samedi 14 mars 2015

La vie mystérieuse de Scholastique E., enfant naturelle

Valentin de Zubiaurre
J'aurais pu intituler ce billet "Ce que je sais de Scholastique Eppherre". Mais alors il aurait fallu que je le complète d'un "Tout ce que je ne sais pas à propos de Scholastique Eppherre..." Déjà le prénom interpelle, jamais rencontré ni avant ni depuis. Un prénom original, rare même pour l'époque, et qui fait référence à une sainte italienne du VIe siècle, sœur jumelle de Saint Benoît.

Commençons par le début. La première fois que j'ai rencontré notre Scholastique, lointaine cousine du côté de Barcus, c'était sur son acte de mariage avec Pierre Heguitchoussi le 17 février 1814. Elle a environ 21 ans, elle est tisserante (sic) et vit dans la maison Eppherre. Là où ça devient intéressant c'est qu'elle y est déclarée comme fille illégitime de François cadet d'Eppherre et d'Engrace Uthurburu, journalière. Le 1er octobre 1815, le jeune couple (enfin lui était âgé de 41 ans !) a une fille, prénommée Engrace comme sa grand-mère, qui décèdera le 18 décembre 1815 à l'âge deux mois (lire l'article sur la mortalité infantile ). Je n'ai pas trouvé d'autre enfant après elle.

Curieusement, je retrouve la trace de Scholastique dans un second acte de mariage en date du 3 mars 1821. Elle épouse un certain Bernard Chabalgoity, cultivateur de Barcus, âgé de 43 ans. Elle est dite "enfant naturelle" de François Eppherre. Premier mystère : je n'ai pas à ce jour retrouvé l'acte de décès de son premier mari. Comme je doute qu'elle ait été bigame ou divorcée, c'est étrange. Deuxième mystère : je n'ai trouvé non plus aucune descendance avec ce second époux ni l'acte de décès de l'un ou de l'autre. Je continue à chercher et espère pouvoir apporter un jour une suite à cette histoire...

Néanmoins, j'ai fait quelques découvertes sur la famille de Scholastique. J'ai trouvé l'acte de décès de sa mère Engrace, à l'âge de 78 ans, le 9 février 1832. Elle y est dite mariée à un certain Jean Moléon. Plus surprenant, j'ai également trouvé l'acte de mariage daté du 29 janvier 1821 d'un autre fils d'Engrace, Jean, âgé de 26 ans, né de père inconnu ! 

En résumé, Engrace Uthurburu, fileuse de son état selon son acte de décès, a eu deux enfants hors mariage, Scholastique à 23 ans et Jean à 30 ans, avant de se marier avec Monsieur Moléon. Autre anecdote, dans la maison Eppherre une "nièce" de Scholastique, Marie Anne Curutchet dite Eppherre s'est mariée avec Arnaud Chabalgoïty qui m'a tout l'air d'être un frère du deuxième mari de sa "tante"...

De là à en conclure que le mariage a été arrangé entre une fille "illégitime", jeune veuve, et travaillant probablement pour la famille (elle était tisserande, sa mère fileuse, et les Eppherre marchands de laine) avec un parent par alliance plus tout jeune, il n'y a a qu'un pas ...   




Acte de mariage de Scholastique Eppherre et Bernard Chabalgoity
Aujourd'hui trois mars mil huit cent vingt-un devant nous Armand Jean D'Arthez, maire de la commune de Barcus, se sont présentés le Sieur Bernard Chabalgoity d'Etchebar, fils légitime de Bernard Chabalgoity & Marianne Goyhenex du même lieu y domiciliés d'une part ; & Scholastique Eppherre, cultivatrice, du présent lieu, âgée de vingt huit ans, fille naturelle de François Eppherre & d'Engrace Uthurburu du même lieu d'autre part ; lesquels en présence des Sieurs Jean-Pierre Hegoburu aubergiste âgé de trente sept ans, de Pierre Tillac cordonnier, âgé de quarante ans, de Jean Hubert Roger notre secrétaire, âgé de trente six ans, de Joseph Eyrato horloger, âgé de soixante deux ans, tous du présent lieu y domiciliés, non parents ni alliers des contractants, nous ont requis de procéder à la célébration de leur mariage dont les publications ont eu lieu à Barcus les dimanches onze et dix huit février ainsi qu'à Etchebar suivant l'attestation de Monsieur le Maire de cette commune [...] Vu que nulle opposition n'a eu lieu, vu encore que le futur époux peut agir de lui-même attendu qu'il n'a ni père ni mère & que la future épouse procède (?) du consentement de la mère ici présente et stipulante, seulement elle parce qu'elle n'est point reconnue par son père, faisant droit à la réquisition [...] nous leur avons demandé s'ils veulent se prendre pour mari et pour femme, chacun ayant répondu séparément et affirmativement nous avons prononcé au nom de la loi que Bernard Chabalgoity et Scholastique Eppherre sont unis en mariage [...]      

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