mardi 12 mai 2015

Elisabeth et Marie-Jeanne

La généalogie offre à qui aime raconter des histoires un terreau inépuisable. Même si elle repose sur des faits avérés et vérifiés, du moins par ceux qui s'y consacrent sérieusement, elle permet de se perdre en conjectures, de se livrer à bon nombre d’interprétations et parfois, de laisser tout simplement courir son imagination. Ainsi de l'histoire que je vais vous raconter.

Marie-Jeanne Dargain-Laxalt, mon arrière-arrière-grand-mère qui décidément m'inspire, était fille unique. Son père Pierre était âgé de 33 ans à sa naissance, sa mère Marie de 24 ans. Comme je l'ai déjà évoqué , ils s’étaient mariés le 22 mai 1833, deux jours après la naissance de Marie-Jeanne ! 

Moins de neuf ans plus tard, Marie décédait. Pierre ne se remaria pas et Marie-Jeanne resta fille unique. Mais dans un petit village, on est rarement seul et on peut envisager sans trop de risque d'erreur qu'elle s'éleva au milieu d'une ribambelle de cousins. Récemment, je me suis intéressée à la nombreuse fratrie de sa mère, Marie Lohitçun (sosa 40), deuxième d'une famille de quatorze enfants. C'est ainsi que je me suis aperçue que la benjamine, Élisabeth, était née le 25 décembre 1829.

Comme c'est souvent le cas, la tante avait donc à peine trois ans et demi de plus que sa nièce. J'ai alors imaginé que les deux fillettes avaient été très proches, voire élevées ensemble quand la mère de Marie-Jeanne mourut prématurément. Un détail me fait penser que je suis dans le vrai. Mon arrière-grand-mère Élisabeth Irigoyen, fille de Marie-Jeanne donc, portait un prénom que je n'avais jamais rencontré auparavant. De là à penser qu'elle était la filleule d’Élisabeth, il n'y a qu'un pas ...

Plus troublant, le père de Marie-Jeanne, Pierre Dargain était sous-lieutenant des douanes françaises ainsi que son propre père Jean avant lui. Or le 14 octobre 1851, quelques semaines avant que Marie-Jeanne ne se marie avec mon arrière-grand-père, Dominique Irigoyen, l'instituteur du village (le 27 novembre 1851) qui Élisabeth Lohitçun épouse-t-elle ? Un certain Antoine Larrive originaire de Licq et sous-brigadier des douanes à Cette, dans l'Hérault !  

Élisabeth a quinze ans de moins que lui quand ils se marient et je suppose que c'est par l'entremise de son beau-frère Pierre Dargain qu'ils se rencontrent. J'aurais aimé vous en dire plus sur ce couple, où ils vécurent et s'ils eurent des enfants mais pour l'instant, je n'ai rien trouvé les concernant ni à Aussurucq ni à Licq, et je cherche toujours du côté de Sète.

Mais je me plais à imaginer qu'ils ont eu une petite fille, prénommée Marie-Jeanne ...

Epilogue : Aucune petite Marie-Jeanne n'est venue égayer le foyer d'Elisabeth et d'Antoine. Je n'ai pas retrouvé le dossier de douanier de ce dernier à Bordeaux, juste une indication dans le Bulletin des Lois (pensions civiles) précisant qu'il avait pris sa retraite en 1872 à Bayonne comme chef douanier.
En revanche, les hasards de la sérendipité m'ont fait retrouver le testament du couple (chaque conjoint léguant son héritage à l'autre) chez Maître Charles Diligo, notaire à Mauléon, le 2 octobre 1893, dans lequel ne figure aucune mention d'enfants.
Antoine et Elisabeth se sont établis à la fin de leur vie à Sauguis dans la maison Elichagaray où Antoine décédera le 5 janvier 1895 à 80 ans. Elisabeth, quant à elle, a dû s'éteindre après 1905 (date limite des tables de décès en ligne). Rappelons-nous qu'elle était beaucoup plus jeune que son mari. Pourquoi Sauguis qui finalement n'est qu'à un jet de pierre d'Aussurucq ? A la fin de sa vie, la benjamine s'est peut-être rapprochée de sa sœur la plus proche, Marie. Mariée à Arnaud Ihits, natif de ce village, le couple a eu une nombreuse progéniture. Peut-être une manière pour Elisabeth de retrouver l'ambiance de famille nombreuse de son enfance ? Quant aux deux "cousines", Marie-Jeanne étant décédée en 1907, je me plais à les imaginer se rendant souvent visite l'une l'autre au crépuscule d'une vie bien remplie...
(Février 2019)
IllustrationKnud Erik Edsberg

4 commentaires:

  1. C'est ainsi que j'appris que Sète s'écrivait Cette jusqu'en 1927 ! Tu vas bien trouver la suite de leur histoire, je n'en doute pas !

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  2. Nath, en fait, je te demanderais bien un coup de main si tu as le temps et que ça t'amuse. Je suis allée faire un tour sur les AD de l'Hérault, il y a bien des registres de recensement où j'espérais trouver la trace de la famille Larrive après 1851 mais je ne comprends rien au classement !

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  3. Merci :)
    L'association Gen&O m'a aussi indiqué où trouver des infos sur les carrières des douaniers dans les PA. Je vais aller regarder...

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