcheberria.

[A suivre...]

*Etxeko andrea : maîtresse de maison en basque
** La Madeleine est une colline souletine de 795 mètres surmontée d'une petite chapelle du XVe s. La vue quand elle est dégagée, est superbe. Des fenêtres d'Etcheberria, où mon père passait toutes ses vacances, on en aperçoit le sommet. 

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