dimanche 22 mars 2015

Quand elles faisaient Pâques avant Rameaux

Mauricio Flores Kaperotxipi
Le 22 mai 1833 à Aussurucq, Marie Lohitçun, âgée de 23 ans, épouse Pierre Dargain dit Laxalt, 32 ans, sous-lieutenant des douanes à Abense-de-Haut. Le lendemain, 23 mai, le même Pierre Dargain-Laxalt se rend à la mairie d'Aussurucq pour déclarer la naissance de sa fille Marie (ma trisaïeule) née le 20 ... soit deux jours avant le mariage de ses parents !

A quelques kilomètres de là, à Esquiule, Marie Etchantchu dite Espellet accouche le 5 avril de la même année d'un petit Pierre qui n'est pas son premier enfant. Elle avait d'abord eu un petit Arnaud, né le 18 novembre 1831, alors même que le mariage de ses parents, François Chabalgoity et Marie Etchantchu, avait été célébré ... la veille ! Malheureusement pour le jeune couple, ce premier-né ne vivra que douze jours.

La sagesse populaire a un dicton pour ça : faire Pâques avant les Rameaux. Mais dans les faits, cette pratique était assez courante et pas forcément mal vue. 

Marie-France Chauvirey, déjà citée , nous dit : "Les fiançailles ont été l'époque poétique de leurs amours. Le tutoiement, les baisers, un peu plus peut-être. La décence, la courtoisie au dehors, la liberté à l'intérieur. Liberté et non marivaudage puisque le mariage suivrait. [...] Puis le fiancé fut agréé par ses futurs beaux-parents qui, dès lors, lui laissèrent ouverte la porte de leur maison, même la nuit. [...]

L'eût-il abandonnée, on aurait dit d'elle "qu'elle avait perdu une petite plume de l'aile". Mais il l'a épousée."   

Acte de mariage de Pierre D'Argain et de Marie Lohitçun 
L'an mil huit cent trente-trois et le vingt-deux du mois de mai, par devant nous, maire et officier de l'état civil de la commune d'Aussurucq, canton et arrondissement de Mauléon, département des Basses Pyrénées, sont comparus Pierre D'Argain, âgé de trente-deux ans, né à Aussurucq, sous-lieutenant des Douanes françaises domicilié à Abense de Haut, canton de Tardets, fils majeur et légitime de Jean Dargain, sous-lieutenant des Douanes, retraité, ci présent et consentant, et de feue Engrace Etchetopé, décédée le vingt-quatre juillet mil huit cent vingt quatre, ainsi qu'il est inscrit dans le registre de l'état civil de la présente commune ; et Demoiselle Marie Lohitçun, âgée de vingt-trois ans, née à Aussurucq, cultivatrice, domiciliée à Aussurucq, fille majeure et légitime de Joseph Lohitçun, cultivateur et de Marie Etcheber, aussi cultivatrice, ci présents et consentants, lesquels nous ont requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux et dont les publications ont été faites devant la principale porte de la maison commune, savoir la première le vingt-huit du mois d'avril mil huit cent trente trois à l'heure de midy (sic), et la seconde le cinq du présent mois, même heure et année ; les mêmes publications ont été faites à la commune de Abense de Haut, savoir la première le vingt-huit du mois d'avril mil huit cent trente trois et la seconde le quatre du présent mois, et d'après le certificat délivré par Monsieur le Maire d'Abense de Haut en date du dix sept du présent mois ; aucune opposition au mariage ne nous ayant été signifiée, faisant droit à la réquisition qui nous est faite après avoir donné lecture de toutes les pièces ci-dessus mentionnées et du chapitre VI du Code civil, intitulé du mariage, avons demandé au futur époux et à la future épouse s'ils veulent se prendre pour mari et pour femme ; chacun d'eux ayant affirmé séparément et affirmativement, déclarons au nom de la loi que Pierre D'Argain et Marie Lohitçun sont unis par le mariage. De tout quoi avons dressé acte en présence de Augustin Hargoien, instituteur du présent lieu, âgé de vingt-trois ans, de Pierre Etcheverry, âgé de trente-cinq ans, sous-lieutenant des Douanes, domicilié à Aussurucq, et de Jean Carrique, âgé de quarante huit ans cultivateur, et les trois domiciliés à Aussurucq, les témoins et les parties contractantes, et les pères des futurs époux, ont signé avec moi le présent acte après que lecture leur en a été faite.


Acte de naissance de Marie D'Argain
L'an mil huit cent trente-trois, et vingt trois du mois de mai, à dix heures du matin, par-devant nous Caldun, Maire et officier de l'état civil de la commune d'Aussurucq, canton et arrondissement de Mauléon, Département des Basses-Pyrénees, est comparu Pierre D'Argain, âgé de trente deux ans, sous-lieutenant des Douanes, domicilié à Abense-de-Haut, lequel nous a présenté un enfant du sexe  féminin née le vingt de ce mois à onze heures du soir dans la maison de Lohitçun du présent lieu, de lui déclarant et de Marie Lohitçun, son épouse, et auquel il a déclaré vouloir donner le prénom de Marie ; desdites déclaration et présentation faites en présence de Jean Carrique dit Baratchegaray, âgé de quarante huit ans, cultivateur, et de Arnaud Inchauspe, âgé de trente cinq ans, charpentier, et les deux domiciliés à Aussurucq. Après avoir donné lecture du présent acte, les témoins et le déclarant ont signé avec moi.



4 commentaires:

Denis P a dit…

J'ai croisé quelques fois des naissances qui suivaient de très près le mariage mais je pense que tu détiens là un record en la matière !
S'agit-il d'un mariage "forcé" pour réparer la "faute" ?
Le métier du "fiancé" l'a-t-il tenu éloigné trop longtemps de sa fiancée pour que le mariage ait pu avoir lieu plus tôt ?
On peut aussi imaginer que Monsieur le Curé est intervenu pour que le mariage se fasse au plus vite, faute de quoi l'enfant ne pourrait être baptisée.
Et pourquoi ne pas imaginer que Marie ait fauté avec un "inconnu" et se soit vue obligée d'épouser un mari "bienveillant" choisi par ses parents ?
Nous ne le saurons sans doute jamais et c'est aussi cette part de mystère qui fait le charme de la généalogie !

Denis P a dit…

L'expression faire Pâques avant les Rameaux est aussi usitée dans mon Berry natal mais je lui préfère celle qu'emploie ma Maman :
"Ils se sont mariés derrière l'église"

La petite poule noire a dit…

Denis, je pense que l'explication est plus simple, et en partie contenue dans la citation du livre de MF Chauvirey. A partir du moment où le mariage était arrangé et convenait aux parents des deux côtés, ceux de la promise fermaient les yeux sur les visites nocturnes...
PS : j'aime bien l'expression de ta maman :)

Denis P a dit…

Oui Marie, mais mes élucubrations sont bien plus romanesques ;)

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